jeudi 23 août 2007





Rétrospective sur le PACS



La France était si fière de son modèle, et si tranquille. Chacun vivait sa sexualité librement, du moins le croyait-on. Il y avait, d'un côté, les gens mariés, entendons un homme et une femme. De l'autre, des couples en union libre, hétérosexuels ou homosexuels. Les premiers finissaient parfois par se marier, pour payer moins d'impôts par exemple. Les seconds ne pouvaient célébrer d'union. Ils avaient la réputation d'être les plus libres, les plus jouisseurs. On respectait leur choix d'aimer quelqu'un du même sexe, l'homosexualité était même sortie du code pénal en 1982.

Un jour, c'était en l'an 1998, une formidable éruption ébranla l'Hexagone. L'apparition d'un mot nouveau dans les conversations déclencha des querelles dans toutes les chapelles : le pacs, pacte civil de solidarité. Un contrat qui consacrait la reconnaissance des couples "quel que soit leur sexe" allait être débattu au Parlement. Les socialistes venaient d'arriver au pouvoir.
Quelques parlementaires avaient arraché cette promesse à leur chef de file, Lionel Jospin, après des années de militantisme et quelques projets restés dans un tiroir, tel le contrat d'union sociale (CUS). Le pacs répondait aussi à une urgence. Depuis les années 1980, le développement du sida avait brisé nombre de couples, surtout homosexuels. Après des années de vie commune, le compagnon survivant pouvait être délogé de l'appartement par les parents du défunt. Surtout lorsque ceux-ci avaient mal digéré l'homosexualité de leur enfant. En mettant fin à ces pratiques, le pacs brisait le tabou de l'homophobie ambiante.


Pas fou, le premier ministre avait fixé les règles du jeu. Le pacs ne doit pas être assimilé au mariage. Pas de passage devant le maire, pas d'adoption. On ne touche pas à la famille, compris ? On vote le texte, et on referme la fenêtre parlementaire. Pas dupes, répliquèrent nombre d'intellectuels et d'experts. Le pacs va forcément ouvrir la porte, à terme, au mariage gay et à l'homoparentalité. La droite applaudit, qui vota contre le texte, à l'exception notable de la députée (RPR) Roselyne Bachelot. Ringards, homophobes !, tonnait la gauche "moderne".


Le débat s'est donc ouvert sur un malentendu. On s'écharpa autant sur les hypothétiques conséquences du pacs que sur le projet lui-même. La France était mal préparée à cette discussion. Fidèle à sa tradition universaliste, elle n'avait guère coutume de légiférer sur les minorités, sous peine, craignait-elle, d'embrasser le communautarisme américain.


Des psychanalystes n'eurent pas de peine à faire entendre leur voix : celle de la différence des sexes, principe anthropologique qui fonde l'institution du couple et de la filiation. "Il n'est pas discriminatoire de dire que la relation homosexuelle, qui n'est pas un couple, ne peut pas représenter cette triple symbolique qui débouche, elle, sur la relation père, mère et enfant", défendit le prêtre et psychanalyste Tony Anatrella.


Quelques rares voix de psys dénoncèrent cet "ordre symbolique, estuaire théorique où confluent Lévi-Strauss, Lacan et le droit positif de la famille", décrypta Michel Tort. "Il est impossible de proposer du couple, de la famille ou de la filiation quelque définition anhistorique : dans le temps et dans l'espace, les sociétés remodèlent les institutions qui les définissent", approuvèrent, en écho, les juristes Daniel Borrillo et Marcela Iacub, ainsi que le sociologue Eric Fassin. Au-delà du pacs, les trois auteurs plaidèrent pour l'égalité des droits entre tous les couples, afin de ne pas "s'arrêter à mi-chemin".


Une autre gauche défendait une logique opposée. "Faut-il faire comme s'il allait de soi qu'un choix de vie sexuelle doive faire l'objet d'une reconnaissance institutionnelle ?", s'interrogèrent, dans une tribune, l'anthropologue Françoise Héritier, l'historien Paul Veyne, le philosophe Heinz Wismann, etc. Plutôt que le pacs, pourquoi ne pas étendre le concubinage aux homosexuels ?, proposa le sénateur socialiste et ancien garde des sceaux, Robert Badinter, approuvé par une partie de la droite. Le gouvernement lui donna satisfaction pour colmater la brèche. Tout en maintenant le pacs, évidemment.


Des philosophes relayés par la droite conservatrice déplorèrent l'esprit du contrat, révocable sans préavis. "Dans le cadre du mariage, les avantages financiers et fiscaux ne visent pas à conforter les comportements d'une morale traditionnelle, mais à rendre matériellement réalisable l'engagement sur le long terme (...). Vouloir étendre ces avantages aux couples pacsés, donc libérés d'engagement sur le long terme, revient à signifier que l'engagement vis-à-vis des enfants et du conjoint n'a pas plus de sens que le non-engagement", expliquait Chantal Delsol, professeur de philosophie. "Peut-on enfin reconnaître que le pacs ouvre une solution de plus et non une solution contre le mariage ?", répondait la députée socialiste Catherine Tasca, alors présidente de la commission des lois de l'Assemblée nationale. On taira avec indulgence les noms des avocats qui affirmèrent, dans ces colonnes, que compte tenu de certaines modalités juridiques (l'indivision, par exemple), "la loi est inapplicable et restera lettre morte".


Depuis son entrée en vigueur, le 15 novembre 1999, plus de 260 000 pacs ont été signés (chiffres de janvier 2007). La droite a remisé ses positions hostiles. La controverse semble presque rétro. Et le pacs bien timide au regard des réformes engagées chez certains de nos voisins européens (mariage homosexuel au Danemark, en Espagne, etc.).


Mais le pacs reste actuel au sens où les débats qu'il a ouverts n'ont plus quitté le paysage politique. Aujourd'hui, l'UMP fait grincer les dents avec son projet de "contrat d'union civile" qui conférerait les mêmes droits que le mariage aux homosexuels, sauf la filiation. Huit ans après l'éruption, le volcan fume encore.

mardi 7 août 2007

Une enquête sur l'homosexualité




Les ambassades néerlandaises ont reçu la consigne d'enquêter sur la situation et les droits éventuels des homosexuels dans les 36 pays avec lesquels les Pays-Bas entretiennent des rapports de coopération.
A l'issue de cette enquête, ils pourraient décider soit de faire pression sur les gouvernements les plus répressifs, soit d'aider les groupes de défense des homosexuels, voire d'adapter les montants de leur aide financière.
Même si cette dernière mesure a les faveurs de certaines organisations non gouvernementales et de défenseurs de la cause homosexuelle, elle ne semble pas privilégiée, a priori, par le ministère de la coopération, qui ne l'exclut cependant pas complètement. Dix-neuf des 36 Etats qui bénéficient de l'aide des Pays-Bas, dont le Nigeria et l'Indonésie, répriment l'homosexualité en la punissant, selon les cas, d'amendes, de la détention à perpétuité ou de la peine de mort. La puissante Association néerlandaise pour l'intégration de l'homosexualité (COC) - le plus ancien mouvement gay au monde, créé en 1946 - a convaincu le nouveau ministre de la coopération, le travailliste Bert Koenders, de dresser un inventaire mondial du droit des homosexuels.
M. Koenders a, en parallèle, invité ses ambassadeurs à faire pression sur les régimes les plus répressifs, mais a précisé qu'il ne s'agissait pas d'exporter le modèle néerlandais, qui autorise notamment le mariage entre personnes du même sexe. Une disposition qui, il faut le noter, a fait récemment l'objet de modifications, les fonctionnaires municipaux pouvant invoquer leur refus de célébrer de telles unions.
La question du droit des homosexuels dans le monde est vive aux Pays-Bas depuis qu'en 2006, le gouvernement chrétien libéral de l'époque a longuement hésité à accorder le droit d'asile à des homosexuels iraniens. Alors que la ministre de l'immigration, Rita Verdonk, affirmait qu'ils ne courraient aucun risque s'ils étaient expulsés vers leur pays d'origine, l'opposition et diverses associations rappelaient l'exécution de deux homosexuels iraniens en 2005. Les demandeurs d'asile ont finalement reçu un titre de séjour.
Les autorités néerlandaises manifestent leur intérêt pour les conclusions auxquelles sont arrivés, en 2006, des experts internationaux qui ont mis au point les principes dits de Jogjakarta, du nom de la ville indonésienne où ils ont été signés. Le groupe, qui a établi que 91 Etats répriment toujours l'homosexualité, a fixé des normes juridiques et des recommandations afin d'assurer une égalité entre toutes les personnes, quelle que soit leur orientation sexuelle. Ce texte a été présenté, en mars, au Comité des droits de l'homme des Nations unies. Comité devant lequel, en 2005, 54 Etats avaient demandé une action contre les violations flagrantes des droits des personnes homosexuelles, lesbiennes, bisexuelles ou transsexuelles.
Jean-Pierre Stroobants

samedi 4 août 2007

Un film africain sur l'immigration....




















Entretien : Joséphine Ndagnou “ Mon film est l’expression d’un sentiment d’indignation et de révolte ”
Premier rôle dans le film, scénariste, dialoguiste et réalisatrice, Joséphine Ndagnou parle de “ Paris à tout prix ”, des moyens financiers et matériels et des conditions de tournage. La prostitution, les voies anormales pour obtenir un visa, l’homosexualité…
Quelle est la place qu’occupe le vice dans votre film ?
Une place très importante. Quand on parle d’une jeunesse en perdition, c’est celle qui est confrontée à toutes les tentations d’une société en plein tumulte. A partir du moment où les gens n’ont plus d’autres sources de revenu, le commerce du sexe prend une part très importante dans la société. Cette jeunesse en détresse interpelle le cinéaste que je suis. Le vice dans le film permet de montrer l’ampleur de la tourmente et surtout à quel point les jeunes sont amenés à aller jusqu’au bout du sacrifice suprême pour assouvir leur rêve. L’homosexualité défraie la chronique depuis quelque temps dans notre société. Comment aurais-je pu l’éluder ? Les jeunes s’abandonnent dans l’homosexualité à cause de la misère et du chômage. En tant que cinéaste, je me suis trouvée profondément affligée, devant cette jeunesse africaine, victime de la misère et de la pauvreté. En la voyant sombrer dans la déshumanisation et la fatalité, j’ai compris qu’il fallait faire quelque chose. “ Paris à tout prix ” est avant tout, ma riposte à la dérive collective d’une jeunesse en manque de repères. Une jeunesse qui n’a d’autres rêves que la fuite, l’exil et l’émigration. Mon film est l’expression d’un sentiment d’indignation et de révolte.
Vous avez choisi de montrer l’aspect catastrophe de l’émigration. Certaines langues pensent que vous vous êtes profondément inspiré du discours de Nicolas Sarkozy.
Il y a des Africains qui réussissent à se tirer d’affaire en Occident certes. Mais ils sont combien ? Quoi qu’on dise, l’Africain n’est pas le bienvenu en Occident. Quand on a vécu en France (j’en sais quelque chose), on mesure l’ampleur du mépris et de la condescendance. Très peu de personnes, en dépit de leurs qualifications, y sont utilisées selon leurs compétences réelles. Mais très souvent on entend les Africains dire qu’il vaut mieux être balayeur là-bas plutôt que de rester dans son pays. On oublie une chose ; l’Occident est saturée. Tout le monde n’a plus accès au balai. Ne balaye plus les rues de l’Occident qui veut. Je ne dis pas stop à l’émigration. Je pense qu’il faut y aller, avec conviction, en sachant ce qu’on va y chercher. Il faut opter pour le départ utile. Je suis allée, je suis revenue pour travailler, être utile à ma manière pour mon pays. J’aimerai que tous ceux qui partent gardent en tête, le retour au pays natal. Qu’ils pensent que les bénéfices de leur émigration doivent profiter à leur pays. L’Afrique a besoin d’être bâtie. Si nous faisons partir tous les bras valides, si nous assistons impuissamment à l’extraversion des valeurs et compétences de l’Afrique, qui va bâtir ce continent ? C’est un questionnement qui interpelle tous les hommes de pouvoirs et les dirigeants africains. Il peut y avoir une ressemblance entre ma démarche et le discours du président français. Mais je ne suis pas pro-Sarkozy. La manière par laquelle, il tolère que les Africains soient rapatriés, me révolte. Son discours sur l’aide à concéder aux gouvernements africains, pour permettre la création des emplois, en vue de limiter le flux des candidats au départ, manque encore de visibilité. Tant qu’il n’y aura pas de chronogramme et de vigilance sur l’utilisation de cet argent. Je suis d’accord avec le président Nicolas Sarkozy pour l’aide qu’il faut apporter à l’Afrique. Comment rester insensible, en regardant, les jeunes Africains être traités comme du bétail humain ?
Parlons-nous des conditions techniques du film. A sa création, le projet de ce film était très modeste. J’avais juste mon scénario en mains.
Sans le moindre sou, ne sachant pas par quel bout commencer. Et pourtant, j’étais motivée et prête à prendre les risques qu’il fallait, pour présenter à l’écran, les affres et les dessous scandaleux d’un rêve, qui dans la plupart des cas, s’achève par un cauchemar. Au regard des souffrances, les misères de la jeunesse africaine et de l’amère désillusion, qui couronne souvent la mésaventure. Pour pallier l’absence des moyens financiers et matériels, j’ai tendu la main, à des collègues techniciens, dont le talent et l’expérience en matière de l’audiovisuel sont avérés. Si après 17 années d’expérience professionnelle, je n’ai pas pu réaliser de film alors que j’en étais bien capable, je me suis dit qu’il y avait des jeunes comme moi, armés de courage et de bonne volonté, capables de braver le challenge. Sur le plan technique, je me suis essentiellement appuyée sur une équipe camerounaise pour tourner le film. Claude Pountu a accepté d’assurer les prises de vue et d’être en même temps, le chef opérateur. Joseph Awoulbé a assuré les cadrages et l’éclairage. Ces deux frères et amis m’ont motivée à aller jusqu’au bout du projet, à parfaire le scénario et à le mettre en pellicules. Même Sosthène Fokam Kamga, l’ingénieur de son, a abattu un énorme travail. Pour assurer le montage et la post-production en France, j’ai pris attache avec des expertises qui ont l’habitude du montage des longs-métrages et des chefs d’œuvres cinématographiques.

lundi 30 juillet 2007

Excellent article sur la Tolérance au Canada




Être gai ou lesbienne en milieu collégial et à l'université : zones d'ombre et de lumière

par Jean-François Roberge



Ils sont jeunes, gais, lesbiennes et bisexuels affirmés, et n’ont qu’un but en tête : construire un futur à la hauteur de leurs aspirations. Des jeunes qui croient dur comme fer que leur différence est un atout dans la lutte qu’ils mènent contre les préjugés. Entre deux examens et autant de réunions, ils prennent le temps de se raconter et livrent leurs opinions sur le quotidien des gais et des lesbiennes qui, comme eux, sont toujours sur les bancs d’école. Autant d’expériences uniques, mais ô combien complémentaires, qui tracent un portrait éclairant de leur condition actuelle.

Amélie Gagnon, 28 ans, est présidente de L’Alternative, le regroupement des étudiants d'orientation homosexuelle, bisexuelle et de leurs ami(e)s de l'Université de Montréal. En plus d’être active au sein de son association étudiante, celle du département de démographie, elle contribue au Regroupement des étudiant(e)s démocrates et à l’Action humanitaire et communautaire de son établissement. Citoyenne engagée, elle se considère comme une personne épanouie : « Mon identité a plusieurs facettes : tantôt étudiante, tantôt travailleuse, parfois homo, parfois hétéro. C’est fluide! » Elle pourfend les étiquettes et soutient qu’à la base, ce sont les relations qui sont homosexuelles et non pas les personnes. L’idée est de ne pas catégoriser une personne qu’en fonction de son homosexualité. « Si quelqu’un veut s’identifier en fonction de cela, soit, c’est sa revendication », précise-t-elle. Au courant de ses convictions, c’est un ami qui l’a poussée à assister à sa première réunion de L’Alternative.

Celle qui semble avoir été prédestinée à cette vie revendicatrice, renchérit : « Je suis quelqu’un qui refuse que les uns soient traités différemment des autres en fonction de leur orientation sexuelle. » Interrogée sur ce que vivent les gais et les lesbiennes de son université, elle tente une réponse : « C’est difficile pour moi de commenter cette situation : L’Alternative n’existe que depuis deux ans. Je peux néanmoins dire que ces personnes cherchent à se rassembler, à se connaître, à créer des réseaux de soutien, mais aussi à informer la communauté universitaire de leurs réalités et de la diversité sexuelle. »

«Le pire fléau de notre époque est l’ignorance!»

Elle constate que l’homophobie préoccupe les étudiants qu’elle représente, prenant soin de préciser qu’elle varie en fonction des programmes d’études. Selon Amélie, la lutte contre celle-ci passe par l’information, l’éducation et la communication : « Le pire fléau de notre époque est l’ignorance! L’ignorance crée l’isolement, qui à son tour crée la méfiance, la peur. Avec tant de mauvaises informations sur l’homosexualité diffusées depuis des centaines d’années, ce n’est pas une surprise que l’homophobie existe encore! » Concrètement, elle conseille aux étudiants qui doivent composer avec l’incompréhension de leurs pairs de chercher les réponses à leurs questions auprès de bonnes ressources : organismes, professeurs, intervenants et scientifiques. Il sera alors plus facile de répondre à celles qui leur seront posées. « Souvent, les homophobes ne réalisent pas à quel point une relation homo ressemble à une relation hétéro. Que les questions qu’on se pose, que les choses que l’on vit sont les mêmes », relativise-t-elle pour conclure.

Agir pour changer les choses

Tiago Graça, 22 ans, étudie l’informatique de gestion au Cégep Ahuntsic (Cégep : acronyme de Collège d’enseignement général et professionnel). Responsable de l’association gaie et lesbienne de son Cégep, Le Placard, depuis le printemps 2006, il s’étonne lui-même du chemin qu’il a parcouru en si peu de temps. Tiago s’explique : « Je suis d’origine portugaise. On nous apprend très jeune qu’il y a plusieurs aspects négatifs dans l’homosexualité. Puis, il y a des raisons de religion. C’est très mal perçu. » Il y a deux ans à peine, cet apprenti informaticien avait une peur bleue d’être identifié comme gai. Après en avoir parlé avec quelques ami(e)s près de lui, il livre ses craintes à une travailleuse sociale qui le réfère au Projet-10 qui promeut le bien-être personnel, social, sexuel et mental des jeunes de 14 à 25 ans se questionnant sur leur orientation sexuelle. Il participe à des groupes de discussion régulièrement. C’est la révélation! Il prend conscience qu’il n’est pas seul à vivre cette situation difficile, gagne en confiance et décide de faire le grand saut : « J’avais besoin d’être authentique auprès de mes parents, peu importe la réaction qu’ils auraient », confie-t-il.

Sa sortie du placard n’est pas sans causer des remous au sein de sa famille. Après un déménagement ardu, mais salutaire, Tiago amorce une étape cruciale dans son processus d’affirmation : « Mon déménagement était nécessaire, conclut-il. Signe de mon autonomie et de mon indépendance, il a modifié la perception de mes parents à mon égard qui, même s’ils me voient toujours comme leur petit enfant, me respectent. » Ainsi dynamisé, Tiago commence à s’engager activement dans sa communauté. Il assiste aux réunions de la Coalition jeunesse montréalaise de lutte contre l’homophobie où son énergie est remarquée.

On lui propose d’agir en tant qu’émissaire à la Coalition MultiMundo qui regroupe des organismes communautaires et des individus qui travaillent avec une clientèle LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres) provenant des diverses communautés ethnoculturelles de Montréal. Elle est fondée officiellement le 8 mai 2006. Quelques semaines avant cela, il est approché par AlterHéros, et accepte la présidence de cet organisme qui gère un site Internet afin de contrer, par l’éducation et la communication, l’homophobie. Entre-temps, il s’implique également au sein du Regroupement d’entraide pour la jeunesse allosexuelle du Québec (REJAQ) dont la mission est de favoriser, auprès de la société québécoise, la compréhension et l’acceptation de la diversité sexuelle des jeunes de 14 à 30 ans. Ces temps-ci, il travaille à recruter des membres pour l’association LGBT du Cégep Ahuntsic : « Nous avons de la difficulté à recruter des gens parce que, comme moi auparavant, ils craignent d’être pointés du doigt. »

«Les premiers contacts au Cégep avec les gars hétéros ont été moins évidents»

Il y a quelques années, Sébastien Huard, 20 ans, s’est investi dans l’Association gaie et lesbienne du Cégep du Vieux-Montréal (AGLCVM), avant de migrer au Cégep de Maisonneuve pour étudier en multimédia. C’est durant cette période qu’il annonce à ses parents son homosexualité. Le fait d’être gai ne lui a jamais réellement posé de problèmes, acceptant même les résistances exprimées par ses parents. « J’ai respecté leur façon de penser », affirme-t-il, avant de préciser que la relation s’est améliorée depuis ce temps. Durant ces années militantes, il apprend beaucoup de ses collègues : « J’ai compris que la meilleure attitude à avoir, c’est d’accepter les gens tels qu’ils sont. De ne pas poser de jugement sur eux. » Pas si simple, lorsqu’on se fait servir la médecine inverse : « Les premiers contacts avec les gars ont été moins évidents. Je savais que je ne devais pas trop leur parler. »

Au local de l’association, il trouve du réconfort, mais surtout des gens avec qui discuter. Sans forcer les choses, les contacts avec les autres étudiants évoluent. « Au départ, j’étais ami avec les filles. Comme elles ont une influence sur les gars… Après trois ans, il n’y avait plus de problèmes! », lance-t-il avec une pointe d’humour. Sébastien se rappelle que la distance entre lui et les autres gars s’est estompée au fur et à mesure qu’ils se sont côtoyés. L’homophobie initiale a fait place à la curiosité : « Je me rappelle avoir passé des midis à répondre à leurs questions. Avec le temps, sans m’imposer et en restant moi-même, ils m’ont accepté. »

Evangeline Caldwell enseigne depuis plus de 20 ans au département de psychologie du Collège Vanier. Militante féministe de la première heure et ardente défenseur du droit au mariage entre conjoints de même sexe dans les médias, entre autres, elle abonde dans le même sens qu’Amélie : « La question de l’amour, du respect de l’amour, est un message qui porte de nos jours. » Selon elle, le vent tourne au Québec. « Depuis les huit dernières années environ, je sens que les droits humains sont au centre des préoccupations des Québécois qui jugent la discrimination dépassée », constate-t-elle. Elle attend beaucoup des conclusions d’un rapport sur la situation des gais et des lesbiennes à l’école qui sera émis par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Pour la première fois, un portrait général de la situation sera connu, endossé par notre gouvernement, et des recommandations seront émises afin d’y remédier.

Entre-temps, Evangeline Caldwell met toutes ses forces au service des étudiants de son école qui ne possède pas encore d’association étudiante LGBT. Elle s’occupe depuis un an d’un « espace positif » – de l’anglais positive space – nommé Open Door Network qui propose des événements sur les questions d’orientation et d’identité du genre aux élèves et au personnel enseignant et qui forme le personnel du collège (cadres inclus) sur ces thématiques-là. Evangeline Caldwell se réjouit du support de la direction du Collège Vanier qui a même débloqué un budget pour cette initiative. Le volet formation remporte d’ailleurs un franc succès : environ dix-huit personnes le suivent par session. Ainsi formées, elles restent à la disposition des élèves qui ont besoin d’écoute et de support. Un logo, clairement identifiable, indique à ces étudiants l’ouverture d’esprit et la volonté d’aider de la personne qui l’affiche. Par cet « espace positif », Evangeline Caldwell tente de démystifier l’homosexualité et ainsi, peut-être, dissiper la crainte chez les étudiants de participer à une future association LGBT.

Patricia Caissy, 26 ans, étudie en ressources humaines à l’Université du Québec à Montréal. Elle raconte comment elle a connu le REDS, le Regroupement étudiant pour la diversité sexuelle, après avoir affirmé sa bisexualité : « Je n’avais pas de modèles, pas d’amis gais, pas de ressources! Alors j’ai été voir l’association gaie de mon université pour connaître des gens qui ressentaient la même chose que moi. » Celle qui est aujourd’hui la vice-présidente aux activités du REDS a bien retenu la leçon : « Moi, je suis bien dans ma peau et à cause de ça, les gens qui me rencontrent peuvent me poser les questions qu’ils veulent et je vais leur répondre du mieux que je peux. Si ces gens préfèrent alimenter leur crainte ou leur haine envers moi sans me connaître, tant pis pour eux! » Appelée à commenter le quotidien des gais et des lesbiennes à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), qui n’affiche pas toujours le même aplomb, elle nuance : les homosexuels doivent s’afficher différemment selon leur domaine d’études. L’étudiant gai en théâtre ou en mode pourra s’afficher tandis que l’étudiant en économie ou en génie va peut-être garder sa vie privée pour lui. » Pour contrer ces inégalités, Amélie croit beaucoup aux vertus de l’engagement social. Et pour ceux qui douteraient du dynamisme de la jeunesse, elle lance : « Les jeunes travaillent sur le terrain, à s’afficher, à s’entraider, à faire du bénévolat, mais surtout à trouver des nouvelles façons de s’intégrer dans la société. »

«On demande aux homosexuels de se sortir du ghetto du Village gai »

Elle semble avoir trouvé dans le REDS un moyen de favoriser la diversité des points de vue, d’encourager la compréhension mutuelle, l’harmonie entre les individus et l’effacement des préjugés. « Le REDS n’est pas un groupe exclusif à la communauté LGBT. Nous représentons la diversité sexuelle, donc nous avons comme membres des gais, lesbiennes, hétéros, bis, etc. Ainsi, on demande aux homosexuels d’être ouverts d’esprit et de se sortir un peu du ghetto du Village gai et aux hétérosexuels de comprendre la dynamique d’entraide de la communauté LGBT et de constater les similitudes entre leur réalité et celle des homosexuels », explique-t-elle. D’autre part, elle déplore le fait que l’homosexualité soit quasiment évincée dans les cours de son université : « Une chose est sûre, c’est qu’il n’y a qu’un cours qui traite d’homosexualité à l’UQÀM et il est optionnel, même pour les étudiants de sexologie... »

«La diversité sexuelle doit être présente dans tous les cours » - Michel Dorais, professeur

Michel Dorais, professeur et chercheur à la faculté des sciences sociales de l’Université Laval à Québec, s’inquiète aussi du fait qu’il n’existe à peu près pas de cours sur l’homosexualité dans le parcours collégial et universitaire d’un étudiant au Québec. « Par exemple, au niveau de la maîtrise, il n’existe qu’un cours qui traite de la diversité sexuelle à l’Université Laval. Il n’y en a qu’un! Et oui, c’est moi qui le donne… Et il ne se donne qu’aux deux ans parce qu’on pense que peu de personnes y seraient intéressées. Quand on pense qu’il y aurait autant de personnes LGBT que d’anglophones au Québec… On donne des cours complets sur les mouvements des femmes et des autochtones. Je suis très content de cela, mais pourquoi n’en est-il pas de même pour les gais et les lesbiennes? » questionne l’auteur de Éloge de la diversité sexuelle (1999).

D’après lui, ce silence s’explique par le caractère encore marginal de l’homosexualité, un sujet qui ne serait pas « digne » d’être abordé en classe. Il félicite l’initiative de certains professeurs qui introduisent dans leur cours cette thématique, mais d’après lui, cela n’est pas suffisant. « Si je parle du développement humain et que je ne mentionne pas qu’une personne puisse se développer avec quelqu’un du même sexe, je ne m’en sors pas. L’aspect de la diversité sexuelle doit être présent. Il faut qu’on en parle partout, dans tous les cours qui parlent de l’être humain », renchérit-il.

Consulté sur la place des associations étudiantes LGBT dans les Cégeps et les universités, Michel Dorais n’est pas complaisant : « Les groupes de jeunes gais et lesbiennes sont importants, mais ce n’est pas suffisant. Les jeunes des associations doivent faire du démarchage. Ils doivent exiger que leur réalité soit abordée dans les milieux d’éducation. » D’après lui, le rôle des professeurs est aussi important. « Ça en prend deux ou trois ouverts d’esprit pour que l’ambiance générale change », convient-il. Pour lui aussi, l’ignorance est source d’homophobie. Ayant déjà reçu des menaces de mort parce qu’il avait écrit en faveur du mariage gai, Michel Dorais persiste et signe : « Il faut prendre la parole socialement. Se défendre soi-même. Je souhaite que les jeunes exigent quelque chose pour eux-mêmes : exiger d’être reconnus, exiger que lorsqu’on parle de la nature humaine, on doive parler d’eux. C’est normal, sinon c’est de l’homophobie passive. »

Des lendemains meilleurs?

La vie des étudiants gais et lesbiennes au collégial et à l’université est loin d’être toujours facile. Heureusement, ces derniers peuvent de plus en plus compter sur des associations qui leur sont destinées pour briser leur isolement et faciliter leur propre acceptation. Il est encourageant de savoir qu’à l’initiative d’étudiants et de professeurs dévoués, les préjugés à leur égard tendent à s’estomper à condition qu’un travail de sensibilisation, de communication et d’éducation soit effectué afin de contrer l’ignorance. À en croire les parcours brillants des étudiants rencontrés, il est possible d’entrevoir pour la jeunesse LGBT autant de réussites édifiantes dans un contexte moins ardu.

jeudi 19 juillet 2007

Homoparentalité....



Homoparentalité : les enjeux


Avec le temps, la société a fini par mieux à accepter l’homosexualité. L’homoparentalité, par contre, n’est pas encore entrée dans les mœurs. Si un couple homosexuel souhaite accueillir un enfant au sein de leur foyer, les démarches risquent d’être longues et démotivantes par moment, voire impossibles.

La décision d’accueillir un enfant ne se prend pas à la légère. Elle ne se prend pas non plus sur un coup de tête quand il s’agit d’accueillir un enfant au sein d’un couple homosexuel. Pourtant l’orientation sexuelle différente est un frein à l’adoption. Préjugés ou réticences fondées ? Les arguments des uns et des autres se font face.

Le débat est centré sur le bien-être de l’enfant. Comment grandir au sein d’un foyer pas comme les autres, avec deux papas ou deux mamans ? La construction identitaire de l’enfant peut être perturbé par le fait qu’il lui manque un parent de sexe opposé comme modèle référent. Sans parler des discriminations et moqueries cruelles que peut subir le petit à l’école, au cours de ses activités sportives ou culturelles avec ses petits camarades. Bien qu’aucune étude ne le mette formellement en lumière, les décisions de justice rendues sur ce sujet s’appuient sur le fait que l’homosexualité d’un couple peut porter atteinte au développement normal d’un enfant pour justifier son refus d’accorder aux couples homosexuels le droit d’avoir des enfants. La société française est construite sur la cellule familiale composée traditionnellement d’un homme, d’une femme et d’enfants.

Plus de 30 000 couples !

Et c’est justement sur cette absence d’études prouvant que les enfants élevés dans les couples homosexuels subissent des traumatismes psychologiques que les partisans de la parentalité homosexuelle se basent pour fonder leurs revendications. Pourquoi refuser à un enfant en attente d’adoption la chaleur d’un foyer ? Le fait d’être hétérosexuel suffit-il à faire de ces hommes et de ces femmes de bons parents ? Le débat se poursuit donc. Mais au-delà des échanges d’arguments et des positions de principe, il y a la réalité. Bien que l’adoption entre homosexuels ne soit pas légale en France, on estime à plus de 30 000, le nombre de couples homosexuels ayant un enfant, naturel ou adopté.

L’enjeu majeur de l’homoparentalité est le regard des autres, une certaine vision de la société dans laquelle on vit et l’avenir de l’enfant. Bien que les couples restent discrets afin de préserver leur enfant, il reste quand même que la chose n’est pas encore bien acceptée par la société. Il est alors très important pour les couples de s’armer de patience et de s’entourer de personnes ayant l’esprit ouvert afin que leur famille puisse s’épanouir sainement et sans contrainte.

lundi 16 juillet 2007

Ne pas se taire !




Ne nous taisons pas sur les violations des droits de l’homme en Turquie !


Publié le : 15-07-2007



Lettre d’information de la Commission LGBT pour les droits de l’homme
(Collectif Kaos – Lamba – MorEl – Pembe Hayat)

(traduction Yevrobatsi)


Les associations homosexuelles d’Ankara, d’Istanbul et d’Izmir tiennent à rappeler les violations des droits de l’homme que subissent les gays, les lesbiennes, les bisexuels et les transsexuels. Nous lançons un appel à toutes les personnes concernées par la discrimination et la violence.

Jusqu’à maintenant, les personnes homosexuelles n’entraient en contact avec les associations homosexuelles que lorsqu’elles étaient soumises à une forme de discrimination et de violence. Toutefois, ces associations ne pouvaient enregistrer les informations de manière régulière, ou elles le faisaient en oubliant des points importants destinés à assurer la véracité des faits, dans le « cadre du dossier ». Elles ne pouvaient ensuite ni accéder aux informations consignées, ni suivre le processus de l’enquête.

Alors que ces mêmes associations homosexuelles déclarent haut et fort lutter pour les droits de l’homme, elles apportent en général des réponses standard et mémorisées aux violations que subissent les personnes homosexuelles, faisant l’impasse sur des questions telles que : « Combien de violations ces personnes ont-elles subi l’année dernière et comment se répartissent ces violations ? » ou « Quelles sont les violations les plus fréquentes ? ». En outre, les autres organisations de défense des droits de l’homme [en Turquie] ne s’intéressent pas de manière systématique aux victimes homosexuelles et ne recourent pas systématiquement aux dispositifs de défense de ces droits dans leur cas.

Prenant acte de ces manques et de ces urgences, des associations telles que Kaos GL à Izmir, Pembe Hayat (La Vie en rose) et Lambda Istanbul ont commencé à travailler sur un projet intitulé « Un usage efficace des dispositifs de défense des droits de l’homme pour les personnes LGBT ». Grâce à ce projet, conçu pour résoudre l’ensemble de ces problèmes, et à la mobilisation des associations homosexuelles, le but est de leur permettre d’utiliser les dispositifs nationaux et internationaux de défense de ces droits, et aussi de mettre un terme, contrôler et recenser les violations que subissent les personnes homosexuelles.
Les associations Kaos GL et Pembe Hayat à Ankara, Kaos GL à Izmir et l’association LGBT Lambda à Istanbul lancent un appel à toutes les personnes homosexuelles pour qu’elles fassent état des violations des droits de l’homme qu’elles subissent.

Nos libertés d’association ne s’arrêteront pas !

En tant que personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels), nos droits sont violés dans tous les domaines de notre existence et nous subissons une discrimination. Et pourtant, lorsque nous voulons lutter contre ces abus et cette discrimination, on empêche notre Collectif d’agir. Plusieurs obstacles bureaucratiques, institutionnels et sociaux font barrage à la mise en place d’associations de personnes LGBT. Nous devons lever ces obstacles.
Nous pensons que les violations à l’encontre des associations LGBT, qui se sont produites en mai dernier contre la liberté de conscience, d’expression et d’association, sont graves, car elles témoignent des problèmes que rencontrent les personnes LGBT dans ce domaine. Au nom de la démocratie et d’un monde de liberté, nous demandons l’élimination de tous les obstacles à la liberté d’association.
Lorsque nous voulons créer une association en tant qu’homosexuels, ils veulent nous en empêcher, en brandissant l’article « Nul ne peut former une association contraire à la loi et à la morale ». En refusant le classement de l’affaire par le service du directeur des poursuites, Kaos GL a achevé son processus d’organisation. Toutefois, les mutuelles LGBT Lambdaistanbul et Pembe Hayat (La Vie en rose), qui demandent un même statut d’association, sont confrontées à des obstructions de la part des gouverneurs d’Ankara et d’Istanbul. Après les avoir enregistrées au service des associations, ces deux services ont demandé par lettre au bureau du procureur la fermeture de ces deux associations.

Les Directions des poursuites à Ankara et à Istanbul ont à nouveau refusé le dossier du service des associations, au motif que ces associations ne contrevenaient pas à la loi et à la morale. Mais les services des associations des gouverneurs d’Ankara et d’Istanbul ont contesté cette décision et en ont appelé à la juridiction supérieure. La 5e Cour d’assises d’Istanbul décida d’instruire le dossier. Actuellement, la mutuelle LGBT Lambdaistanbul, qui avait lutté pour les droits des homosexuels, fait l’objet d’une demande de fermeture. Notre association ne peut être fermée. Notre liberté d’association ne s’arrêtera pas !

Par ailleurs, la mutuelle LBGT Pembe Hayat, après avoir organisé une assemblée générale, agissant ainsi en accord avec la décision de la Direction des poursuites, a été frappée d’une amende de 498 livres turques, au motif d’avoir « organisé une assemblée générale avant la date légale », attitude discriminante et restrictive des libertés quant aux moyens d’organiser une ONG, qui n’est pas démocratique, mais contraire au développement de la société civile. Nous protestons contre cette attitude. Nous condamnons les interventions non civiles à l’encontre de la société civile.

Le 15 mai 2007, les militants se sont rendus au commissariat d’Esat pour faire une déclaration de presse afin de protester contre les détentions arbitraires, les mauvais traitements et les amendes injustes, dans ce même commissariat qui utilise la loi criminelle contre les drag-queens et les transsexuels. Mais les policiers qui étaient en service tentèrent de les en empêcher. Aux yeux de la presse, les membres de la mutuelLe LGBT Pembe Hayat ont été soumis à de mauvais traitements et à la torture. Nous ne permettrons pas ces entraves à notre liberté de pensée, d’expression et d’association. Nous continuerons à dénoncer les violations des droits de l’homme et à nous battre pour les droits des homosexuels.

La section turque d’Egitimsen Hatay Dortyol a déposé une plainte criminelle contre l’association étudiante LGBT de l’Université Bilgi d’Istanbul au motif qu’elle avait autorisé une association d’étudiants homosexuels. Le Haut Conseil de l’Education (YOK) a aussi ouvert une enquête contre l’université Bilgi d’Istanbul et demandé à être défendu. Nous condamnons ces tentatives contre la liberté d’association des lesbiennes, des gays, des drag-queens et des transsexuels.

L’accès aux sites internet des associations Kaos GL, Pembe Hayat et Lambdaistanbul est bloqué sur tous les ordinateurs du campus de l’Université Anadolu à Eskisehir. Les étudiants de cette université lisent un avertissement « Sujet gay, lesbien et bisexuel » ou « Contenu adulte », avec un encadré « L’accès à ce site est bloqué ». Ce blocage est une violation des droits de l’homme contre la liberté de pensée, d’expression et d’association des personnes LGBT. Nous protestons contre cette attitude à notre encontre et ce déni contre la liberté d’expression, d’information et de communication des personnes LGBT, qui n’est dû qu’au fait que nous sommes lesbiennes, gays, drag-queens et transsexuels !
Ces tentatives de déni contre l’organisation des personnes LGBT constituent une discrimination et une agression contre la liberté d’association.

Nous ne resterons pas silencieux sur ces agressions.

dimanche 15 juillet 2007

L'homosexualité et le foot !


l’homosexualité et le foot

S’il y a bien un sujet tabou dans le monde machiste du football, c’est bien celui de l’homosexualité. Retour sur un sujet tabou voir tragique. A méditer.



zoom - galleria Le football est peut-être le dernier sport médiatique à refouler l’homosexualité. Un sujet véritablement tabou, alors que le tennis en a fait une « tendance » avec le coming-out de Martina Navratilova et de notre française Amélie Moresmo. Si on devait rentrer dans le cliché, le joueur de foot doit avoir de grosses voitures, être à la pointe de la mode, ou encore faire de la pub pour McDo. Alors que les footballeurs sont les premiers à monter au créneau afin de dénoncer le racisme ou encore pour des œuvres caritatives, l’homophobie reste une attitude fréquente dans le milieu professionnel comme amateur. Une cause que tente de défendre une association comme le club de foot : Paris Football Gay. Une attitude nihiliste symbolisée par les propos de David Ginola : « Je n'ai jamais croisé quelqu'un du côté obscur de la force au cours de ma carrière. », faisant de l’homosexualité un tabou au sens biblique de la chose. Une attitude paradoxale alors que le joueur de football n’a jamais autant véhiculé une attitude métrosexuelle. On utilise ce terme pour qualifier des personnes qui font très attention à elles, prennent soin de leur corps, de leur alimentation, etc. Un comportement à la frontière entre l’homosexualité et l’amour tel que le conçoit la Bible. Selon Philippe Liotard, chercheur à l’université de Lyon, « cette négation est révélatrice d'un malaise. Comme si le sport pouvait échapper aux statistiques démographique ». Des études récentes ont prouvé qu’il y a entre 5 et 10% de gays dans notre société. Ce chiffre est indicatif, car la population gay pourrait être bien plus importante sans la barrière des préjugés et des tabous. Alors pourquoi le monde du foot échapperait à ce phénomène ?

Récemment, Andrew Walmsley et Corny Littman, respectivement présidents des clubs de Stonewall (Angleterre) et Sankt Pauli (Allemagne), réputés pour leur engagement en faveur de la cause gay, ont tenté de faire bouger les choses en déclarant connaître des joueurs gays dans les clubs de l’élite en Angleterre, ainsi que dans les sélections nationales. Walmsley ajoutait aussi: « Mais faire son coming-out n'est pas envisageable ». Non seulement ce n’est pas envisageable mais de plus cela peut s’avérer tragique. Ainsi, dans l’histoire du football, trois cas de coming-out ont été recensés. Deux ont fini par une tragédie. Le premier fut Heinz Bonn, un défenseur allemand d’Hambourg dans les années 70, retrouvé assassiné par un prostitué le 5 décembre 1991 dans son appartement d’Hanovre après avoir au préalable sombré dans l’alcool. Autre cas, toujours aussi morbide, avec l’ancien international anglais : Justin Fashanu. D’origine nigériane, il avait vendu ses confessions au News of the World pour 80 000 livres (118 300 euros) en 1990, alors qu’il était encore en activité. On le retrouvera pendu le 2 mai 1998 après avoir été accusé d’abus sur mineur. On peut également citer les noms de l’Uruguayen Wilson Oliver qui a fait son coming-out dans la revue Gay Barcelona. Il devra arrêter sa carrière en raison de la discrimination et de la marginalisation dont il souffre. De même l’arbitre international néerlandais, John Blankenstein, a été écarté de la Coupe du Monde 1990. Pas besoin d’aller chercher hors de nos frontières des témoignages concernant l’homosexualité dans le milieu du foot. Ainsi, en 2001, Jonathan Denis, alors jeune journaliste, a vécu une « belle histoire compliquée » avec un joueur de Sochaux. Il raconte: « Ce joueur sortait avec une fille, avec qui il s'est marié depuis. Sochaux, c'est une petite ville, et notre relation s'est ébruitée. Professionnellement, ça a été un drame pour lui. Du jour au lendemain, il n'était plus sur la feuille de match et ses coéquipiers le regardaient de travers. Il a été totalement exclu du groupe. Ça l'a déprimé et il a dû changer de club ». Au niveau amateur, Yoann Lemaire, joueur de division d’honneur avait décidé de faire son coming-out auprès de ses coéquipiers afin de soulager sa conscience. Finalement mal lui en pris, comme il le confie : « Je me suis planté. C'est une catastrophe. Jamais je ne conseillerai à un joueur de foot de révéler son homosexualité. Je comprends que les pros ne veuillent pas le faire. C'est le meilleur moyen de briser sa carrière et de faire fuir les sponsors. Je ne suis même pas sûr que ça puisse avoir un effet positif. Parce que si ça se passe mal pour le joueur, ça se retournera contre tous les homos ». On voit que le football a encore des efforts, d’énormes efforts, à faire afin de se libérer de son tabou. Des phrases telles que celles tenues par Didier Deschamps, « Cette couleur [le rose du maillot de la Juve ] ne me plaît pas parce qu'en France c'est la couleur des p**** », ou encore Louis Nicollin, « Quelle bande de p**** d'avoir raconté ça [que les matches de Montpellier étaient arrangés] », ne font rien pour libéraliser un phénomène qui ne devrait plus de nos jours être tabou. Il faudra beaucoup de patience, ou le coming-out d’un grand nom du football afin d’en finir une bonne fois pour toute par un mal qui cache une discrimination latente.

L’homosexualité est bien plus qu’un sujet marrant pour les comptoirs de café, il est un sujet tabou qui parfois se termine en véritable tragédie pour les personnes concernées. Donc, pour faire évoluer les mentalités, je ne vous demande pas de comprendre les footballeurs gays mais de les tolérer. Interrogez-vous sur cette question : un footballeur est-il moins fort s’il est gay ? Je vous laisse le soin de répondre à la question, j’ai mon avis à vous d’avoir le votre.

Sébastien Renard