vendredi 28 décembre 2007

Témoignage de prsionniers gays au Cameroun



Cameroun: paroles de prisonniers gays.



Au Cameroun, au moins 18 hommes sont actuellement en prison pour «homosexualité».

Voici les témoignages de trois d'entre eux.

Premier témoignage : «N.J.» Je me nomme N.J.. Je suis âgé de 19 ans

J'habitais avec mes parents et ma sœur à 15km du centre d'Ebolowa. J'étais élève en classe de 2nde A au collège C…
Le 9 juillet 2006, j'ai été abordé au soir par un jeune homme de 23 ans qui se nommait O.G. Il m'a proposé la somme de 30.000 francs CFA (45 euros) pour avoir des rapports sexuels avec lui. J'ai tout de suite accepté et nous avons pris une auberge au centre où tout s'est bien passé.
Au matin du 10 juillet, il m'a tendu 10.000 francs CFA (15 euros), promettant de me donner le reste ultérieurement. J'ai exigé qu'il remplisse les clauses d'un contrat parce que je ne le connaissais guère. Comme il ne s'exécutait pas, j'ai alerté les passants afin qu'ils m'aident à le maîtriser. Ce sont eux qui nous ont conduit à la police judiciaire.
Nous avons été gardés à vue après quelques explications verbales et des menaces, et ce n'est que le jour suivant que nous avons été entendus pour un procès verbal, puis gardés à vue à nouveau. Le 13, pendant que O.G. attendait à la salle d'accueil et qu'on entendait ma déposition, il a profité de la distraction des agents pour s'enfuir. Ils ont voulu que je leur dise où il habitait, ce à quoi j'ai répondu que si je le savais, je ne serais pas en cellule. À la suite de cela, j'ai été torturé à coups de matraque pendant plusieurs minutes pour me faire avouer je ne sais quoi. C'est fou de penser que je protège celui par lequel je me suis retrouvé là.
Ce même jour, j'ai été entraîné au parquet, où le procureur m'a fait signer un mandat de dépôt pour homosexualité. J'ai été conduit à la prison centrale d'Ebolowa au quartier des majeurs, bien qu'à ce moment-là je n'avais que 18 ans.
Dix-hui jours plus tard, je suis allé au parquet. La procureure, maître A., m'a demandé d'abandonner mes préférences homosexuelles après avoir lu ce que j'avais déclaré à la police judiciaire. Je lui ai dit que je ne pouvais pas parce que je suis homo et que je n'ai aucune attirance pour les femmes. Elle m'a condamné à 15 ans fermes d'emprisonnement.
En fin d'année, j'ai bénéficié de 1 an de remise de peine, en plus des 16 mois que j'ai déjà purgés, ce qui fait 2 ans et 4 mois à ce jour. J'ai été autorisé à être «corvéable à merci» pour éviter la vie que j'endure en prison. Les insultes, la drague, l'humiliation… sont quelques-unes des choses que je vis en prison. Je suis malheureusement tombé gravement malade et j'ai demandé une interruption car je travaille dur.
Vu que je suis abandonné par ma famille qui n'est venue que le premier mois, le temps de ma lourde condamnation, et que je suis sans moyen, je souhaiterais négocier le détachement. J'aimerais à ma sortie de prison suivre une formation en informatique, tout en vivant loin de ma famille qui ne m'accepte plus à cause de mon choix sexuel. La vie est très difficile en taule où je dois me contenter d'un repas par jour. Le paludisme, les démangeaisons, les vertiges, la gale… sont mon lot quotidien.
L'analyse d'Alice Nkom, avocate et défenseure des homos au Cameroun :
«L'interpellation et la mise en détention provisoire de N.J. sont illégales. Au contraire, c'est lui-même qui est victime d'une infraction civile, l'exécution d'un contrat verbal de paiement d'une dette. Aucun élément du récit ne démontre un flagrant délit d'homosexualité. Or l'article 12 du Code de Procédure pénale ne permet au procureur de la République de décider d'une détention provisoire qu'en cas de crime ou flagrants délits.
«La procédure ayant abouti à la détention, puis à la condamnation de N.J. est donc nulle. Le juge a l'obligation de l'invoquer et de casser cette décision! Le fait que N.J. ait avoué son homosexualité n'y change rien. Avouer qu'on est homosexuel n'est pas, en soi, un délit et ne donne pas aux poursuivants le droit de violer la procédure pour ôter la liberté à quelqu'un: le Cameroun n'est pas un État islamique et ce n'est de la charia qu'il s'agit! Quel dommage que N.J. n'ait pas fait appel et ait ainsi accepté, parce qu'il se sait homosexuel et n'a pas envie de le cacher, sa culpabilité en tant qu'homosexuel!
«Je suis sûre que le Tribunal a considéré qu'il s'agit d'un délit continu (cf. ses aveux à la police) et qu'il ne fallait donc pas envisager de sortir de prison des gens qui, de toutes façons, allaient recommencer, pour ne pas dire continuer à être homosexuel...!
«La place de N.J n'est pas en prison, mais bel et bien à l'école, et tout de suite, la procédure étant entachée d'une nullité absolue, violant ses droits fondamentaux.»Deuxième témoignage: «E.A.»
Je suis E.A., anglophone de 31 ans et je vis avec ma femme et ma jeune fille à Ebolowa, au quartier New-Bell (camp police) à environ 1km de ma boutique car je suis commerçant. J'emploie deux Sudistes.
Je me suis plaint contre un de mes employés, caissier, parce qu'après l'inventaire, il y avait fuite d'un peu plus de 130.000 francs CFA (200 euros). Il a été arrêté et, quelques jours plus tard, son frère m'a rencontré pour un arrangement à l'amiable et demandé de faire libérer son cadet qui était en fait déjà libre, sans que je le sache.
Alors que je suis à la boutique, mon voleur arrive et me fait savoir qu'il a été libéré parce qu'on n'enferme plus les gens comme ça avec le nouveau code de procédure pénale [qui est censé s'assurer que les personnes arrêtées aient été prises en flagrant délit, et bénéficient de la présomption d'innocence, NDLR]. Il me dit, après avoir tout avoué qu'il va s'entendre avec ses frères et demain, ils viennent me régler.
Le lendemain, il arrive, puis son frère aîné demande à son cadet de se mettre à genoux pour me demander pardon et il m'a promis qu'une fois que lui et les autres membres de la famille auront fait la réunion, il viendra me donner mon argent.
La même nuit, à la fermeture du magasin après 21 heures, je faisais le contrôle de ma livraison et le petit voleur est resté alors que son collègue venait de partir, il m'a dit qu'il a faim. Je lui ai donné un bout de pain tartiné et je suis reparti derrière le comptoir pour faire les comptes de la journée. J'ai juste eu le temps de me rendre compte qu'il y avait une présence à mon dos, qu'il s'écrasait sur moi à moitié nu et me menaçait avec mon couteau. Il a crié deux noms et six personnes sont entrées dans la boutique, deux de ses frères y compris. Ils m'ont déshabillé et m'ont traîné hors de la boutique et le petit appelait le quartier en criant au viol.
B.Z. un des voisins de ma boutique, tradi-praticien, est arrivé et m'a libéré de mes bourreaux et je suis parti en courant prendre son pantalon sur la corde et suis parti au camp de police pour me plaindre. C'est là que le commissaire central, un procureur et trois policiers sont venus me prendre pour m'entraîner en cellule; bien que j'avais perdu 150.000 francs CFA que j'avais sur moi au moment de l'agression, et que ma boutique était restée ouverte.
Je me retrouve alors en prison avec monsieur B.Z. en tant que «complice pour pratique d'homosexualité» car, disent-ils, c'est lui qui me pousse à me livrer à de telles pratiques. C'est à ce moment que j'ai compris que j'étais victime d'un coup monté.
Depuis lors, j'attends, croupi en taule où j'essuie injures de tout genre et humiliations, sans parler des démangeaisons, de la toux, la mauvaise nourriture, la dépression, entre autres...
L'analyse d'Alice Nkom:
«La situation juridique et procédurale est encore plus rocambolesque que dans le premier témoignage. Elle illustre bien l'arnaque, et le chantage dont on peut être victime au Cameroun sur la base de soupçons d'homosexualité!
«Le droit est absent de l'ensemble de ce dossier: la procédure de flagrant délit n'a apparemment pas été suivie, au profit de celle de l'information judiciaire, puis qu'il ne mentionne aucune convocation, aucune déposition ni aucun jugement, depuis sa mise en détention provisoire… Dans ce deuxième témoignage, c'est le code de procédure pénale qu'on assassine!»Troisième témoignage: «E.B.S.»
Mon nom est E.B.S., je suis âgé de 35 ans et j'habite avec mon père dans un village à une dizaine de kilomètres d'Ebolowa. Je vis de travaux champêtres.
Comme il m'est difficile de vivre mon homosexualité dans ce petit coin où tout le monde connaît tout le monde et où tout se sait, je m'évade de temps en temps vers la grande cité où il m'est facile de trouver des partenaires, surtout que je me suis fait prendre une fois ce qui fait que tout le monde m'évite, je suis isolé, mis en quarantaine.
Le week-end du 12 au 14 octobre, je suis allé chez ma cousine au quartier Nko'ovos dans le but de me reposer. Le dimanche 14, je suis sorti ce soir dans le but d'assouvir mes désirs. Je me suis rendu au centre commercial, au cabaret Evasion.
Pendant que je dansais, je me suis adressé à un jeune homme d'environ 30 ans se trouvant près de moi. Il m'a dit qu'il était Malien bien que j'aie cru qu'il était du Nord-Cameroun. Je lui ai fait la cour en lui disant que je voulais dormir chez lui en sa compagnie et que je lui donnerais 2.000 francs CFA (3 euros) s'il était d'accord. Il m'a entraîné au-dehors où il a porté la main sur moi et la bagarre a commencé. Le monde qui est venu savoir ce qui se passait nous a entraîné au commissariat central non loin de là.
J'ai passé là 8 jours. Le 22 octobre 2007, j'ai signé le mandat de dépôt pour tentative d'homosexualité et j'ai été conduit à la prison où je me trouve encore. Le 23, je suis monté au parquet, j'ai été entendu. Mon plaignant était présent. Après lui, j'ai été d'accord avec sa version de faits. J'ai eu un renvoi pour le 13 septembre et ce jour, j'ai été mis en délibéré pour le 27 novembre 2007 [la décision a depuis été reportée, NDLR].
Je n'ai pas le moral car je suis abandonné par mon père et toute la famille qui m'a longtemps menacé de rompre avec la pratique. En plus, ma santé se détériore de plus en plus parce qu'en plus de la gale, du paludisme et des démangeaisons qui sont mon lot quotidien, je souffre d'habitude d'hypertension et d'un début de diabète.
J'aimerais à ma sortie de prison m'investir dans un commerce et surtout, vivre loin de ma famille qui souhaite que je croupisse en taule car, disent-ils, je suis la honte de la famille et du village.
L'analyse d'Alice Nkom :
«Là encore, tous les arguments que j'ai cités dans les deux premiers cas sont valables: il n'y a pas de tentative d'homosexualité si vous avez seulement fait la cour à quelqu'un: les conditions de l'arrestation, de la garde à vue, de la mise en détention provisoire sont illégales et violent toutes les dispositions du code de procédure pénale.»
Témoignages recueillis par Marc Lamba Lambert pour l'association Alternatives-Cameroun.

Pour faire un don à cette association, contactez-la par mail à l'adresse

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lundi 10 décembre 2007

Congé parental et homosexualité....



Congé paternité et homosexualité
Le bonheur n’est pas dans le pré, mais dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2002. Pas convaincu ? Suivez cette drôle d’histoire, qui conduit à réfléchir sur la légalisation du mariage homosexuel.
C’est cette loi de 2002 qui a créé le congé paternité : après la naissance d'un enfant et dans un délai de quatre mois, l’heureux papa peut bénéficier d’un congé de paternité de 11 jours consécutifs. Pendant cette période, consacrée à couver le bébé et à choyer la maman, le petit veinard perçoit les indemnités journalières de l'assurance maternité. Vive l’article L. 331-8 du Code de la Sécurité sociale !
Bingo. C’est la naissance de Basile. Karine, qui a accouché, va pouvoir bénéficier de la présence du papa. Petit problème : le papa s’appelle Elodie ! Car c’est après une insémination artificielle pratiquée en Belgique que Karine a pu enfanter. Karine et Elodie sont pacsées, mais restent les chromosomes. Problème.
La Caisse refuse le versement de la prestation : la loi, c’est la loi, et Elodie n’est pas un papa ! Le tribunal des affaires de sécurité sociale de Nantes, le 20 mars 2006, confirme ce refus, pour le même motif. Hier, l’affaire se plaidait devant la cour d’appel de Nantes, et l’arrêt est attendu pour le 30 janvier.

Que dit le droit ?

Le Code civil reste très arthrosique. Tout au plus, les articles 515-1 et suivants, issus de la loi du 15 novembre 1999 qui fonde le PACS, évoquent-ils une vie de couple, sans faire référence à la différence de sexe. Le valeureux Code en est encore rose d’émotion…
C’est le Code de la sécurité sociale – que du bonheur, vous dis-je – qui avait ouvert la voie, par la loi du 27 janvier 1993 : le concubin d'un assuré, hétérosexuel ou homosexuel, acquiert la qualité d’ayant-droit au titre de l’assurance maladie. Pour la prochaine Gay Pride, je veux un char à l’honneur de l’article L. 161-14, al. 2, du Code de la Sécurité Sociale.
Toujours aussi coquin, le Code de la Sécurité sociale a inclu un article L. 513-1 qui alloue la prestation d’accueil du jeune enfant (PAJE), à la « personne physique qui assume la charge effective et permanente de l’enfant ». Sans évoque la question du sexe.


Du côté européen, ça avance plus vite.


L’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme pose le principe de la liberté matrimoniale, et par l’arrêt Goodwin du 11 juillet 2002, la Cour européenne des droits de l’homme en a déduit qu’un Etat ne pouvait s’opposer au mariage entre une femme et d’une transsexuelle opérée.
Dernière étape – pour le moment – avec l’arrêt rendu 7 janvier 2004 (Affaire C. 117/01) par la Cour de justice des Communautés européennes qui a condamné la discrimination à propos du droit à une pension de réversion au sein d’un couple formé par une femme et une transsexuelle. La Cour de Luxembourg vise les articles 13 § 1 du Traité de l’Union européenne et 21 de la Charte des droits fondamentaux, du 7 décembre 2000, pour conclure que toute discrimination fondée sur l’ « orientation sexuelle » est prohibée.

* * *

S’agissant de Karine et Elodie, toute la question est de savoir si la cour de Rennes en restera à la lecture littérale du Code, ou si elle prendra en compte la substance des principes posés par le droit européen.
Dans leur dossier, Karine et Elodie disposent désormais d’un élément de poids. Une délibération de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (HALDE) reconnaissant le bien fondé de leur démarche. Et le bon président Schweitzer s’est fendu d’une lettre au premier ministre « concernant les disparités dans les conditions d’attribution des prestations sociales en lien avec l’éducation des enfants, aux couples de même sexe. »
Le plus simple serait que la loi change, ou lève le doute.
La lutte contre les discriminations de type social avance à grand pas, mais à terme elle pourrait servir de prétexte à ceux qui s’opposent au mariage homosexuel : l’égalité étant parfaite, la loi refuserait de passer le cap s’agissant d’un droit

mercredi 7 novembre 2007


Gays et lesbiennes âgés: Une génération à bichonner
Aux Etats-Unis, chercheurs et entrepreneurs s’intéressent de plus en plus près à ce nouvel enjeu social et démographique: les lesbiennes et gays âgés.

Nadja Simko
novembre 2007

Pour en savoir plus
Barbary Lane Senior Communities
http://www.asaging.org/
http://www.sageusa.org/
Avoir du temps à consacrer à leurs loisirs et intérêts, aux voyages ou à la détente. C’est ce qu’ont répondu les baby boomers de la communauté gay quand on leur a demandé ce que signifiait pour eux la retraite et le troisième âge*. Mais pas seulement. Parce que l’âge d’or, comme on se plaît à l’appeler, n’a pas le même éclat pour tous. «En vieillissant, les LGBT sont confrontés à toute une série de problèmes, dont la majorité ont trait à une crainte de la discrimination», observe Kimberly Acquaviva, professeure assistante à l’Université George Washington. «Et cette peur, fondée sur leurs expériences passées, fait qu’ils ne vont souvent pas demander l’aide dont ils ont besoin.»
D’une génération à l’autre«La situation varie d’une génération à l’autre», observe pour sa part Gerard Koskovich, responsable des questions LGBT pour la American Society on Aging (ASA). Et les seniors de 70, 80 ans ou plus ont en effet leur propre rapport au silence. Tenus tout au long de leur vie d’être discrets sur leur identité sexuelle, ils ont appris, normalisation sociale oblige, à ne s’ouvrir qu’à un cercle restreint de proches. Mais cette façon de vivre devient difficile lorsqu’il s’agit d’accéder à des soins ou d’intégrer une maison de retraite conventionnelle», explique Koskovich. Aussi ces seniors se sentent-ils parfois contraints de s’isoler de leur cercle de proches, de ceux qu’ils nomment leur «famille d’adoption», pour éviter d’afficher trop ouvertement leur homosexualité face aux structures d’aide et de soins.Et, bien que différente, la perspective des baby boomers LGBT n’est pas toujours plus enviable. «Plus jeune, cette population a, pour la plupart, affirmé plus ouvertement sa sexualité et son identité de genre, ajoute le professionnel de l’ASA. L’homosexualité, aux Etats-Unis et particulièrement dans les grandes villes, s’est vécue de façon presque communautaire, avec nombre d’associations et organisations.» Aussi en vieillissant, ces retraités, habitués à une attitude d’ouverture, recherchent-ils les institutions nécessaires au maintien de ce mode de vie. Sans toujours les trouver. Et le manque de structures adéquates les renvoie dès lors à la même peur: celle de la discrimination.


Un retour au placard


Dans une recherche publiée en 2006 par MetLife*, moins de la moitié des LGBT américains de la génération des baby boomers se disent confiants que le personnel soignant les traitera avec respect. «Ils craignent d’être rejetés ou traités avec moins d’attention ou de sympathie s’ils nomment leur homosexualité», observe Dan Ashbrook, directeur de Lavender Seniors of the East Bay, un réseau de soutien pour les LGBT vieillissants dans la région de San Francisco.A tel point d’ailleurs que certains même seraient prêts à passer sous silence leur orientation sexuelle. Comme si, après des années d’identité affirmée, ils se sentaient forcés de «retourner dans le placard». Selon des études, 90% des LGBT américains n’ont pas d’enfants (contre 20% pour l’ensemble des personnes âgées). Ce sont les lesbiennes qui se disent les plus angoissées par une possible discrimination à leur encontre. «Cela s’explique par la fait qu’elles font face à la ségrégation relative à leur identité sexuelle d’une part et vivent dans une société qui marginalise les femmes d’autre part, observe Gerard Koskovich. Elles cumulent donc les difficultés. Et, les différences salariales étant ce qu’elles sont, elles ont à redouter à la fois une vulnérabilité accrue et une précarité financière.» L’isolement et la solitude auxquels sont confrontés les LGBT en vieillissant peuvent aussi conduire à d’autres difficultés, d’ordre pratique notamment. Ainsi, sans précautions prises, personne n’est habilité à prendre de responsabilité en termes de décisions médicales. «En l’absence de personne désignée, la décision relative à des soins intensifs ou continus revient alors directement à la famille biologique, avec laquelle les liens de confiance sont souvent rompus», regrette Kimberly Acquaviva.Reste que, pour parer à ces difficultés, la communauté LGBT américaine s’organise peu à peu. Les maisons de retraite «gay-friendly» se multiplient et le pays compte désormais plusieurs résidences spécifiquement conçues pour les LGBT. «Aux Etats-Unis, où la diversité culturelle est si forte, les homes destinés à une population particulière ont une longue histoire. La communauté juive et les églises protestantes ont, il y a plus d’un siècle, créé les premières maisons de retraite. Les Italiens, les Arméniens et d’autres groupes d’immigrés ont suivi. Même les syndicats ont construit leurs propres homes. En ouvrant des maisons dédiées aux LGBT, nous ne faisons qu’épouser le système américain … à notre manière», conclut, avec une pointe d’ironie, Gerard Koskovich.


Home sweet home


Barbary Lane est une maison de retraite inspirée de la célèbre série de romans Chroniques de San Francisco, d’Armistead Maupin. D’ailleurs, les responsables de ce projet résidentiel ont pris soin de nommer les pièces selon les héros des Chroniques. «Nous avons voulu créer un établissement pour les LGBT du troisième âge avec des programmes spécifiquement adaptés à leurs besoins et intérêts – qu’il s’agisse d’événements culturels ou de réseaux d’aide», explique David Latina, président de Barbary Senior Communities, la société à l’origine de plusieurs projets de homes spécialisés. Cette maison de retraite qui accueillera ses premiers résidents au mois de février prochain, illustre un phénomène relativement récent: la multiplication des homes spécifiquement dédiés aux LGBT. «Très schématiquement, on parle de trois générations, observe David Latina. Celle des LGBT dits «GI’s», de la deuxième guerre mondiale, âgés de 90 ans ou plus et dont la caractéristique est un conformisme auto-protecteur. Puis est venue la génération silencieuse, qui a dissimulé son homosexualité et accepté une forme de normalisation sans pourtant l’approuver, suivie des baby boomers. Ces derniers ont transformé la notion de maison de retraites.» Par leur volonté d’afficher leur identité et, surtout, leur esprit d’indépendance, ils ont imposé les notions de choix individuels et de besoins propres à une communauté. Mais surtout, comme le précise le président, en 2000 la population des LGBT a, pour la première fois, été quantifiée par le recensement américain. Ainsi, on chiffre à plus de trois millions les LGBT de plus de 65 ans. En 2030, cette même population devrait compter six millions d’individus*. Et qui dit quantifier une population spécifique dit identifier un marché. Aussi y a-t-il fort à parier qu’à l’avenir Anna Madrigal et Michael Mouse pourront enfin choisir, pour leurs vieux jours, entre de nombreux «sweet homes». N.S.
http://www.barbarylanesenior.com/

lundi 22 octobre 2007

L'homosexualité à l'île Maurice.... Témoignage





Faire mieux comprendre l’homosexualité
Lorsqu’ils entendent prononcer le mot “gay”, bon nombre de Mauriciens ont à l’esprit l’image caricaturale de la ‘grande folle’, incarnée à l’écran par feu Michel Serrault dans le film “La Cage aux Folles”. C’est justement ce cliché-là et d’autres mauvaises conceptions que Laurent Laroche, le nouveau président du Collectif Arc-en-Ciel, veut briser.
Laurent Laroche, n’a rien d’efféminé. Ni dans son physique, ni dans son comportement général. Et pas même dans ses intonations. Et pourtant, il vit et assume pleinement son homosexualité.
Oui, reconnaît-il, il est un homo comme ils disent. “Lorsqu’une personne m’interroge à demi-mot sur mon orientation sexuelle ou en me montrant son index à la phalange recourbée, je réplique qu’effectivement, je suis p... Le terme ne me dérange plus. Autrefois, je ne l’aurais jamais admis. Pas même à un autre homosexuel”. Cette assurance tranquille est assez récente chez lui. Elle date en fait de sept ans. Un nouvel état d’esprit résultant d’une rencontre. Avant ça, Laurent était d’une timidité maladive et craignait toujours de déranger par sa seule présence. Laurent refuse toutefois d’établir une corrélation entre ce mal-être qu’il a traîné jusqu’à l’âge de 21 ans et les abus sexuels répétés dont il a été victime à partir de l’âge de six ans. “Je n’avais que six ans lorsqu’un cousin, de dix ans mon aîné, a fait des attouchements sur ma personne. Je croyais que c’était un jeu. Cela s’est répété. Le plus dur, c’était quand je ne le voulais plus et que c’était forcé. Les abus ont duré longtemps et puis ce fut le viol”. A l’adolescence, Laurent se sent attiré émotionnellement par les filles avec qui il sort et a même des rapports sexuels. Mais en parallèle, il sort aussi avec des garçons mais là, précise-t-il, c’est purement sexuel. Lorsque sa mère le questionne sur son orientation sexuelle après avoir lu un article sur l’homosexualité dans un magazine féminin, il lui dit la vérité. Et pour lui faire plaisir, il accepte de consulter un psychologue et même un prêtre. Cela ne l’empêche pas de continuer à mener sa double vie. “ J’avais du mal à me situer et à savoir quelle était mon orientation sexuelle”. Le théâtre, que cet ancien élève du collège St-Joseph pratique, l’aide dans une certaine mesure à briser sa timidité. Sa sœur aînée l’entraîne dans son sillage lorsqu’elle sort et cela l’oblige à ne pas vivre en ermite. Le fait que sa sœur et son petit ami acceptent sa bisexualité est aussi pour lui un soulagement. Mais il a beau avoir des relations avec des filles et des garçons, il se sent toujours différent des autres. Lesdites relations ne l’apaisent pas. Et même le théâtre qu’il fait auprès de plusieurs troupes, bien que plaisant, n’amène pas le résultat escompté. “Bien que mes amies et mes petits copains étaient au courant de ma bisexualité, en public, je me conformais à ce que la société attendait de moi”. Lorsqu’il rencontre Clarel Broudou, le metteur en scène et directeur de la troupe Artistes en Liberté, ce dernier est le seul à lui faire confiance. “Alors que les autres me critiquaient ouvertement, lui, m’a encouragé et m’a fait confiance. Il a suffi de cela pour que j’aie confiance en moi”. A travers Clarel Broudou, qui est devenu son meilleur ami, il rencontre l’homme qui partage aujourd’hui sa vie à mi-temps. “Pas en raison du qu’en-dira-t-on mais pour des raisons pratiques”. Laurent déclare n’avoir eu aucune difficulté à vivre son homosexualité. Pas même à la firme où il est travaille. “Au bureau, je me sens un peu à l’écart car certains hommes ont du mal à accepter l’idée générale de l’homosexualité. Mais une fois qu’ils me connaissent, ça va. D’autres m’évitent, de peur d’être catalogués d’homosexuels. Mais je ne prends pas cela comme de l’homophobie car c’est un choix personnel. Tant que l’on me dit bonjour, ça va. Avec mes collègues filles, ça se passe super bien”. Il ajoute ensuite qu’en groupe, les gens ont tendance à se prononcer contre l’homosexualité. “Lorsque tu les interroges individuellement, cela ne les dérange pas. Comme quoi, la pression du groupe est plus forte. Beaucoup de personnes acceptent les travestis et pas les homosexuels car dans leur tête, un homosexuel est génétiquement mal constitué et doit forcément vouloir changer de sexe pour devenir femme. Ce n’est pas vrai”. Il n’est pas du genre à s’afficher. Bien que lui et son copain soient très tactiles, ils ne se promèneront pas bras-dessus, bras-dessous, ni ne se bécoteront en public. “ La société dans laquelle on vit n’a pas encore évolué et n’accepte pas l’homosexualité. Tout comme ce n’est pas bien vu de marcher en bikini à Port-Louis. Que tu sois homosexuel ou hétéro, tu dois respecter les autres. C’est une question de pudeur et de respect”. Laurent aurait pu mener sa petite vie tranquille, sans se soucier d’autrui. “J’ai toujours pensé qu’il me fallait aller vers les autres. Je refuse que ma vie ne se résume qu’au travail et qu’à ma relation amoureuse”. Lorsqu’il apprend que le mouvement qui va devenir le Collectif Arc-en-Ciel est en gestation, il s’y intéresse et assiste aux réunions. Il est agréablement surpris par la composition du premier comité de direction. “J’ai été agréablement surpris de voir que chaque groupe était représenté et qu’il y avait une réelle volonté de faire changer les mentalités”. La première année de la constitution du collectif, Laurent se porte volontaire comme trésorier. La deuxième, il agit comme porte-parole. Cette année, il a été élu président. Le message du collectif reste inchangé. Il veut que l’homosexuel ait une reconnaissance légale. “Nous attendons avec impatience l’Equal Opportunity Bill qui devrait aplanir toutes les difficultés pour nous”. Tout comme il réclame la dépénalisation de la sodomie. Pour mieux faire connaître le collectif, Laurent veut aussi le faire enregistrer auprès du Mauritius Council for Social Service. Et pour venir à bout de l’homophobie, il pense à des campagnes d’explications auprès des familles qui s’interrogent sur l’orientation sexuelle de leur enfant, de même qu’auprès des jeunes. “Il faut expliquer ce qu’est l’homosexualité, montrer que ce n’est pas une perversion, ni une déviation sexuelle. Que cela n’a rien à voir avec le sexe mais que c’est une histoire d’amour entre deux personnes de sexe identique. Il faut expliquer ce qu’est chaque composante de la communauté des LGBT pour éviter les amalgames”. Laurent porte un regard surprenant sur l’homophobie. Le plus grand homophobe, selon lui, est l’homosexuel lui-même. “Il ne s’accepte pas car il est mal dans sa peau. Comment ne pas l’être quand la société l’a conditionné à être pendant longtemps ce qu’il n’est pas ? C’est ça, aller contre sa nature. Mais il est si mal dans sa peau qu’il n’accepte généralement pas les autres travestis, lesbiennes, bisexuels. Comment voulez-vous qu’on l’accepte s’il ne supporte pas les gens qui sont pratiquement comme lui ?”. Laurent ajoute que le collectif a aussi été créé pour une plus grande solidarité entre les différents groupes le constituant . “Le changement doit aussi s’opérer à l’intérieur de la communauté des LGBT”, dit Laurent.
-->Marie-Annick SAVRIPÈNE

vendredi 19 octobre 2007

Quand l'Europe sacrifie les gays polonais !







Sur fond de traité simplifié, les homos polonais ignorés
Union européenne.
Florence Tamagne Université Lille-III

Fruit de longs mois de négociations, le «traité simplifié», présenté comme une victoire de Sarkozy, repose sur un compromis en forme d'abdication de la part de l'Union européenne face à la Pologne des jumeaux Kaczynski (du parti Droit et justice, PiS, conservateur). Elle n'appliquera pas la charte des droits fondamentaux, en particulier les dispositions concernant les droits des minorités sexuelles.


1. Quelles sont les discriminations ?


Bien que l'article 32 de la Constitution et le code du travail dénoncent toute forme de discrimination, 13 % des gays et des lesbiennes polonais ont déjà subi des violences physiques, plus de 50 % des violences psychologiques et plus de 80 % jugent nécessaire de dissimuler leur orientation sexuelle sur leur lieu de travail. Dans un pays à très forte majorité catholique, l'homosexualité continue d'être vue comme un péché. Les dernières marches pour l'égalité (l'équivalent de la Gay Pride) ont été le théâtre de violentes attaques organisées par les jeunes skinheads de la Ligue des familles polonaises (LPR), ancienne alliée du PiS : jets de pierres et d'œufs pourris, slogans haineux aux relents antisémites («Gazons les pédés !») et antieuropéens («Pédophiles et pédérastes, voilà les euroenthousiastes !»), sous les yeux de forces de police visiblement peu enclines à intervenir.


2. Y a-t-il homophobie d'Etat ?


En 1932 la Pologne, sous l'influence du code pénal napoléonien, était l'un des premiers pays d'Europe à décriminaliser l'homosexualité. Aujourd'hui, la presse de droite n'hésite pas à affirmer qu'il s'agit d'une importation occidentale, étrangère à la tradition polonaise, et elle dénonce l'action du «lobby rose international», qui aurait infiltré les institutions européennes. Le chef de la LPR, Roman Giertych, ancien ministre de l'Education, a été limogé en août, mais le Premier ministre, Jaroslaw Kaczynski, n'exclut pas de ressusciter son projet d'interdire la «promotion de l'homosexualité à l'école». Son frère jumeau, le président Kaczynski, est lui aussi un homophobe notoire qui demeure persuadé que l'homosexualité conduit l'humanité à son «extinction». Parmi les partis en lice pour les législatives du 21 octobre, seule la coalition de centre gauche (Gauche et démocrates, LiD) s'affirme contre l'homophobie et pour les droits des homosexuels, mais elle a peu de chance de l'emporter.


3. Comment tentent de réagir les militants gays et lesbiens ?


Aujourd'hui, les groupes gays et lesbiens sont peu nombreux ; une subculture avec des pubs ou des clubs homosexuels n'existe que dans les grandes villes. Pour les deux principales organisations lesbiennes gay, bi et trans (LGBT), Lambda Warszawa et Campagne contre l'homophobie (KPH), il est essentiel non seulement de créer une identité homosexuelle positive, mais aussi de mobiliser l'opinion. En 2010, l'Euro Pride se tiendra à Varsovie, choix qui a valeur de symbole, puisque la Pologne sera le premier pays d'Europe de l'Est à accueillir la manifestation. Pour Tomasz Szypula, secrétaire général de KPH, «le plus important est que nous avons une chance d'être plus visibles et de créer une vraie communauté avec des leaders, ce qui nous permettra d'être assez forts pour influencer la politique polonaise. Je compte aussi sur les organisations LGBT de toute l'Europe pour qu'elles nous témoignent leur solidarité. L'Euro Pride à Varsovie sera un retour aux racines de l'idée de "fierté". Cela ne sera pas seulement un moment de joie, mais aussi un cri fort pour demander le respect». -- Voilà comment l'europe renie ses principes humanistes au profit d'un pays homophobe !

Amitiés de René

samedi 6 octobre 2007

dimanche 23 septembre 2007