Mythe ou réalité d´un amour qui n´ose pas dire son nom ?
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L’objectif de cet article est de retracer la réalité historique et contemporaine du vécu homosexuel dans plusieurs sociétés africaines. L’homosexualité dans toutes ses formes, a toujours été connue de l’Afrique, et ce, bien avant l’avènement des missions civilisatrices. De nos jours, elle tend à être de plus en plus visible dans les grandes zones urbaines africaines. Il apparaît donc intéressant d’un point de vue sociologique se saisir son sens, et voire, sa puissance au-delà des clichés mystificateurs admis. Il est aujourd’hui très difficile de discuter des questions de sexualités en Afrique en mettant en marge l’homosexualité/le lesbianisme sans risque de parcellisation de la réalité socio-sexuelle. Pour cause, les mœurs et les habitudes sexuelles constituent désormais l’un des aspects des comportements sociaux où l’on peut lire les dynamiques de changement, parfois les plus inattendus. En effet, notre société est entrée dans une ère de révolution et de ‘‘libération sexuelle’’ caractérisée fondamentalement par de nombreuses mutations : montée de la sexualité prénuptiale, développement du marché/commerce sexuel, mais aussi une « visibilisation » de l’homosexualité.
De plus en plus, les hommes comme les femmes choisissent de « vivre différemment leur vie sexuelle et « d’aller à l’encontre » d’une forme d’amour devenue traditionnelle et modèle conventionnel ». Dans ce sens, c’est une lapalissade que de dire que l’homosexualité en Afrique est sortie du champ des mythes, de l’imaginaire pour désormais tutoyer l’espace public au quotidien, entre clandestinité et visibilité homéopathique. C’est ce qui permet de poser la problématique de l’homosexualité en Afrique où les sociétés sont restées fondamentalement homophobes et hétérosexistes.
L’homosexualité est un terme dont les charges culturelles, idéologiques exigent, pour plus de prudence dans son usage, des éclaircissements. Ainsi, cette communication n’a pas la prétention d’intégrer un camp idéologique particulier (défenseur/répresseurs), mais veut simplement analyser un type de comportement sexuel en pleine effervescence dans nos sociétés jadis acquises presque exclusivement à la cause hétérosexuelle. Bozon disait que la sociologie de la sexualité à ce niveau sera un travail infini de contextualisation sociale et culturelle, qui vise à établir les relations multiples et parfois méconnues des phénomènes sexuels à d’autres processus sociaux . Elle permettra une construction sociologique de cette réalité socio-sexuelle en ressortant les logiques d’action qui motivent les personnes impliquées dans ces échanges particuliers pour le commun africain, la perception de ce « choix sexuel » autant par la société, les systèmes religieux que par les homosexuels eux-mêmes. Ce choix méthodologique se justifie par l’option de saisir dans sa complexité un phénomène aussi marginal : « du dedans » à partir du vécu des homosexuels, et « du dehors » à partir des structures sociales (familles, religions, institutions, etc.). Pour ce faire, une définition opératoire de ce qu’est l’homosexualité, il faut se méfier du piège des mots surtout la presse qui en utilise et abuse. La notion d’homosexualité : entre nature et culture.
Il n’est pas aisé de discourir sur l’homosexualité, surtout dans un contexte social comme celui de l’Afrique acquis aux valeurs pro-natalistes, et enclin à l’hétérosexualité, sans écueils. La notion et la pratique de l’homosexualité sont toujours entachées de beaucoup de convictions issues de multiples orientations psycho-idéologiques. Généralement l’hétérosexualité est toujours perçue à partir d’une construction tacite des identités de genre sur la base de tabous, de la supposée nature humaine ou en prenant pour prétexte les différences biologiques, les normes religieuses et les valeurs traditionnelles pour attribuer des trais essentiels de personnalité, des capacités et des rôles spécifiques à l’un et l’autre sexe. Elle traduit un passage du biologique au socioculturel . Elle a été formalisée sur la base des préjugés y relatifs et de la doxa. On comprend dès lors pourquoi les gens diront « on est né, on a trouvé que la norme c’est l’hétérosexualité et on s’y est habitué. C’est devenu le modèle que toutes les religions ont prôné ».
Dans chaque communauté, hommes et femmes sont toujours au cœur d’une spécialisation fonctionnelle bâtie sur la base du fait qu’on est homme ou femme. Etre femme veut dire qu’on est naturellement appelé à se livrer aux rôles associés à la reproduction, à la maternité de préférence. En revanche, les statuts masculins corroborent avec des activités liées au sexe fort, c’est-à-dire ‘‘pénibles’’ ou nécessitant de ‘‘grands efforts’’, de ‘‘grosses énergies’’, bref à la virilité, etc. L’accent est mis sur les compétences ou aptitudes physiques préjugées inégales entres hommes et femmes, par nature. Déjà enfant, le garçon reçoit du père ou de la mère un ballon de football alors que la fille une poupée. Inspirée de l’approche sociobiologique telle que définie et mise au point par E. O. Wilson, la construction sociale de la normalité sexuelle (notamment l’hétérosexualité) est une approche systématique des comportements sociaux et des identités masculine et féminine sur des bases essentiellement biologiques et naturelles, concevant toujours comme « normale » une attirance que peut avoir un homme pour une femme et vice versa (hétérosexualité). En effet dans son ouvrage L’humaine nature, Wilson met en exergue un déterminisme génétique des comportements sociaux à partir des différences liées soit à ‘‘la nature masculine’’ soit à ‘‘la nature féminine’’. Car la personnalité, les attitudes, les aptitudes, les rôles familiaux et sociaux des femmes comme ceux des hommes sont déterminés par leur nature biologique. Ces deux termes désignent alors des conduites sociales et des idées qui tablent sur des différences biologiques pour opérer une séparation entre les hommes et les femmes dans les domaines aussi variés que celui de la sexualité.
En effet pour Wilson, c’est à la fois la nature de l’homme et celle de la femme qui les prédisposerait différentiellement à s’attirer mutuellement et non l’inverse. Ainsi, sur cette base des caractéristiques biologiques et naturelles (émotion, tendresse, sentiments), les femmes seront orientées vers le sexe opposé, de même que les hommes, également par nature (tendance à l’affirmation de soi, agressivité, virilité, etc.). En fonction de ce portrait-robot, les femmes semblent peu aptes à mener une vie professionnelle, tandis que les hommes sont amputés d’une bonne partie de leurs sentiments. En claire, ‘‘Hommes et femmes se voient attribuer des tempéraments et des rôles étroitement déterminés par leur patrimoine génétique,’’ lesquelles régissent de fait leur nature sexuelle.
Ce sont ces stéréotypes qui définissent les attentes de la société à l’égard de chaque sexe en terme de comportement sexuel. C’est cette conception que l’on retrouve dans plusieurs sociétés, et qui prennent valeur de modèles avec des fondements religieux importants (islam, christianisme, judaisme, animisme), car ces stéréotypes acquièrent une dimension normative et s’imposent finalement comme des modèles orientant les choix matrimoniaux et les orientations sexuelles des acteurs sociaux. Dès lors, et comme c’est la cas dans la plupart des sociétés africaines, l’instinct de maternité est assignée à la femme/féminité et être lesbienne est désormais perçu comme une négation de son identité féminine, de même qu’être homosexuel apparaît comme un rejet de sa virilité, une forme de bestialité. Cette conception, essentiellement culturaliste des identités de genre et des rapports sexuels ayant sous-tendu les comportements sexuels et nuptiaux, s’est reproduite par le processus de socialisation, les pratiques éducatives des parents en faisant aujourd’hui de l’hétérosexualité le plus grand bonheur des acteurs sociaux ou le modèle conventionnel de la vie sexuelle.
A l’inverse de ce modèle, l’orientation homosexuelle est une forme de dépravation des mœurs, fortement réprimée dans la vie courante. Or, l’homosexualité a pour base une attirance pour une personne de sexe identique, comportement que les homosexuels perçoivent eux-mêmes comme un phénomène naturel, aussi normal que paraît le modèle hétérosexuel, d’ailleurs trop valorisé. L’homosexualité est une construction du plaisir sexuel non plus sur la base de valeurs traditionnelles, mais d’un ‘‘sentiment naturellement vécu’’. C’est l’envers d’un choix modélisé (hétérosexualité), mais qui est vécu dans la joie, la sérénité, ou bien comme la vie, avec ses joies, ses peines et ses souffrances, de tous ceux qui s’aiment et vivent ensemble.
L’homosexualité vue par les comportements extérieurs des individus Pour une certaine opinion commune africaine, l’homosexualité est liée au stéréotype sur le caractère efféminé des hommes et celui viril des femmes. Autrement dit, l’homasse serait lesbienne, tandis que l’efféminé serait homosexuel ou gay. Au Sénégal par exemple, le terme pour désigner les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH), et par extension les homosexuels, est en wolof « gor jigeen », ce qui veut dire littéralement « homme-femme ». Au Nigéria on parlera du « dan daudu » pour désigner la pratique (daudu) faisant référence aux hommes qui agissent comme des femmes et qui ont des rapports sexuels avec des hommes. En Gunée-Bissau et au Cap-Vert, le terme portugais “viado” (reference à la gazelle avec sa manière feminine de sauter) définit l´homosexuel comme une femme. En Swahili, langue parlée dans plusieurs régions d’Afrique de l’Est, l’homosexualité est traduite par « mke-si mume », littéralement « femme et pas homme ». En somme, l’étiquetage des personnes comme homosexuelles et par extension la définition de l’homosexualité est fonction pour cette opinion de l’inversion dans les rôles de genre qu’il serait possible d’observer chez certains acteurs sociaux. Malheureusement, cette conception dépasse largement l’opinion commune. L’attitude externe à travers la gestuelle ; le fait d’assumer pour certains individus une part de leur féminité (métrosexuels pour les hommes) ou de leur masculinité (pour les femmes) ; l’adoption d’un code vestimentaire où la prédominance d’un caractère psychologique socialement labellisé comme du ressort du féminin et/ou du masculin est non seulement un facteur plein d’incertitudes pour définir l’homosexualité, et partant pour identifier un gay, un HSH, une lesbienne, mais surtout un facteur d’erreur de jugement.
L’homosexualité comme une pathologie et une maladie mentale D’après la doxa, l’homosexualité est également associée à une pathologie proche d’une névrose ou d’un état mental débile. Ce fut le cas pendant une très longue période en Occident avant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), sous la pression du lobby homosexuel américain, ne raye l’homosexualité de la liste des maladies. En Afrique, l’homosexualité est surtout associée dans les imaginaires à la sorcellerie, tellement elle est jugée anormale. Qui mieux que les sorciers, en effet, ont le don d’agir en dehors de toute logique normative et de toute logique dans l’orthodoxie de ce que la société prescrit comme normale ? Cependant, il faudrait préciser que l’homosexualité est jugée pathologique ou paranormale parce qu’elle correspond davantage avec la manière dont les gens conçoivent et construisent de nos jours le comportement sexuel normal. Il n’y a donc aucune relation fondamentale entre la pratique homosexuelle et un désordre mental ou encore avec une pratique systématique liée à la sorcellerie. Certes dans la logique africaine, il y a une part qui peut être expliquée à travers les pratiques de la sorcellerie, lorsqu’il est prétendu que les sorciers ont deux sexes et qu’ils s’en serviraient, à l’occasion, pour nuire à leurs ennemis en fonction du phénotype (caractéristiques génitales) de ces derniers.
Homosexualité, pédophilie et pédérastie
L’homosexualité est souvent confondue à la pédophilie et à la pédérastie. En Afrique, l’apocope fort péjoratif « pédé » sert souvent d’appellation pour désigner les homosexuels masculins. Si le pédéraste étymologiquement désigne l’amant des jeunes garçons à peine pubères, le pédophile quant à lui sera l’individu qui a une préférence sexuelle pour les enfants, tout sexe confondu. Cependant, la pédérastie ne peut s’assimiler à l’homosexualité, même si le choix de l’objet sexuel enfant est homosexué. L’on peut préférer avoir des relations sexuelles avec des personnes de son sexe sans pour autant avoir une attirance pour les enfants. Il existe certes des exceptions de personnes qui ont ces tendances, mais cet état de chose, somme toute minoritaire, ne devrait pas pousser à postuler pour une généralisation définitionnelle de l’homosexualité en rapport avec la pédérastie. Dans l’appréhension classique de l’homosexualité, il est d’usage de privilégier l’activité, c’est-à-dire le rapport sexuel entre personne de même sexe. C’est cette approche que l’on va par exemple retrouver chez Kinsey ou encore dans de nombreuses approches juridiques prohibant l’homosexualité en Afrique comme le Sénégal (article 319, § 3 du code pénal sénégalais ou le Cameroun (art 342 bis du code pénal camerounais ) . A la lecture de ces codes, il ressort clairement que c’est l’activité confondue à l’homosexualité qui est condamnée ; or, l’homosexualité est cernée avant tout à partir de l’identité, c’est-à-dire la reconnaissance par le sujet ou la sujette de sa spécificité d’homme ou de femme, à laquelle sera associée une identité homosexuelle ou lesbienne.
Comment les homosexuels construisent-ils leur vécu ?
Bien qu’étant de plus en plus visible, l’homosexualité en Afrique n’est pas encore affranchie des contraintes « non sexuelles » et de la pression sociétale qui se dresse contre elle. Une vie truffée de difficultés. L’identité homosexuelle plonge presque toujours les homosexuel(le)s dans une ambiguïté constante d’exprimer leur création amoureuse à cause des pressions sociales, familiales et des religions. Ils font face à la répression sociétale et la maltraitance, à l’intolérance familiale, de l´entourage des violences verbales et physiques. Les homosexuels et les lesbiennes sont le plus souvent victimes d’injures. Quand les termes « pédé », « depso », « homo », « dunx », « toot », « yambar », « yossi », et lesbiennes sont utilisés, c’est parfois pour insulter. La marginalisation qui peut pousser à l’exode ou à la répudiation du cadre familial ou à la perte d’un emploi s´il y en a. La stigmatisation de l’homosexualité par l’entourage proche des homosexuels est souvent forte. Dans la rue, quand ils sont reconnus, ils font souvent l’objet d’insultes et des quolibets du genre : pédales, gouines, porteurs de couches et la liste est loin d’être exhaustive. Pour le sénégalais en général, toute relation homosexuelle n’est moralement pas concevable et ne devrait pas socialement être admise. Un fait complexe : examen de quelques facteurs explicatifs de l’émergence de l’homosexualité en Afrique
- Les médias
Les facteurs sociologiques explicatifs de la propension à l’homosexualité en Afrique sont nombreux. Pour les besoins de cette communication, il ne sera retenu que trois facteurs qui apparaissent capitaux. Le premier facteur explicatif de cette visibilité de la manifestation homosexuelle en Afrique est celui de l’influence des productions des médias, surtout les médias étrangers qui sont reçus en terre africaine. Ceux-ci irriguent d’images fortes et brutales, alimentent le subconscient et l’imaginaire des africains. Loin d’être neutres, ils amplifient ou valorisent certaines représentations au détriment d’autres. Les individus les plus exposés à l’impact des médias sont ceux qui sont en mesure de se procurer des journaux, un appareil récepteur de radio ou de télévision, parfois couplé aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.
Ceux-ci en s’y exposant, finissent par avoir un large champ de perception des réalités et schèmes de pensées présentés, qui ne sont pas toujours en harmonie avec les modèles de leur groupe d’appartenance. Ils sont ainsi considérés comme exutoire chez certaines catégories de la population, pour combler leurs insatisfactions. Ils s’entourent alors de l’illusion selon laquelle, dans le fond, les médias pensent comme eux. Autrement dit, les médias expriment tout haut, ce qu’ils auraient ou qu’ils ont toujours pensé tout bas. Toujours est-il que ces modèles nouveaux que proposent les médias, dans une époque idéologique de mondialisation des cultures, sont susceptibles d’influencer d’une certaine manière les représentations. Pour les individus, faire comme ils ont vu dans les médias apparaît comme la manifestation d’un alibi discursif, permettant de sortir de la double tactique dans laquelle sont entrés de nombreux africains pour masquer leur vie homosexuelle réelle. Ils sont, par la même, encouragés par ce qu’ils observent dans les médias, et par ce qu’ils croient, à tort ou à raison, être la réalité homosexuelle occidentale. Cette visibilisation de l’homosexualité qu’ont incité les médias en Afrique est aussi l’expression d’une reconnaissance sociale qui ne veut toujours pas dire son nom. Regardons les programmes locaux de nos télévisions ou des revues dakaroises ou les stars du show bis sénégalais et internationaux du football dictent la mode de s´habiller, de se comporter que la presse comme Icône et d´autres de cette même catégorie consacrent à eux. Et que dire des artistes des deux sexes qui assument leur dépigmentation sans problème alors qu´ils sont des formateurs d´opinion. Il y a l´adage en wolof qui dit :”Roy Dakh”. En copiant trop, on deviant des experts de la matière.
- La crise
Le flux des productions médiatiques étrangères qui se déverse en Afrique a trouvé un champ social en état de crise. La crise sociale apparaît ainsi comme le deuxième facteur explicatif de la visibilité accrue de l’homosexualité dans la sphère sociale africaine. L’Afrique est en crise, elle vit la crise depuis les années quatre vingt. La crise ou le concept de crise se présente comme un moment de perturbations, de graves difficultés, de turbulences, de tensions et de conflits que connaît une société à un moment donné. En effet, l’étymologie du mot crise est en lui-même révélateur de ce qui précède. Il est issu du jargon médical et vient du grec « krisis » qui veut dire étape décisive, moment critique. C’est donc un moment décisif dans l’évolution d’une maladie, moment décisif qui à son tour détermine l’issue de l’évolution de ladite maladie. C’est pourquoi, transposée dans le champ social, la crise est cet état qui provoque une série de déséquilibres, de troubles, de malheurs ou de dysfonctionnements sociaux. Au plan économique, malgré quelques indicateurs encourageants pour certains Etats où la tendance économique est à la reprise, il en ressort que cette relance est encore au niveau macro-économique, le quotidien des individus étant pour la majeure partie, stable, c’est-à-dire économiquement très faible. En Afrique donc, certains individus confrontés à la misère sont parvenus à développer des tactiques de survie. Ainsi certains homosexuels, comme c’est le cas au Senegal pensent que le « courir derrière un homme confortable donne l’argent », entendez l’homosexualité est source d’enrichissement, de capitalisation économique pour devenir riche matériellement. Cette croyance trouve son origine loin dans le temps et elle place ainsi l’homosexualité comme un fétichisme fallacieux, capable de procurer des gains. La crise a poussé certains individus homosexuels en Afrique, à se faire de plus en plus voir, notamment dans les grands hôtels, les plages, les boîtes de nuit à la recherche de clients, européens de préférence comme les prostituées d´ailleurs pour une conquête du plus offrant. C’est ce qui peut aussi être observé quand certains homosexuels africains vont surfer sur les sites de dialogue gays (sites sénégalais et français d´ailleurs. Assez faire un tour dans certains sites sénégalais comme seneweb.com et setsima.com dans le net et vous voyez combien de sénégalais font la raquete virtuelle, de même les étrangers en visite dans notre pays). Ils recherchent, pour bon nombre d’entre eux, des partenaires européens riches, susceptibles de leur faire vivre leur rêve et de leur permettre de libérer leur sexualité en Occident, sans plus avoir besoin d’user de la tactique de camouflage. Celle-ci consiste à se doter d’un partenaire de l’autre sexe, pour masquer à l’entourage social sa véritable identité homosexuelle. Le partenaire de camouflage est alors désigné dans certains milieux gays au Sénégal le « nebeutou » c’est-à-dire littéralement la couverture.
Quand Fatou Diome interpelle la société sénégalaise dans Kétala Le roman Kétala de Fatou Diome sorti en 2006 aux Editions Flammarion nous montre l´hypocrisie de la société sénégalaise face à l´homosexualité. L’héroïne, Mémoria, est mariée de force à Makhou, malgré l’homosexualité de ce dernier ? Il accepte cette union car elle l’arrange. Avec un père homme d’affaires et une mère médecin, il vit son homosexualité en cachette. Ses parents sont au courant mais se doivent de préserver l’image respectable de leur famille. Ils décident donc de le marier à une de ses cousines, Mémoria donc, qui refuse. Mais sous la pression de son père, elle finit par céder. Elle est même séduite et devient amoureuse, quand elle finit par découvrir son homosexualité et veut divorcer. Craignant ce qu’on va dire, ils décident de s’installer à Paris où Mémoria se met en tête de changer l’orientation sexuelle de Makhou. Malheureusement pour elle, ce dernier découvre les possibilités de vivre librement son homosexualité loin des yeux de la communauté. Combien d´hommes ou de femmes hétérosexuels, chefs de familles ont une double vie au Senegal ? Au moins chaque sénégalais sait, connait ou a un membre de famille dans cette catégorie. Pour Fatou Diome, c’était une façon de poser le problème. Il faut arrêter de sacrifier les filles pour protéger la virilité des hommes ainsi que l’image de la famille et accepter que l´homosexualité existe bel et bien dans la société sénégalaise. Eviter le cas du cameroun en 2006 et l´impérieuse nécessité du professionalisme de certaine presse
Il y a juste presque deux ans, trois journaux camerounais (La Météo, l´Anecdote et Nouvelle Afrique avaient publié une liste de plus de 50 présumés homosexuels. Un « outing » forcé de personnalités qui fait scandale à l´époque. Plusieurs personnalités camerounaises ont été classées dans trois journaux locaux comme étant homosexuelles. Il y avait des ministres, journalistes de la télévision, artistes (Manu Dibango) et sportifs (Yannick Noah) etc. La Météo avait amorcé l’outing une dizaine de jours avant, puis L’Anecdote et Nouvelle Afrique ont suivi. Cette affaire a eu à créer des suites judiciaires, et une explosion dans un contexte général d’homophobie, notamment prêchée par les chefs religieux chrétiens ou musulmans et surtout la population. Les cas des journaux camerounais et celui d´Icône, il n y a pas de différence. Si au pays de Paul Biya, on a osé donner des noms de présumés homosexuels, à Dakar les photos à l´appui sont synonymes d´une mort annoncée. L’impérieuse nécessité du professionnalisme dans certaine presse.
L´attitude de ces principaux quotidiens privés est à questionner. Celui de Ícone qui declare qu´il veut rendre service à la société devait en premier lieu se préoccuper sur d´autres choses beaucoup plus importantes pour les sénégalais à savoir la chereté de la vie, la misère de la population et la bonne leçon. Maintenant il a beaucoup d´équation à résoudre le concernant. Qui sommes-nous pour juger ? Dans le cas camerounais comme sénégalais, il existe le non-respect de l’éthique et de la déontologie professionnelle. Même si Ícone a déclencher le débat, les autres journaux ne sont pas en reste. Assez voir leurs titres pour voir qu´ils alimentent sans le savoir l´homophobie de la population avec des mots qui sonnent comme de l´insulte (toot, dunx, gorjiggen, pédés, yambar, etc.
C’est pourtant depuis le 2 février que le sujet est pratiquement sur toutes les lèvres dans les grandes villes, et même dans l’arrière-pays. L’organe de régulation des médias sénégalais et le Synpics doivent rappeler à l’ordre les journaux privés à scandale ou journalisme marron qui ont publié les photos ou des noms d’homosexuels présumés, mais cette dénonciation publique de l’homosexualité continue à faire débat obscur au Sénégal. J´invite mes confrères à faire usage de leur capacité de discernement et de responsabilité. Je les appelle également à faire preuve de prudence dans le traitement de questions susceptibles de créer ou d’agrandir la fracture sociale. Parait-il qu´il y a beaucoup de familles qui ont rejetés leurs fils impliqués dans le “fameux mariage de petit-Mbao”. Ce week-end, dans les colonnes du journal Le Quotidien, un partisan du Parti démocratique sénégalais (Pds) se défoule comme dans le cas du Cameroun de que le gouvernement de Me Abdoulaye Wade regorge d´homosexuels. La vie privée des hommes publics doit être respectée. Si les journaux continuent sur cette lancée, on est pas loin du cas camerounais ou on étalait les noms de plusieurs ministres supposés gays. Que vont devenir leurs familles ? Je me rappelle en 2000 quand je voulais traiter ce sujet au nivau du Sud Quotidien, on m´avait déconseiller à l´époque que le sujet est tellement sensible et une moindre imprudence, peut condamner à “mort” la personne citée. On ne peut pas, sous prétexte de la liberté d’écrire, dire n’importe quoi sur n’importe qui, n’importe quand. Ici au Sénégal, la pire des injures qu’on puisse faire à un homme est de le traiter d’homosexuel, parce que chez nous c’est un délit. Ce n’est pas accepté et ce n’est pas acceptable et c´est plus grave encore pour le ministre. Le véritable problème qui se pose est celui du mérite. Je crois qu’il (le propriétaire de Icône) voulait dénoncer des pratiques condamnables dans certains cercles qui pourrissent le climat au Sénégal, mais il est tombé dans un piège (avec des problèmes qu´il affronte) car ce genre d’information est très difficile à traiter.
Où se trouvaient les imam Mbaye Niang et moralisateurs quand une proxenète était élue députée à l´Assemblée Nationale ?
Quin e dit rien consent dit l´adage. Je suis loin de défendre l´homosexualité encore une fois de plus. Depuis un certain temps, on nous tympanise sur la morale, les bonnes moeurs, les coutumes et traditions en commençant par les soi-disants moralisateurs comme les Imam Mbaye Niang, Latif Guèye, Iyane Sow et autres associations religieuses. Même vivant loin du pays, je suis attentivement toutes les actualités politiques, économiques, socials ou sportives de mon pays. Et une non participation à ces débats signifie qu´on est surement aveugle. Depuis “Goudi Ton, Teuguel Down” au “mariage gay”, les sénégalais de toute couche sociale confondue font leur sermon. Mais il y a beaucoup des choses qui sont pires et que personne n´en parle. On dit même dans le jargon des sénégalais que la nuit tous les chats sont noirs.
J´aimerai que ces soi-disants Imams et moralisateurs se défoulent pour crier le mal vivre des sénégalais, des marabouts violeurs, de la corruption qui gangrène la société et l´administration publique, la marasme de nos hôpitaux, les milliards de l´argent public distribués çà et là, le “nouveau système de corryption connu comme petit-fils de tel chef religieux ou domou Sokhna” pour avoir les bénédictions du pouvoir, etc. Ma question est de savoir où ils se trouvaient quand une grande dame de la société qui accueille dans sa demeure de jeunes prostituées avait été élue députée à l´assemblée nationale sur la liste nationale du parti socialiste à la 19º position ? Pourquoi la bonne moralité n´avait jamais fait échos à l´époque ? Pourquoi ils ne parlent pas de la dépigmentation comme phénomène de société et même dans les grandes familles religieuses ? Comment expliquez alors la présence d´un travesti três connu à Fatick dans les loges de la tribune d´honneur à coté du gouverneur de la région, du commandant de la zone et de quelques dignitaires le jour de défilé de l´indépendance dans la ville de Macky Sall sous le régime socialiste em 1984 ou 85 ? Pourtant il y avait pas mal de chefs religieux et d´hommes de la république. La tolérance aux homosexuels a toujours existé depuis le gouvernement de Senghor en passant par Abdou Diouf. J´ai été surpris dans une contribution de Souleymane Jules Diop quand il souligne que des ministres sous Senghor disputaient un homologue comorien en visite au palais de l´Avenue Roume. Quant á la réaction de la police lors de cette manifestation du vendredi dernier n´est qu´une continuité de ce qu´elle a toujours fait sous le règne de l´alternance. Rappelons que l´opposition, les syndicalistes, les étudiants ont subi la même répression de cette police.
Dans ce contexte, le débat sur l’homosexualité couvre un autre débat et une autre césure entre « le haut » et « le bas » de la société. Ce clivage pourrait se résumer par cette question : comment se produit et se reproduit l’ordre public au Sénégal ?
Le jour ou les gays brésiliens étaient hostiles aux chefs d´états africains Le 12 juin 2006 avant l´ouverture de la 2ª Ciad (Conference des Intellectuels africains et de la Diáspora), environ plus de 50 intégrants du mouvement gay du Brésil avaient réalisé une manifestation contre 24 pays africains qui criminalisent l´homosexualité. Avec des banderoles et pancartes hostiles, ils ont demandé au président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva de rompre les ralations diplomatiques avec les « pays homophobiques » et avaient comparé les lois qui combattent l´homosexualité À l´exclavage. « Em Afrique, les gays sont traités somme des esclaves », disait une des pancartes. Le mardi 11, leur président avait remis une lettre critique à Lula sur la criminalisation de l´homosexualité en Afrique. Selon les slogans qui se lisaient sur les pancartes, il y avait « Il ne suffit pas de faire venir des intellectuels africains et de la diaspora noire pour discuter sur la renaissance africaine, si dans le continent les gays et lesbiennes sont traités comme des animaux jusqu´à la peine de mort. Devant les caméras des télévision, le président des gays du Brésil ne cessait de dire : »Il ne suffit pas de trasmettre aux africains la connaissance brésilienne sur la prévention du Sida ou pardonner les dettes, mais aussi de les Donner une expérience gouvernementale du programme Brésil sans homophobie. C´était une manifestation surprise à la conférence et à quelques dizaines de mètres à l´arrivé des chefs d´Etats et de gouvernements africains à leur tête, Me Abdoulaye Wade, John Kuffor du Ghana, Pedro Pires du Cap-Vert, Alpha Oumar Konaré du Mali, des dizaines d´ambassadeurs africains accrédités au Brésil, artistes et étudiants africains. On lisait chez les africains, une certaine nervosité puisqu´à un moment donné, on avait oublié la conference pendant Presque 30 minuit devant la police et les gardes du corps. Une situation qui a laissé encore plus le comité d´organisation et le président Lula sans explication envers les africains.
Modérer les mots pour un apaisement au niveau de la presse
Comme d´habitude, je dévore chaque jour avant d´aller au travail tous les journaux nationaux et étrangers sur le net. Mais en lisant quelques journaux du samedi 16 février dans le net, les quelques titres me font peur sur la question qui fait alimente depuis le début du mois de février la presse. Avec la marche interdite contre l´homosexualité la rivalité de la une est choquante. Il parait que c´était une guerre entre l´islam et l´état du Sénégal. Répression d´une manifestation contre les homosexuels : l´état lapide les fidèles écrit Le Quotidien, Marche contre les goorjigeen avorté, à moins d´un mois du sommet de l´Oci, le Sénégal mate ses religieux avait titré l´Observateur, Quant à Walfadjri qui titrait : « Manif contre les homosexuels : La police réprime et ferme la Grande Mosquée de Dakar », « La police transforme la grande mosquée de Dakar en champ de tirs » d´aprés l´Office. On discute pas ici sur la position de l´islam concernant l´homosexualité, mais le rôle de la presse. Sans avoir l´intention, une révolte générale pourrait naître à partir de ce point de vue. L´exemple de la radion des 4 collines est là au Rwanda même si les contextes ne sont pas les mêmes. Celui qui réprime l´homosexualité peut se baser de que l´ètat du Sénégal est contre l´islam et l´homophobie peut faire le jour sans se préoccuper avec la justice du pays. On ne doit pas faire la justice avec ses propres mains, mais l´homophobie peut gagner sa place. Loin de critiquer la position de la presse ou de donner des leçons de l´éthique et de la déontologie, mais elle est essentielle pour avancer notre société. A lire les réactions des internautes dans divers journaux nationaux, j´ai peur pour les homosexuels tellement que les discours sont violents envers tous ceux qui défendent le droit et la justicesans parler des homosexuels qui sont devenus des proies faciles. L’homophobie peut se définir comme toute attitude ou tout acte qui va dans le sens d’un rejet, d’une injustice ou d’une violence envers une personne homosexuelle ou identifiée comme telle. Lutter contre cette forme de discrimination contribue à un mieux être physique, mental et social de tous les jeunes.
Pour conclure, l’homosexualité en Afrique à travers l’histoire ou de nos jours, est loin d’être une construction mythique. C’est une réalité palpable et visible. C’est le fait de vouloir nier son existence au début par les occidentaux, ensuite par les africains eux-mêmes, qui relève d’une construction mythique dont le but de cet article était de dé-« mythifier », mais aussi d’essayer de donner une sens sociologique à ses manifestations dans les sociétés africaines contemporaines.
lundi 18 février 2008
samedi 26 janvier 2008
Homosexualité et Guadeloupe ....


Les Antillais et l’homosexualité : l’appel à la tolérance des « Konxs » Interview de Julien Dalle, réalisateur de ce film guadeloupéen Le Festival international cinéma et femme (Fémi), qui se déroule jusqu’au 2 février en Guadeloupe, présente en sélection officielle un film résolument décalé : Les Konxs. A travers son premier long-métrage, le réalisateur Julien Dalle désirait lancer un vibrant appel à l’acceptation de la différence. Pour faire passer le message, ce jeune homme de 28 ans a choisi le thème de l’homosexualité, encore mal vue aux Antilles. Il aborde au passage d’autres thèmes, comme le racisme en France et aux Antilles. Interview.
vendredi 25 janvier 2008, par Habibou Bangré
Au départ, les Konxs - une bande de copains d’enfance guadeloupéens - voulaient juste tourner en France un film entre potes. Mais Julien Dalle s’est pris au jeu. Il a écrit un scénario et a au final réalisé un long métrage. Le pitch ? Les Konxs - une contraction des mots « con » et « sérieux » - partagent tout, parfois même les petites amies. A Paris, ils jouent au football, échangent à propos du travail, du racisme, d’une Guadeloupe que certains rêvent de retrouver au plus vite... L’osmose est parfaite, jusqu’au jour où l’homosexualité d’un membre du groupe est percée à jour. Une faute grave car elle viole la dernière des trois règles fondamentales de la bande : honorer le boulot, honorer le siwo (la fête, en créole) et honorer les femmes. Divisé sur le cas de l’accusé, les Konxs organisent un procès avec un juge négropolitain, le surnom donné aux Antillais ayant grandi en métropole… Le thème de l’homosexualité est le vecteur d’un vibrant message de tolérance, d’acceptation de l’autre dans sa différence, que Julien Dalle fait passer en évoquant au passage le racisme aux Antilles et en France. A l’occasion du Festival international cinéma et femme, qui s’est ouvert ce jeudi en Guadeloupe, le réalisateur de 28 ans s’est confié à Afrik.
Afrik.com : L’homosexualité n’est pas bien vue aux Antilles. Le Festival du cinéma de la Guadeloupe a-t-il tout de suite été preneur du film ? Julien Dalle : Immédiatement. Ils avaient déjà entendu parler du film et nous ont directement donné leur accord pour que le film soit dans la sélection officielle. Il y a eu un bouche à oreille efficace pour ce film et aujourd’hui on le voit sur les sites de discussion d’Internet. Beaucoup aimeraient le voir sortir au cinéma.
Afrik.com : Pourquoi avoir choisi l’homosexualité pour parler du thème plus global de la tolérance ? Julien Dalle : A l’époque, et bien avant les problèmes qu’il y a entre les artistes de dancehall et les homosexuels, je trouvais que c’était un bon thème pour mettre le feu aux poudres dans une bande d’amis et ensuite pour décliner tous les autres thèmes qui sont présents dans le film. Je pensais que ce thème était particulièrement intéressant parce que justement aux Antilles on a parfois certaines intolérances qui sont peut-être plus exacerbées et qui peuvent donner lieu à des comportements plus extrêmes. Je me suis dit que si cette bande d’amis de garçons machos avait un ami homosexuel parmi eux, les réactions pourraient être diverses et certaines pourraient être extrêmes.
Afrik.com : A-t-il été difficile de décider lequel des Konxs allait jouer le rôle de l’homosexuel ? Julien Dalle : Au début j’avais pensé à l’un des membres, Jean-François, parce que je trouvais qu’il avait un côté un peu spirituel, un peu mystérieux, qui pouvait correspondre à quelqu’un qui avait quelque chose à cacher. Le deuxième choix était Gerald, qui a une personnalité à la fois très forte, très virile et très douce. Jean-François a préféré ne pas accepter le rôle mais ça a été une très bonne chose qu’il n’ait pas eu un rôle aussi lourd à porter. Lourd non pas parce que c’est un rôle d’homosexuel mais parce que c’est le rôle principal du film, qui nécessitait énormément d’implication. Or, dans le tournage, Jean-François a pris une part très importante dans la réalisation et l’organisation. Ce qu’il faut noter surtout c’est qu’il n’y avait pas d’homosexuels dans le groupe donc ça a été un choix très difficile à faire. Les volontaires ne se sont pas bousculés au portillon.
Afrik.com : Parmi les autres thèmes abordés, il y a notamment le fort attachement à la Guadeloupe, l’île natale des Konxs. Certains parlent même de retourner aux Antilles… Julien Dalle : Aux Antilles, les gens reviennent souvent quand ils ont fini leurs études et je trouvais intéressant de développer ce thème parce qu’un certain nombre de personnes rentrent par dépit ou par choix. D’autres rentrent sans s’être vraiment ouvertes à la nouvelle culture européenne qu’ils avaient découverte pendant trois ou quatre ans ou veulent rester en métropole plus longtemps pour apprendre plus.
Afrik.com : L’un des Konxs parle de la Guadeloupe comme de son « pays ». Cela donne le sentiment que pour lui cette île est un pays à part même si elle est officiellement un département français… Julien Dalle : Tout à fait. Les Antillais considèrent la Guadeloupe comme un pays. C’est dû au fait - un peu comme la Bretagne ou le pays Basque où il y a un certain poids historique qui fait que la culture est sensiblement différente de la France métropolitaine – qu’il y a un fort sentiment presque nationaliste alors qu’on n’est qu’un département. On considère que l’on est Guadeloupéen avant tout et aussi Français. Ce qui est valable de façon analogue pour la Martinique. Et puis, historiquement, la Guadeloupe est quand même une île où on amenait les gens qui étaient un peu plus rebelles que les autres. Il s’est passé tout un tas de choses qui ont montré que les Guadeloupéens étaient très fortement encrés dans ce « nationalisme ». Dernier exemple en date : c’est le « non » au référendum européen sur la constitution. Le taux de « non » en Guadeloupe était bien plus élevé que la moyenne nationale et qu’en Martinique.
Afrik.com : Le film dénonce le racisme en France mais aussi le racisme entre antillais… Julien Dalle : Le racisme en France n’empêche plus autant de vivre, il ne crée plus autant de problèmes qu’avant. Les choses évoluent positivement mais le racisme est quand même présent. Une étude du Cran a statistiquement montré que beaucoup de gens subissaient des actes racistes aujourd’hui. J’ai trouvé intéressant de le montrer un peu. Quant au racisme entre les membres du Konxs, il visait à montrer qu’aux Antilles on est quand même assez conscients de la couleur de peau des gens et que quand on souffre d’un problème il faut se demander si on ne le crée pas aussi chez soi…
Afrik.com : Autre « racisme » abordé : celui entre les Antillais nés aux Antilles et ceux nés en métropole, appelés « négropolitains »… Julien Dalle : Exactement. Il y a une seule « communauté antillaise » et malgré ça on arrive encore à segmenter entre Antillais qui viennent des Antilles, les Antillais qui sont issus de deuxième génération, etc. Comme la deuxième partie du film parle plus sur la division du groupe, je trouvais intéressant d’aller chercher un juge chez les négropolitains parce qu’il est à même de comprendre les problèmes à la fois des Français et des Antillais.
Afrik.com : Quels retours avez-vous eu du film ? Julien Dalle : Premièrement, que les gens l’aient beaucoup aimé ou trouvé moyen, il y a quelque chose qui est quand même général c’est que les gens étaient marqués, intéressés, par le film. De manière globale les gens apprécient beaucoup ce film parce que, à ce que les professionnels nous en disent, il est un peu à part dans le monde de l’audiovisuel qui est aujourd’hui très réglementé, qui l’est de plus en plus et le sera de plus en plus. Avoir un projet un peu frais comme ça, fait par des amateurs déterminés encadrés par des professionnels, a donné un produit que je pense qu’on peut dire unique sur le marché du cinéma. Il a vraiment une authenticité. Je pense que c’est ce qui ressort du feed-back des téléspectateurs. Ce film parle à toutes les minorités. Beaucoup de Maghrébins qui ont vu le film se sont sentis concernés. Ils ont fait la transposition à leur cas personnel et c’est le cas aussi pour la plupart des Africains qui sont venus me parler.
Afrik.com : La colonne vertébrale du film étant la tolérance, comptez-vous le diffuser dans des écoles, des lycées… ? Julien Dalle : Absolument. Ce film a un message de tolérance, d’ouverture d’esprit, d’ouverture au voyage. Tous ces thèmes-là me semblent intéressants pour les lycéens qui sont eux-mêmes amenés à partir en France plus tard. Ça leur donne une vision de la vie qu’ont les Antillais en France, des problèmes qu’ils rencontrent, la différence de culture qui s’y opère. Beaucoup de gens nous sollicitent pour qu’on passe le film dans les lycées et les écoles. On le fera de toute façon, aux Antilles, en France (dans l’Ile-de-France, où il y a énormément d’Antillais et de minorités), mais on a quand même comme priorité de sortir le film dans les salles de cinéma, puis à la télévision et puis de le montrer au plus grand nombre, par exemple au cours d’actions où les places seraient à un prix plus raisonnable ou lors de soirées à thème.
Afrik.com : Une sortie en France est-elle prévue bientôt ? Julien Dalle : Nous sommes en discussion avec un certain nombre de salles de cinéma qui démarchent les longs-métrages. Nous avons aujourd’hui au niveau des Antilles une proposition de diffusion et nous cherchons aujourd’hui à démarcher le film en France, principalement d’ailleurs en Ile-de France, où il y a environ 800 000 Antillais et négropolitains, mais aussi énormément d’Africains.
vendredi 25 janvier 2008, par Habibou Bangré
Au départ, les Konxs - une bande de copains d’enfance guadeloupéens - voulaient juste tourner en France un film entre potes. Mais Julien Dalle s’est pris au jeu. Il a écrit un scénario et a au final réalisé un long métrage. Le pitch ? Les Konxs - une contraction des mots « con » et « sérieux » - partagent tout, parfois même les petites amies. A Paris, ils jouent au football, échangent à propos du travail, du racisme, d’une Guadeloupe que certains rêvent de retrouver au plus vite... L’osmose est parfaite, jusqu’au jour où l’homosexualité d’un membre du groupe est percée à jour. Une faute grave car elle viole la dernière des trois règles fondamentales de la bande : honorer le boulot, honorer le siwo (la fête, en créole) et honorer les femmes. Divisé sur le cas de l’accusé, les Konxs organisent un procès avec un juge négropolitain, le surnom donné aux Antillais ayant grandi en métropole… Le thème de l’homosexualité est le vecteur d’un vibrant message de tolérance, d’acceptation de l’autre dans sa différence, que Julien Dalle fait passer en évoquant au passage le racisme aux Antilles et en France. A l’occasion du Festival international cinéma et femme, qui s’est ouvert ce jeudi en Guadeloupe, le réalisateur de 28 ans s’est confié à Afrik.
Afrik.com : L’homosexualité n’est pas bien vue aux Antilles. Le Festival du cinéma de la Guadeloupe a-t-il tout de suite été preneur du film ? Julien Dalle : Immédiatement. Ils avaient déjà entendu parler du film et nous ont directement donné leur accord pour que le film soit dans la sélection officielle. Il y a eu un bouche à oreille efficace pour ce film et aujourd’hui on le voit sur les sites de discussion d’Internet. Beaucoup aimeraient le voir sortir au cinéma.
Afrik.com : Pourquoi avoir choisi l’homosexualité pour parler du thème plus global de la tolérance ? Julien Dalle : A l’époque, et bien avant les problèmes qu’il y a entre les artistes de dancehall et les homosexuels, je trouvais que c’était un bon thème pour mettre le feu aux poudres dans une bande d’amis et ensuite pour décliner tous les autres thèmes qui sont présents dans le film. Je pensais que ce thème était particulièrement intéressant parce que justement aux Antilles on a parfois certaines intolérances qui sont peut-être plus exacerbées et qui peuvent donner lieu à des comportements plus extrêmes. Je me suis dit que si cette bande d’amis de garçons machos avait un ami homosexuel parmi eux, les réactions pourraient être diverses et certaines pourraient être extrêmes.
Afrik.com : A-t-il été difficile de décider lequel des Konxs allait jouer le rôle de l’homosexuel ? Julien Dalle : Au début j’avais pensé à l’un des membres, Jean-François, parce que je trouvais qu’il avait un côté un peu spirituel, un peu mystérieux, qui pouvait correspondre à quelqu’un qui avait quelque chose à cacher. Le deuxième choix était Gerald, qui a une personnalité à la fois très forte, très virile et très douce. Jean-François a préféré ne pas accepter le rôle mais ça a été une très bonne chose qu’il n’ait pas eu un rôle aussi lourd à porter. Lourd non pas parce que c’est un rôle d’homosexuel mais parce que c’est le rôle principal du film, qui nécessitait énormément d’implication. Or, dans le tournage, Jean-François a pris une part très importante dans la réalisation et l’organisation. Ce qu’il faut noter surtout c’est qu’il n’y avait pas d’homosexuels dans le groupe donc ça a été un choix très difficile à faire. Les volontaires ne se sont pas bousculés au portillon.
Afrik.com : Parmi les autres thèmes abordés, il y a notamment le fort attachement à la Guadeloupe, l’île natale des Konxs. Certains parlent même de retourner aux Antilles… Julien Dalle : Aux Antilles, les gens reviennent souvent quand ils ont fini leurs études et je trouvais intéressant de développer ce thème parce qu’un certain nombre de personnes rentrent par dépit ou par choix. D’autres rentrent sans s’être vraiment ouvertes à la nouvelle culture européenne qu’ils avaient découverte pendant trois ou quatre ans ou veulent rester en métropole plus longtemps pour apprendre plus.
Afrik.com : L’un des Konxs parle de la Guadeloupe comme de son « pays ». Cela donne le sentiment que pour lui cette île est un pays à part même si elle est officiellement un département français… Julien Dalle : Tout à fait. Les Antillais considèrent la Guadeloupe comme un pays. C’est dû au fait - un peu comme la Bretagne ou le pays Basque où il y a un certain poids historique qui fait que la culture est sensiblement différente de la France métropolitaine – qu’il y a un fort sentiment presque nationaliste alors qu’on n’est qu’un département. On considère que l’on est Guadeloupéen avant tout et aussi Français. Ce qui est valable de façon analogue pour la Martinique. Et puis, historiquement, la Guadeloupe est quand même une île où on amenait les gens qui étaient un peu plus rebelles que les autres. Il s’est passé tout un tas de choses qui ont montré que les Guadeloupéens étaient très fortement encrés dans ce « nationalisme ». Dernier exemple en date : c’est le « non » au référendum européen sur la constitution. Le taux de « non » en Guadeloupe était bien plus élevé que la moyenne nationale et qu’en Martinique.
Afrik.com : Le film dénonce le racisme en France mais aussi le racisme entre antillais… Julien Dalle : Le racisme en France n’empêche plus autant de vivre, il ne crée plus autant de problèmes qu’avant. Les choses évoluent positivement mais le racisme est quand même présent. Une étude du Cran a statistiquement montré que beaucoup de gens subissaient des actes racistes aujourd’hui. J’ai trouvé intéressant de le montrer un peu. Quant au racisme entre les membres du Konxs, il visait à montrer qu’aux Antilles on est quand même assez conscients de la couleur de peau des gens et que quand on souffre d’un problème il faut se demander si on ne le crée pas aussi chez soi…
Afrik.com : Autre « racisme » abordé : celui entre les Antillais nés aux Antilles et ceux nés en métropole, appelés « négropolitains »… Julien Dalle : Exactement. Il y a une seule « communauté antillaise » et malgré ça on arrive encore à segmenter entre Antillais qui viennent des Antilles, les Antillais qui sont issus de deuxième génération, etc. Comme la deuxième partie du film parle plus sur la division du groupe, je trouvais intéressant d’aller chercher un juge chez les négropolitains parce qu’il est à même de comprendre les problèmes à la fois des Français et des Antillais.
Afrik.com : Quels retours avez-vous eu du film ? Julien Dalle : Premièrement, que les gens l’aient beaucoup aimé ou trouvé moyen, il y a quelque chose qui est quand même général c’est que les gens étaient marqués, intéressés, par le film. De manière globale les gens apprécient beaucoup ce film parce que, à ce que les professionnels nous en disent, il est un peu à part dans le monde de l’audiovisuel qui est aujourd’hui très réglementé, qui l’est de plus en plus et le sera de plus en plus. Avoir un projet un peu frais comme ça, fait par des amateurs déterminés encadrés par des professionnels, a donné un produit que je pense qu’on peut dire unique sur le marché du cinéma. Il a vraiment une authenticité. Je pense que c’est ce qui ressort du feed-back des téléspectateurs. Ce film parle à toutes les minorités. Beaucoup de Maghrébins qui ont vu le film se sont sentis concernés. Ils ont fait la transposition à leur cas personnel et c’est le cas aussi pour la plupart des Africains qui sont venus me parler.
Afrik.com : La colonne vertébrale du film étant la tolérance, comptez-vous le diffuser dans des écoles, des lycées… ? Julien Dalle : Absolument. Ce film a un message de tolérance, d’ouverture d’esprit, d’ouverture au voyage. Tous ces thèmes-là me semblent intéressants pour les lycéens qui sont eux-mêmes amenés à partir en France plus tard. Ça leur donne une vision de la vie qu’ont les Antillais en France, des problèmes qu’ils rencontrent, la différence de culture qui s’y opère. Beaucoup de gens nous sollicitent pour qu’on passe le film dans les lycées et les écoles. On le fera de toute façon, aux Antilles, en France (dans l’Ile-de-France, où il y a énormément d’Antillais et de minorités), mais on a quand même comme priorité de sortir le film dans les salles de cinéma, puis à la télévision et puis de le montrer au plus grand nombre, par exemple au cours d’actions où les places seraient à un prix plus raisonnable ou lors de soirées à thème.
Afrik.com : Une sortie en France est-elle prévue bientôt ? Julien Dalle : Nous sommes en discussion avec un certain nombre de salles de cinéma qui démarchent les longs-métrages. Nous avons aujourd’hui au niveau des Antilles une proposition de diffusion et nous cherchons aujourd’hui à démarcher le film en France, principalement d’ailleurs en Ile-de France, où il y a environ 800 000 Antillais et négropolitains, mais aussi énormément d’Africains.
mercredi 23 janvier 2008
Merci amis blacks....

Un gai merci aux Noirs
Par : Gilles Marchildon
Compte tenu que l'on souligne le Mois de l'histoire des Noirs en février, il est particulièrement intéressant de constater, chez nos voisins américains, la montée de l'étoile politique du candidat présidentiel démocrate Barack Obama. Le Mois de l'histoire des Noirs nous invite aussi à réfléchir à l'impact qu'a eu le mouvement des droits civils, c'est-à-dire de l'émancipation des Noirs, particulièrement aux États-Unis, sur les droits des personnes LGBT. Célébré depuis longtemps aux États-Unis, le Mois de l'histoire des Noirs ne fut rendu officiel au Canada qu'en 1995, après un vote à la Chambre des Communes du Canada initié par une députée noire, Madame Jean Augustine.
La Ligue nationale des Noirs du Canada et la Ligue des Noirs du Québec (www.liguedesnoirs.org), ainsi que des écoles, des musées et des centres communautaires, entre autres, organisent des activités en février pour rendre honneur aux populations noires qui ont dû lutter contre l'esclavage pour obtenir leurs droits civils.
Il est très approprié de repenser au combat du révérend Martin Luther King fils contre la discrimination à l'égard des personnes noires pendant les années '60 chez nos voisins du Sud.
Le révérend King situait son action dans un contexte plus large d'émancipation de tous et de toutes. Ses paroles, selon lesquelles «une injustice à l'égard d'une seule personne est une injustice envers nous tous», trouvent écho dans la démarche pour l'égalité des personnes LGBT. Vu son assassinat le 4 avril 1968 (dont nous marquerons le quarantième anniversaire dans quelques semaines), le révérend King n'a pas connu l'époque où l'on discute ouvertement de l'homosexualité. On ne peut savoir ce qu'il aurait dit sur l'égalité des personnes LGBT ni, par exemple, le droit égal au mariage des couples de même sexe. La question n'était absolument pas dans l'esprit des gens, il y a quatre décennies. L'homosexualité était perçue comme une maladie ou un acte criminel. Toutefois, on peut examiner sous la loupe ses propos du 28 août 1963 alors qu'il prononça son fameux discours «I Have A Dream» (J'ai un rêve). Dans son allocution, il a traité de la liberté d'être qui nous sommes, sans crainte, puis de son rêve de voir les divers groupes vivre en solidarité harmonieuse. Bien sûr, il visait surtout l'égalité des personnes noires et blanches, mais il espérait également que des personnes de différentes croyances religieuses puissent se côtoyer. Ce même discours, prononcé de nos jours, aurait pu facilement inclure les personnes LGBT. Même si aucun écrit ni discours du révérend King ne mentionne l'homosexualité, ses gestes démontrent toutefois une grande tolérance et une grande solidarité.
L'auteur Earl Ofari Hutchinson croit que le révérend King a révélé sa sympathie pour les personnes homosexuelles par sa longue association avec son acolyte politique et ami, Bayard Rustin, qu’il a même protégé. L'homosexualité de M. Rustin était bien connue et peu dissimulée. Pour cette raison, on fit pression sur le révérend King pour se débarrasser de M. Rustin. Or, King résista et accorda même une place importante de conseiller à Bayard Rustin. L'épouse du révérend, Coretta Scott King, avant son décès en janvier 2006, a suggéré que son époux aurait été un allié dans la cause de l'égalité pour les personnes LGBT. Selon une école de pensée, le mouvement des droits civils initié par le révérend King est en partie responsable du succès des mouvements des femmes et des personnes LGBT. On y voit une progression naturelle.
Paul Robinson, professeur d'histoire à la Stanford University en Californie, a déclaré que la «libération gaie» représente une troisième vague qui surgit des remous politiques des années '60 et '70. Il a suggéré que la libération gaie est une «extension logique» du tumulte social qui a servi de berceau pour le mouvement des droits civils et ensuite, le féminisme. Le professeur Robinson n'est pas le seul à avoir établi un lien entre l'émancipation des personnes noires et celle des personnes LGBT.
Déjà, en août 1970, le fondateur des Panthères Noires, Huey Newton, prononça un discours qui en secoua sans doute plusieurs. «Peu importe vos opinions personnelles et vos insécurités au sujet de l'homosexualité et les divers mouvements de libération parmi les homosexuels et les femmes, dit-il, nous devons essayer de nous unir avec eux d'une façon révolutionnaire.» M. Newton ajouta que les femmes et les homosexuels étaient des groupes de personnes opprimées. Par conséquent, de véritables révolutionnaires se devaient d'être en solidarité avec eux. Il est normal que cette solidarité soit réciproque. Alors, en ce Mois de l'histoire des Noirs, je tiens à exprimer un «gai merci» aux personnes noires pour leur combat au nom de l'égalité. *Gilles Marchildon est l’ancien directeur général d'Égale Canada, un groupe pancanadien qui se porte à la défense des personnes lesbiennes, gaies,
vendredi 28 décembre 2007
Témoignage de prsionniers gays au Cameroun


Cameroun: paroles de prisonniers gays.
Au Cameroun, au moins 18 hommes sont actuellement en prison pour «homosexualité».
Voici les témoignages de trois d'entre eux.
Premier témoignage : «N.J.» Je me nomme N.J.. Je suis âgé de 19 ans
J'habitais avec mes parents et ma sœur à 15km du centre d'Ebolowa. J'étais élève en classe de 2nde A au collège C…
Le 9 juillet 2006, j'ai été abordé au soir par un jeune homme de 23 ans qui se nommait O.G. Il m'a proposé la somme de 30.000 francs CFA (45 euros) pour avoir des rapports sexuels avec lui. J'ai tout de suite accepté et nous avons pris une auberge au centre où tout s'est bien passé.
Au matin du 10 juillet, il m'a tendu 10.000 francs CFA (15 euros), promettant de me donner le reste ultérieurement. J'ai exigé qu'il remplisse les clauses d'un contrat parce que je ne le connaissais guère. Comme il ne s'exécutait pas, j'ai alerté les passants afin qu'ils m'aident à le maîtriser. Ce sont eux qui nous ont conduit à la police judiciaire.
Nous avons été gardés à vue après quelques explications verbales et des menaces, et ce n'est que le jour suivant que nous avons été entendus pour un procès verbal, puis gardés à vue à nouveau. Le 13, pendant que O.G. attendait à la salle d'accueil et qu'on entendait ma déposition, il a profité de la distraction des agents pour s'enfuir. Ils ont voulu que je leur dise où il habitait, ce à quoi j'ai répondu que si je le savais, je ne serais pas en cellule. À la suite de cela, j'ai été torturé à coups de matraque pendant plusieurs minutes pour me faire avouer je ne sais quoi. C'est fou de penser que je protège celui par lequel je me suis retrouvé là.
Ce même jour, j'ai été entraîné au parquet, où le procureur m'a fait signer un mandat de dépôt pour homosexualité. J'ai été conduit à la prison centrale d'Ebolowa au quartier des majeurs, bien qu'à ce moment-là je n'avais que 18 ans.
Dix-hui jours plus tard, je suis allé au parquet. La procureure, maître A., m'a demandé d'abandonner mes préférences homosexuelles après avoir lu ce que j'avais déclaré à la police judiciaire. Je lui ai dit que je ne pouvais pas parce que je suis homo et que je n'ai aucune attirance pour les femmes. Elle m'a condamné à 15 ans fermes d'emprisonnement.
En fin d'année, j'ai bénéficié de 1 an de remise de peine, en plus des 16 mois que j'ai déjà purgés, ce qui fait 2 ans et 4 mois à ce jour. J'ai été autorisé à être «corvéable à merci» pour éviter la vie que j'endure en prison. Les insultes, la drague, l'humiliation… sont quelques-unes des choses que je vis en prison. Je suis malheureusement tombé gravement malade et j'ai demandé une interruption car je travaille dur.
Vu que je suis abandonné par ma famille qui n'est venue que le premier mois, le temps de ma lourde condamnation, et que je suis sans moyen, je souhaiterais négocier le détachement. J'aimerais à ma sortie de prison suivre une formation en informatique, tout en vivant loin de ma famille qui ne m'accepte plus à cause de mon choix sexuel. La vie est très difficile en taule où je dois me contenter d'un repas par jour. Le paludisme, les démangeaisons, les vertiges, la gale… sont mon lot quotidien.
L'analyse d'Alice Nkom, avocate et défenseure des homos au Cameroun :
«L'interpellation et la mise en détention provisoire de N.J. sont illégales. Au contraire, c'est lui-même qui est victime d'une infraction civile, l'exécution d'un contrat verbal de paiement d'une dette. Aucun élément du récit ne démontre un flagrant délit d'homosexualité. Or l'article 12 du Code de Procédure pénale ne permet au procureur de la République de décider d'une détention provisoire qu'en cas de crime ou flagrants délits.
«La procédure ayant abouti à la détention, puis à la condamnation de N.J. est donc nulle. Le juge a l'obligation de l'invoquer et de casser cette décision! Le fait que N.J. ait avoué son homosexualité n'y change rien. Avouer qu'on est homosexuel n'est pas, en soi, un délit et ne donne pas aux poursuivants le droit de violer la procédure pour ôter la liberté à quelqu'un: le Cameroun n'est pas un État islamique et ce n'est de la charia qu'il s'agit! Quel dommage que N.J. n'ait pas fait appel et ait ainsi accepté, parce qu'il se sait homosexuel et n'a pas envie de le cacher, sa culpabilité en tant qu'homosexuel!
«Je suis sûre que le Tribunal a considéré qu'il s'agit d'un délit continu (cf. ses aveux à la police) et qu'il ne fallait donc pas envisager de sortir de prison des gens qui, de toutes façons, allaient recommencer, pour ne pas dire continuer à être homosexuel...!
«La place de N.J n'est pas en prison, mais bel et bien à l'école, et tout de suite, la procédure étant entachée d'une nullité absolue, violant ses droits fondamentaux.»Deuxième témoignage: «E.A.»
Je suis E.A., anglophone de 31 ans et je vis avec ma femme et ma jeune fille à Ebolowa, au quartier New-Bell (camp police) à environ 1km de ma boutique car je suis commerçant. J'emploie deux Sudistes.
Je me suis plaint contre un de mes employés, caissier, parce qu'après l'inventaire, il y avait fuite d'un peu plus de 130.000 francs CFA (200 euros). Il a été arrêté et, quelques jours plus tard, son frère m'a rencontré pour un arrangement à l'amiable et demandé de faire libérer son cadet qui était en fait déjà libre, sans que je le sache.
Alors que je suis à la boutique, mon voleur arrive et me fait savoir qu'il a été libéré parce qu'on n'enferme plus les gens comme ça avec le nouveau code de procédure pénale [qui est censé s'assurer que les personnes arrêtées aient été prises en flagrant délit, et bénéficient de la présomption d'innocence, NDLR]. Il me dit, après avoir tout avoué qu'il va s'entendre avec ses frères et demain, ils viennent me régler.
Le lendemain, il arrive, puis son frère aîné demande à son cadet de se mettre à genoux pour me demander pardon et il m'a promis qu'une fois que lui et les autres membres de la famille auront fait la réunion, il viendra me donner mon argent.
La même nuit, à la fermeture du magasin après 21 heures, je faisais le contrôle de ma livraison et le petit voleur est resté alors que son collègue venait de partir, il m'a dit qu'il a faim. Je lui ai donné un bout de pain tartiné et je suis reparti derrière le comptoir pour faire les comptes de la journée. J'ai juste eu le temps de me rendre compte qu'il y avait une présence à mon dos, qu'il s'écrasait sur moi à moitié nu et me menaçait avec mon couteau. Il a crié deux noms et six personnes sont entrées dans la boutique, deux de ses frères y compris. Ils m'ont déshabillé et m'ont traîné hors de la boutique et le petit appelait le quartier en criant au viol.
B.Z. un des voisins de ma boutique, tradi-praticien, est arrivé et m'a libéré de mes bourreaux et je suis parti en courant prendre son pantalon sur la corde et suis parti au camp de police pour me plaindre. C'est là que le commissaire central, un procureur et trois policiers sont venus me prendre pour m'entraîner en cellule; bien que j'avais perdu 150.000 francs CFA que j'avais sur moi au moment de l'agression, et que ma boutique était restée ouverte.
Je me retrouve alors en prison avec monsieur B.Z. en tant que «complice pour pratique d'homosexualité» car, disent-ils, c'est lui qui me pousse à me livrer à de telles pratiques. C'est à ce moment que j'ai compris que j'étais victime d'un coup monté.
Depuis lors, j'attends, croupi en taule où j'essuie injures de tout genre et humiliations, sans parler des démangeaisons, de la toux, la mauvaise nourriture, la dépression, entre autres...
L'analyse d'Alice Nkom:
«La situation juridique et procédurale est encore plus rocambolesque que dans le premier témoignage. Elle illustre bien l'arnaque, et le chantage dont on peut être victime au Cameroun sur la base de soupçons d'homosexualité!
«Le droit est absent de l'ensemble de ce dossier: la procédure de flagrant délit n'a apparemment pas été suivie, au profit de celle de l'information judiciaire, puis qu'il ne mentionne aucune convocation, aucune déposition ni aucun jugement, depuis sa mise en détention provisoire… Dans ce deuxième témoignage, c'est le code de procédure pénale qu'on assassine!»Troisième témoignage: «E.B.S.»
Mon nom est E.B.S., je suis âgé de 35 ans et j'habite avec mon père dans un village à une dizaine de kilomètres d'Ebolowa. Je vis de travaux champêtres.
Comme il m'est difficile de vivre mon homosexualité dans ce petit coin où tout le monde connaît tout le monde et où tout se sait, je m'évade de temps en temps vers la grande cité où il m'est facile de trouver des partenaires, surtout que je me suis fait prendre une fois ce qui fait que tout le monde m'évite, je suis isolé, mis en quarantaine.
Le week-end du 12 au 14 octobre, je suis allé chez ma cousine au quartier Nko'ovos dans le but de me reposer. Le dimanche 14, je suis sorti ce soir dans le but d'assouvir mes désirs. Je me suis rendu au centre commercial, au cabaret Evasion.
Pendant que je dansais, je me suis adressé à un jeune homme d'environ 30 ans se trouvant près de moi. Il m'a dit qu'il était Malien bien que j'aie cru qu'il était du Nord-Cameroun. Je lui ai fait la cour en lui disant que je voulais dormir chez lui en sa compagnie et que je lui donnerais 2.000 francs CFA (3 euros) s'il était d'accord. Il m'a entraîné au-dehors où il a porté la main sur moi et la bagarre a commencé. Le monde qui est venu savoir ce qui se passait nous a entraîné au commissariat central non loin de là.
J'ai passé là 8 jours. Le 22 octobre 2007, j'ai signé le mandat de dépôt pour tentative d'homosexualité et j'ai été conduit à la prison où je me trouve encore. Le 23, je suis monté au parquet, j'ai été entendu. Mon plaignant était présent. Après lui, j'ai été d'accord avec sa version de faits. J'ai eu un renvoi pour le 13 septembre et ce jour, j'ai été mis en délibéré pour le 27 novembre 2007 [la décision a depuis été reportée, NDLR].
Je n'ai pas le moral car je suis abandonné par mon père et toute la famille qui m'a longtemps menacé de rompre avec la pratique. En plus, ma santé se détériore de plus en plus parce qu'en plus de la gale, du paludisme et des démangeaisons qui sont mon lot quotidien, je souffre d'habitude d'hypertension et d'un début de diabète.
J'aimerais à ma sortie de prison m'investir dans un commerce et surtout, vivre loin de ma famille qui souhaite que je croupisse en taule car, disent-ils, je suis la honte de la famille et du village.
L'analyse d'Alice Nkom :
«Là encore, tous les arguments que j'ai cités dans les deux premiers cas sont valables: il n'y a pas de tentative d'homosexualité si vous avez seulement fait la cour à quelqu'un: les conditions de l'arrestation, de la garde à vue, de la mise en détention provisoire sont illégales et violent toutes les dispositions du code de procédure pénale.»
Témoignages recueillis par Marc Lamba Lambert pour l'association Alternatives-Cameroun.
Pour faire un don à cette association, contactez-la par mail à l'adresse
CLIQUEZ ICI > wlmailhtml:%7B36BC72A1-5BDC-4281-B974-92E649EF26A7%7Dmid://00000328/!x-usc:mailto:alternatives.cameroun@gmail.com
Au Cameroun, au moins 18 hommes sont actuellement en prison pour «homosexualité».
Voici les témoignages de trois d'entre eux.
Premier témoignage : «N.J.» Je me nomme N.J.. Je suis âgé de 19 ans
J'habitais avec mes parents et ma sœur à 15km du centre d'Ebolowa. J'étais élève en classe de 2nde A au collège C…
Le 9 juillet 2006, j'ai été abordé au soir par un jeune homme de 23 ans qui se nommait O.G. Il m'a proposé la somme de 30.000 francs CFA (45 euros) pour avoir des rapports sexuels avec lui. J'ai tout de suite accepté et nous avons pris une auberge au centre où tout s'est bien passé.
Au matin du 10 juillet, il m'a tendu 10.000 francs CFA (15 euros), promettant de me donner le reste ultérieurement. J'ai exigé qu'il remplisse les clauses d'un contrat parce que je ne le connaissais guère. Comme il ne s'exécutait pas, j'ai alerté les passants afin qu'ils m'aident à le maîtriser. Ce sont eux qui nous ont conduit à la police judiciaire.
Nous avons été gardés à vue après quelques explications verbales et des menaces, et ce n'est que le jour suivant que nous avons été entendus pour un procès verbal, puis gardés à vue à nouveau. Le 13, pendant que O.G. attendait à la salle d'accueil et qu'on entendait ma déposition, il a profité de la distraction des agents pour s'enfuir. Ils ont voulu que je leur dise où il habitait, ce à quoi j'ai répondu que si je le savais, je ne serais pas en cellule. À la suite de cela, j'ai été torturé à coups de matraque pendant plusieurs minutes pour me faire avouer je ne sais quoi. C'est fou de penser que je protège celui par lequel je me suis retrouvé là.
Ce même jour, j'ai été entraîné au parquet, où le procureur m'a fait signer un mandat de dépôt pour homosexualité. J'ai été conduit à la prison centrale d'Ebolowa au quartier des majeurs, bien qu'à ce moment-là je n'avais que 18 ans.
Dix-hui jours plus tard, je suis allé au parquet. La procureure, maître A., m'a demandé d'abandonner mes préférences homosexuelles après avoir lu ce que j'avais déclaré à la police judiciaire. Je lui ai dit que je ne pouvais pas parce que je suis homo et que je n'ai aucune attirance pour les femmes. Elle m'a condamné à 15 ans fermes d'emprisonnement.
En fin d'année, j'ai bénéficié de 1 an de remise de peine, en plus des 16 mois que j'ai déjà purgés, ce qui fait 2 ans et 4 mois à ce jour. J'ai été autorisé à être «corvéable à merci» pour éviter la vie que j'endure en prison. Les insultes, la drague, l'humiliation… sont quelques-unes des choses que je vis en prison. Je suis malheureusement tombé gravement malade et j'ai demandé une interruption car je travaille dur.
Vu que je suis abandonné par ma famille qui n'est venue que le premier mois, le temps de ma lourde condamnation, et que je suis sans moyen, je souhaiterais négocier le détachement. J'aimerais à ma sortie de prison suivre une formation en informatique, tout en vivant loin de ma famille qui ne m'accepte plus à cause de mon choix sexuel. La vie est très difficile en taule où je dois me contenter d'un repas par jour. Le paludisme, les démangeaisons, les vertiges, la gale… sont mon lot quotidien.
L'analyse d'Alice Nkom, avocate et défenseure des homos au Cameroun :
«L'interpellation et la mise en détention provisoire de N.J. sont illégales. Au contraire, c'est lui-même qui est victime d'une infraction civile, l'exécution d'un contrat verbal de paiement d'une dette. Aucun élément du récit ne démontre un flagrant délit d'homosexualité. Or l'article 12 du Code de Procédure pénale ne permet au procureur de la République de décider d'une détention provisoire qu'en cas de crime ou flagrants délits.
«La procédure ayant abouti à la détention, puis à la condamnation de N.J. est donc nulle. Le juge a l'obligation de l'invoquer et de casser cette décision! Le fait que N.J. ait avoué son homosexualité n'y change rien. Avouer qu'on est homosexuel n'est pas, en soi, un délit et ne donne pas aux poursuivants le droit de violer la procédure pour ôter la liberté à quelqu'un: le Cameroun n'est pas un État islamique et ce n'est de la charia qu'il s'agit! Quel dommage que N.J. n'ait pas fait appel et ait ainsi accepté, parce qu'il se sait homosexuel et n'a pas envie de le cacher, sa culpabilité en tant qu'homosexuel!
«Je suis sûre que le Tribunal a considéré qu'il s'agit d'un délit continu (cf. ses aveux à la police) et qu'il ne fallait donc pas envisager de sortir de prison des gens qui, de toutes façons, allaient recommencer, pour ne pas dire continuer à être homosexuel...!
«La place de N.J n'est pas en prison, mais bel et bien à l'école, et tout de suite, la procédure étant entachée d'une nullité absolue, violant ses droits fondamentaux.»Deuxième témoignage: «E.A.»
Je suis E.A., anglophone de 31 ans et je vis avec ma femme et ma jeune fille à Ebolowa, au quartier New-Bell (camp police) à environ 1km de ma boutique car je suis commerçant. J'emploie deux Sudistes.
Je me suis plaint contre un de mes employés, caissier, parce qu'après l'inventaire, il y avait fuite d'un peu plus de 130.000 francs CFA (200 euros). Il a été arrêté et, quelques jours plus tard, son frère m'a rencontré pour un arrangement à l'amiable et demandé de faire libérer son cadet qui était en fait déjà libre, sans que je le sache.
Alors que je suis à la boutique, mon voleur arrive et me fait savoir qu'il a été libéré parce qu'on n'enferme plus les gens comme ça avec le nouveau code de procédure pénale [qui est censé s'assurer que les personnes arrêtées aient été prises en flagrant délit, et bénéficient de la présomption d'innocence, NDLR]. Il me dit, après avoir tout avoué qu'il va s'entendre avec ses frères et demain, ils viennent me régler.
Le lendemain, il arrive, puis son frère aîné demande à son cadet de se mettre à genoux pour me demander pardon et il m'a promis qu'une fois que lui et les autres membres de la famille auront fait la réunion, il viendra me donner mon argent.
La même nuit, à la fermeture du magasin après 21 heures, je faisais le contrôle de ma livraison et le petit voleur est resté alors que son collègue venait de partir, il m'a dit qu'il a faim. Je lui ai donné un bout de pain tartiné et je suis reparti derrière le comptoir pour faire les comptes de la journée. J'ai juste eu le temps de me rendre compte qu'il y avait une présence à mon dos, qu'il s'écrasait sur moi à moitié nu et me menaçait avec mon couteau. Il a crié deux noms et six personnes sont entrées dans la boutique, deux de ses frères y compris. Ils m'ont déshabillé et m'ont traîné hors de la boutique et le petit appelait le quartier en criant au viol.
B.Z. un des voisins de ma boutique, tradi-praticien, est arrivé et m'a libéré de mes bourreaux et je suis parti en courant prendre son pantalon sur la corde et suis parti au camp de police pour me plaindre. C'est là que le commissaire central, un procureur et trois policiers sont venus me prendre pour m'entraîner en cellule; bien que j'avais perdu 150.000 francs CFA que j'avais sur moi au moment de l'agression, et que ma boutique était restée ouverte.
Je me retrouve alors en prison avec monsieur B.Z. en tant que «complice pour pratique d'homosexualité» car, disent-ils, c'est lui qui me pousse à me livrer à de telles pratiques. C'est à ce moment que j'ai compris que j'étais victime d'un coup monté.
Depuis lors, j'attends, croupi en taule où j'essuie injures de tout genre et humiliations, sans parler des démangeaisons, de la toux, la mauvaise nourriture, la dépression, entre autres...
L'analyse d'Alice Nkom:
«La situation juridique et procédurale est encore plus rocambolesque que dans le premier témoignage. Elle illustre bien l'arnaque, et le chantage dont on peut être victime au Cameroun sur la base de soupçons d'homosexualité!
«Le droit est absent de l'ensemble de ce dossier: la procédure de flagrant délit n'a apparemment pas été suivie, au profit de celle de l'information judiciaire, puis qu'il ne mentionne aucune convocation, aucune déposition ni aucun jugement, depuis sa mise en détention provisoire… Dans ce deuxième témoignage, c'est le code de procédure pénale qu'on assassine!»Troisième témoignage: «E.B.S.»
Mon nom est E.B.S., je suis âgé de 35 ans et j'habite avec mon père dans un village à une dizaine de kilomètres d'Ebolowa. Je vis de travaux champêtres.
Comme il m'est difficile de vivre mon homosexualité dans ce petit coin où tout le monde connaît tout le monde et où tout se sait, je m'évade de temps en temps vers la grande cité où il m'est facile de trouver des partenaires, surtout que je me suis fait prendre une fois ce qui fait que tout le monde m'évite, je suis isolé, mis en quarantaine.
Le week-end du 12 au 14 octobre, je suis allé chez ma cousine au quartier Nko'ovos dans le but de me reposer. Le dimanche 14, je suis sorti ce soir dans le but d'assouvir mes désirs. Je me suis rendu au centre commercial, au cabaret Evasion.
Pendant que je dansais, je me suis adressé à un jeune homme d'environ 30 ans se trouvant près de moi. Il m'a dit qu'il était Malien bien que j'aie cru qu'il était du Nord-Cameroun. Je lui ai fait la cour en lui disant que je voulais dormir chez lui en sa compagnie et que je lui donnerais 2.000 francs CFA (3 euros) s'il était d'accord. Il m'a entraîné au-dehors où il a porté la main sur moi et la bagarre a commencé. Le monde qui est venu savoir ce qui se passait nous a entraîné au commissariat central non loin de là.
J'ai passé là 8 jours. Le 22 octobre 2007, j'ai signé le mandat de dépôt pour tentative d'homosexualité et j'ai été conduit à la prison où je me trouve encore. Le 23, je suis monté au parquet, j'ai été entendu. Mon plaignant était présent. Après lui, j'ai été d'accord avec sa version de faits. J'ai eu un renvoi pour le 13 septembre et ce jour, j'ai été mis en délibéré pour le 27 novembre 2007 [la décision a depuis été reportée, NDLR].
Je n'ai pas le moral car je suis abandonné par mon père et toute la famille qui m'a longtemps menacé de rompre avec la pratique. En plus, ma santé se détériore de plus en plus parce qu'en plus de la gale, du paludisme et des démangeaisons qui sont mon lot quotidien, je souffre d'habitude d'hypertension et d'un début de diabète.
J'aimerais à ma sortie de prison m'investir dans un commerce et surtout, vivre loin de ma famille qui souhaite que je croupisse en taule car, disent-ils, je suis la honte de la famille et du village.
L'analyse d'Alice Nkom :
«Là encore, tous les arguments que j'ai cités dans les deux premiers cas sont valables: il n'y a pas de tentative d'homosexualité si vous avez seulement fait la cour à quelqu'un: les conditions de l'arrestation, de la garde à vue, de la mise en détention provisoire sont illégales et violent toutes les dispositions du code de procédure pénale.»
Témoignages recueillis par Marc Lamba Lambert pour l'association Alternatives-Cameroun.
Pour faire un don à cette association, contactez-la par mail à l'adresse
CLIQUEZ ICI > wlmailhtml:%7B36BC72A1-5BDC-4281-B974-92E649EF26A7%7Dmid://00000328/!x-usc:mailto:alternatives.cameroun@gmail.com
lundi 10 décembre 2007
Congé parental et homosexualité....


Congé paternité et homosexualité
Le bonheur n’est pas dans le pré, mais dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2002. Pas convaincu ? Suivez cette drôle d’histoire, qui conduit à réfléchir sur la légalisation du mariage homosexuel.
C’est cette loi de 2002 qui a créé le congé paternité : après la naissance d'un enfant et dans un délai de quatre mois, l’heureux papa peut bénéficier d’un congé de paternité de 11 jours consécutifs. Pendant cette période, consacrée à couver le bébé et à choyer la maman, le petit veinard perçoit les indemnités journalières de l'assurance maternité. Vive l’article L. 331-8 du Code de la Sécurité sociale !
Bingo. C’est la naissance de Basile. Karine, qui a accouché, va pouvoir bénéficier de la présence du papa. Petit problème : le papa s’appelle Elodie ! Car c’est après une insémination artificielle pratiquée en Belgique que Karine a pu enfanter. Karine et Elodie sont pacsées, mais restent les chromosomes. Problème.
La Caisse refuse le versement de la prestation : la loi, c’est la loi, et Elodie n’est pas un papa ! Le tribunal des affaires de sécurité sociale de Nantes, le 20 mars 2006, confirme ce refus, pour le même motif. Hier, l’affaire se plaidait devant la cour d’appel de Nantes, et l’arrêt est attendu pour le 30 janvier.
Que dit le droit ?
Le Code civil reste très arthrosique. Tout au plus, les articles 515-1 et suivants, issus de la loi du 15 novembre 1999 qui fonde le PACS, évoquent-ils une vie de couple, sans faire référence à la différence de sexe. Le valeureux Code en est encore rose d’émotion…
C’est le Code de la sécurité sociale – que du bonheur, vous dis-je – qui avait ouvert la voie, par la loi du 27 janvier 1993 : le concubin d'un assuré, hétérosexuel ou homosexuel, acquiert la qualité d’ayant-droit au titre de l’assurance maladie. Pour la prochaine Gay Pride, je veux un char à l’honneur de l’article L. 161-14, al. 2, du Code de la Sécurité Sociale.
Toujours aussi coquin, le Code de la Sécurité sociale a inclu un article L. 513-1 qui alloue la prestation d’accueil du jeune enfant (PAJE), à la « personne physique qui assume la charge effective et permanente de l’enfant ». Sans évoque la question du sexe.
Du côté européen, ça avance plus vite.
L’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme pose le principe de la liberté matrimoniale, et par l’arrêt Goodwin du 11 juillet 2002, la Cour européenne des droits de l’homme en a déduit qu’un Etat ne pouvait s’opposer au mariage entre une femme et d’une transsexuelle opérée.
Dernière étape – pour le moment – avec l’arrêt rendu 7 janvier 2004 (Affaire C. 117/01) par la Cour de justice des Communautés européennes qui a condamné la discrimination à propos du droit à une pension de réversion au sein d’un couple formé par une femme et une transsexuelle. La Cour de Luxembourg vise les articles 13 § 1 du Traité de l’Union européenne et 21 de la Charte des droits fondamentaux, du 7 décembre 2000, pour conclure que toute discrimination fondée sur l’ « orientation sexuelle » est prohibée.
* * *
S’agissant de Karine et Elodie, toute la question est de savoir si la cour de Rennes en restera à la lecture littérale du Code, ou si elle prendra en compte la substance des principes posés par le droit européen.
Dans leur dossier, Karine et Elodie disposent désormais d’un élément de poids. Une délibération de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (HALDE) reconnaissant le bien fondé de leur démarche. Et le bon président Schweitzer s’est fendu d’une lettre au premier ministre « concernant les disparités dans les conditions d’attribution des prestations sociales en lien avec l’éducation des enfants, aux couples de même sexe. »
Le plus simple serait que la loi change, ou lève le doute.
La lutte contre les discriminations de type social avance à grand pas, mais à terme elle pourrait servir de prétexte à ceux qui s’opposent au mariage homosexuel : l’égalité étant parfaite, la loi refuserait de passer le cap s’agissant d’un droit –
Le bonheur n’est pas dans le pré, mais dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2002. Pas convaincu ? Suivez cette drôle d’histoire, qui conduit à réfléchir sur la légalisation du mariage homosexuel.
C’est cette loi de 2002 qui a créé le congé paternité : après la naissance d'un enfant et dans un délai de quatre mois, l’heureux papa peut bénéficier d’un congé de paternité de 11 jours consécutifs. Pendant cette période, consacrée à couver le bébé et à choyer la maman, le petit veinard perçoit les indemnités journalières de l'assurance maternité. Vive l’article L. 331-8 du Code de la Sécurité sociale !
Bingo. C’est la naissance de Basile. Karine, qui a accouché, va pouvoir bénéficier de la présence du papa. Petit problème : le papa s’appelle Elodie ! Car c’est après une insémination artificielle pratiquée en Belgique que Karine a pu enfanter. Karine et Elodie sont pacsées, mais restent les chromosomes. Problème.
La Caisse refuse le versement de la prestation : la loi, c’est la loi, et Elodie n’est pas un papa ! Le tribunal des affaires de sécurité sociale de Nantes, le 20 mars 2006, confirme ce refus, pour le même motif. Hier, l’affaire se plaidait devant la cour d’appel de Nantes, et l’arrêt est attendu pour le 30 janvier.
Que dit le droit ?
Le Code civil reste très arthrosique. Tout au plus, les articles 515-1 et suivants, issus de la loi du 15 novembre 1999 qui fonde le PACS, évoquent-ils une vie de couple, sans faire référence à la différence de sexe. Le valeureux Code en est encore rose d’émotion…
C’est le Code de la sécurité sociale – que du bonheur, vous dis-je – qui avait ouvert la voie, par la loi du 27 janvier 1993 : le concubin d'un assuré, hétérosexuel ou homosexuel, acquiert la qualité d’ayant-droit au titre de l’assurance maladie. Pour la prochaine Gay Pride, je veux un char à l’honneur de l’article L. 161-14, al. 2, du Code de la Sécurité Sociale.
Toujours aussi coquin, le Code de la Sécurité sociale a inclu un article L. 513-1 qui alloue la prestation d’accueil du jeune enfant (PAJE), à la « personne physique qui assume la charge effective et permanente de l’enfant ». Sans évoque la question du sexe.
Du côté européen, ça avance plus vite.
L’article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme pose le principe de la liberté matrimoniale, et par l’arrêt Goodwin du 11 juillet 2002, la Cour européenne des droits de l’homme en a déduit qu’un Etat ne pouvait s’opposer au mariage entre une femme et d’une transsexuelle opérée.
Dernière étape – pour le moment – avec l’arrêt rendu 7 janvier 2004 (Affaire C. 117/01) par la Cour de justice des Communautés européennes qui a condamné la discrimination à propos du droit à une pension de réversion au sein d’un couple formé par une femme et une transsexuelle. La Cour de Luxembourg vise les articles 13 § 1 du Traité de l’Union européenne et 21 de la Charte des droits fondamentaux, du 7 décembre 2000, pour conclure que toute discrimination fondée sur l’ « orientation sexuelle » est prohibée.
* * *
S’agissant de Karine et Elodie, toute la question est de savoir si la cour de Rennes en restera à la lecture littérale du Code, ou si elle prendra en compte la substance des principes posés par le droit européen.
Dans leur dossier, Karine et Elodie disposent désormais d’un élément de poids. Une délibération de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (HALDE) reconnaissant le bien fondé de leur démarche. Et le bon président Schweitzer s’est fendu d’une lettre au premier ministre « concernant les disparités dans les conditions d’attribution des prestations sociales en lien avec l’éducation des enfants, aux couples de même sexe. »
Le plus simple serait que la loi change, ou lève le doute.
La lutte contre les discriminations de type social avance à grand pas, mais à terme elle pourrait servir de prétexte à ceux qui s’opposent au mariage homosexuel : l’égalité étant parfaite, la loi refuserait de passer le cap s’agissant d’un droit –
mercredi 7 novembre 2007

Gays et lesbiennes âgés: Une génération à bichonner
Aux Etats-Unis, chercheurs et entrepreneurs s’intéressent de plus en plus près à ce nouvel enjeu social et démographique: les lesbiennes et gays âgés.
Nadja Simko
novembre 2007
Pour en savoir plus
Barbary Lane Senior Communities
http://www.asaging.org/
http://www.sageusa.org/
Avoir du temps à consacrer à leurs loisirs et intérêts, aux voyages ou à la détente. C’est ce qu’ont répondu les baby boomers de la communauté gay quand on leur a demandé ce que signifiait pour eux la retraite et le troisième âge*. Mais pas seulement. Parce que l’âge d’or, comme on se plaît à l’appeler, n’a pas le même éclat pour tous. «En vieillissant, les LGBT sont confrontés à toute une série de problèmes, dont la majorité ont trait à une crainte de la discrimination», observe Kimberly Acquaviva, professeure assistante à l’Université George Washington. «Et cette peur, fondée sur leurs expériences passées, fait qu’ils ne vont souvent pas demander l’aide dont ils ont besoin.»
D’une génération à l’autre«La situation varie d’une génération à l’autre», observe pour sa part Gerard Koskovich, responsable des questions LGBT pour la American Society on Aging (ASA). Et les seniors de 70, 80 ans ou plus ont en effet leur propre rapport au silence. Tenus tout au long de leur vie d’être discrets sur leur identité sexuelle, ils ont appris, normalisation sociale oblige, à ne s’ouvrir qu’à un cercle restreint de proches. Mais cette façon de vivre devient difficile lorsqu’il s’agit d’accéder à des soins ou d’intégrer une maison de retraite conventionnelle», explique Koskovich. Aussi ces seniors se sentent-ils parfois contraints de s’isoler de leur cercle de proches, de ceux qu’ils nomment leur «famille d’adoption», pour éviter d’afficher trop ouvertement leur homosexualité face aux structures d’aide et de soins.Et, bien que différente, la perspective des baby boomers LGBT n’est pas toujours plus enviable. «Plus jeune, cette population a, pour la plupart, affirmé plus ouvertement sa sexualité et son identité de genre, ajoute le professionnel de l’ASA. L’homosexualité, aux Etats-Unis et particulièrement dans les grandes villes, s’est vécue de façon presque communautaire, avec nombre d’associations et organisations.» Aussi en vieillissant, ces retraités, habitués à une attitude d’ouverture, recherchent-ils les institutions nécessaires au maintien de ce mode de vie. Sans toujours les trouver. Et le manque de structures adéquates les renvoie dès lors à la même peur: celle de la discrimination.
Aux Etats-Unis, chercheurs et entrepreneurs s’intéressent de plus en plus près à ce nouvel enjeu social et démographique: les lesbiennes et gays âgés.
Nadja Simko
novembre 2007
Pour en savoir plus
Barbary Lane Senior Communities
http://www.asaging.org/
http://www.sageusa.org/
Avoir du temps à consacrer à leurs loisirs et intérêts, aux voyages ou à la détente. C’est ce qu’ont répondu les baby boomers de la communauté gay quand on leur a demandé ce que signifiait pour eux la retraite et le troisième âge*. Mais pas seulement. Parce que l’âge d’or, comme on se plaît à l’appeler, n’a pas le même éclat pour tous. «En vieillissant, les LGBT sont confrontés à toute une série de problèmes, dont la majorité ont trait à une crainte de la discrimination», observe Kimberly Acquaviva, professeure assistante à l’Université George Washington. «Et cette peur, fondée sur leurs expériences passées, fait qu’ils ne vont souvent pas demander l’aide dont ils ont besoin.»
D’une génération à l’autre«La situation varie d’une génération à l’autre», observe pour sa part Gerard Koskovich, responsable des questions LGBT pour la American Society on Aging (ASA). Et les seniors de 70, 80 ans ou plus ont en effet leur propre rapport au silence. Tenus tout au long de leur vie d’être discrets sur leur identité sexuelle, ils ont appris, normalisation sociale oblige, à ne s’ouvrir qu’à un cercle restreint de proches. Mais cette façon de vivre devient difficile lorsqu’il s’agit d’accéder à des soins ou d’intégrer une maison de retraite conventionnelle», explique Koskovich. Aussi ces seniors se sentent-ils parfois contraints de s’isoler de leur cercle de proches, de ceux qu’ils nomment leur «famille d’adoption», pour éviter d’afficher trop ouvertement leur homosexualité face aux structures d’aide et de soins.Et, bien que différente, la perspective des baby boomers LGBT n’est pas toujours plus enviable. «Plus jeune, cette population a, pour la plupart, affirmé plus ouvertement sa sexualité et son identité de genre, ajoute le professionnel de l’ASA. L’homosexualité, aux Etats-Unis et particulièrement dans les grandes villes, s’est vécue de façon presque communautaire, avec nombre d’associations et organisations.» Aussi en vieillissant, ces retraités, habitués à une attitude d’ouverture, recherchent-ils les institutions nécessaires au maintien de ce mode de vie. Sans toujours les trouver. Et le manque de structures adéquates les renvoie dès lors à la même peur: celle de la discrimination.
Un retour au placard
Dans une recherche publiée en 2006 par MetLife*, moins de la moitié des LGBT américains de la génération des baby boomers se disent confiants que le personnel soignant les traitera avec respect. «Ils craignent d’être rejetés ou traités avec moins d’attention ou de sympathie s’ils nomment leur homosexualité», observe Dan Ashbrook, directeur de Lavender Seniors of the East Bay, un réseau de soutien pour les LGBT vieillissants dans la région de San Francisco.A tel point d’ailleurs que certains même seraient prêts à passer sous silence leur orientation sexuelle. Comme si, après des années d’identité affirmée, ils se sentaient forcés de «retourner dans le placard». Selon des études, 90% des LGBT américains n’ont pas d’enfants (contre 20% pour l’ensemble des personnes âgées). Ce sont les lesbiennes qui se disent les plus angoissées par une possible discrimination à leur encontre. «Cela s’explique par la fait qu’elles font face à la ségrégation relative à leur identité sexuelle d’une part et vivent dans une société qui marginalise les femmes d’autre part, observe Gerard Koskovich. Elles cumulent donc les difficultés. Et, les différences salariales étant ce qu’elles sont, elles ont à redouter à la fois une vulnérabilité accrue et une précarité financière.» L’isolement et la solitude auxquels sont confrontés les LGBT en vieillissant peuvent aussi conduire à d’autres difficultés, d’ordre pratique notamment. Ainsi, sans précautions prises, personne n’est habilité à prendre de responsabilité en termes de décisions médicales. «En l’absence de personne désignée, la décision relative à des soins intensifs ou continus revient alors directement à la famille biologique, avec laquelle les liens de confiance sont souvent rompus», regrette Kimberly Acquaviva.Reste que, pour parer à ces difficultés, la communauté LGBT américaine s’organise peu à peu. Les maisons de retraite «gay-friendly» se multiplient et le pays compte désormais plusieurs résidences spécifiquement conçues pour les LGBT. «Aux Etats-Unis, où la diversité culturelle est si forte, les homes destinés à une population particulière ont une longue histoire. La communauté juive et les églises protestantes ont, il y a plus d’un siècle, créé les premières maisons de retraite. Les Italiens, les Arméniens et d’autres groupes d’immigrés ont suivi. Même les syndicats ont construit leurs propres homes. En ouvrant des maisons dédiées aux LGBT, nous ne faisons qu’épouser le système américain … à notre manière», conclut, avec une pointe d’ironie, Gerard Koskovich.
Home sweet home
Barbary Lane est une maison de retraite inspirée de la célèbre série de romans Chroniques de San Francisco, d’Armistead Maupin. D’ailleurs, les responsables de ce projet résidentiel ont pris soin de nommer les pièces selon les héros des Chroniques. «Nous avons voulu créer un établissement pour les LGBT du troisième âge avec des programmes spécifiquement adaptés à leurs besoins et intérêts – qu’il s’agisse d’événements culturels ou de réseaux d’aide», explique David Latina, président de Barbary Senior Communities, la société à l’origine de plusieurs projets de homes spécialisés. Cette maison de retraite qui accueillera ses premiers résidents au mois de février prochain, illustre un phénomène relativement récent: la multiplication des homes spécifiquement dédiés aux LGBT. «Très schématiquement, on parle de trois générations, observe David Latina. Celle des LGBT dits «GI’s», de la deuxième guerre mondiale, âgés de 90 ans ou plus et dont la caractéristique est un conformisme auto-protecteur. Puis est venue la génération silencieuse, qui a dissimulé son homosexualité et accepté une forme de normalisation sans pourtant l’approuver, suivie des baby boomers. Ces derniers ont transformé la notion de maison de retraites.» Par leur volonté d’afficher leur identité et, surtout, leur esprit d’indépendance, ils ont imposé les notions de choix individuels et de besoins propres à une communauté. Mais surtout, comme le précise le président, en 2000 la population des LGBT a, pour la première fois, été quantifiée par le recensement américain. Ainsi, on chiffre à plus de trois millions les LGBT de plus de 65 ans. En 2030, cette même population devrait compter six millions d’individus*. Et qui dit quantifier une population spécifique dit identifier un marché. Aussi y a-t-il fort à parier qu’à l’avenir Anna Madrigal et Michael Mouse pourront enfin choisir, pour leurs vieux jours, entre de nombreux «sweet homes». N.S.
http://www.barbarylanesenior.com/
lundi 22 octobre 2007
L'homosexualité à l'île Maurice.... Témoignage




Faire mieux comprendre l’homosexualité
Lorsqu’ils entendent prononcer le mot “gay”, bon nombre de Mauriciens ont à l’esprit l’image caricaturale de la ‘grande folle’, incarnée à l’écran par feu Michel Serrault dans le film “La Cage aux Folles”. C’est justement ce cliché-là et d’autres mauvaises conceptions que Laurent Laroche, le nouveau président du Collectif Arc-en-Ciel, veut briser.
Laurent Laroche, n’a rien d’efféminé. Ni dans son physique, ni dans son comportement général. Et pas même dans ses intonations. Et pourtant, il vit et assume pleinement son homosexualité.
Lorsqu’ils entendent prononcer le mot “gay”, bon nombre de Mauriciens ont à l’esprit l’image caricaturale de la ‘grande folle’, incarnée à l’écran par feu Michel Serrault dans le film “La Cage aux Folles”. C’est justement ce cliché-là et d’autres mauvaises conceptions que Laurent Laroche, le nouveau président du Collectif Arc-en-Ciel, veut briser.
Laurent Laroche, n’a rien d’efféminé. Ni dans son physique, ni dans son comportement général. Et pas même dans ses intonations. Et pourtant, il vit et assume pleinement son homosexualité.
Oui, reconnaît-il, il est un homo comme ils disent. “Lorsqu’une personne m’interroge à demi-mot sur mon orientation sexuelle ou en me montrant son index à la phalange recourbée, je réplique qu’effectivement, je suis p... Le terme ne me dérange plus. Autrefois, je ne l’aurais jamais admis. Pas même à un autre homosexuel”. Cette assurance tranquille est assez récente chez lui. Elle date en fait de sept ans. Un nouvel état d’esprit résultant d’une rencontre. Avant ça, Laurent était d’une timidité maladive et craignait toujours de déranger par sa seule présence. Laurent refuse toutefois d’établir une corrélation entre ce mal-être qu’il a traîné jusqu’à l’âge de 21 ans et les abus sexuels répétés dont il a été victime à partir de l’âge de six ans. “Je n’avais que six ans lorsqu’un cousin, de dix ans mon aîné, a fait des attouchements sur ma personne. Je croyais que c’était un jeu. Cela s’est répété. Le plus dur, c’était quand je ne le voulais plus et que c’était forcé. Les abus ont duré longtemps et puis ce fut le viol”. A l’adolescence, Laurent se sent attiré émotionnellement par les filles avec qui il sort et a même des rapports sexuels. Mais en parallèle, il sort aussi avec des garçons mais là, précise-t-il, c’est purement sexuel. Lorsque sa mère le questionne sur son orientation sexuelle après avoir lu un article sur l’homosexualité dans un magazine féminin, il lui dit la vérité. Et pour lui faire plaisir, il accepte de consulter un psychologue et même un prêtre. Cela ne l’empêche pas de continuer à mener sa double vie. “ J’avais du mal à me situer et à savoir quelle était mon orientation sexuelle”. Le théâtre, que cet ancien élève du collège St-Joseph pratique, l’aide dans une certaine mesure à briser sa timidité. Sa sœur aînée l’entraîne dans son sillage lorsqu’elle sort et cela l’oblige à ne pas vivre en ermite. Le fait que sa sœur et son petit ami acceptent sa bisexualité est aussi pour lui un soulagement. Mais il a beau avoir des relations avec des filles et des garçons, il se sent toujours différent des autres. Lesdites relations ne l’apaisent pas. Et même le théâtre qu’il fait auprès de plusieurs troupes, bien que plaisant, n’amène pas le résultat escompté. “Bien que mes amies et mes petits copains étaient au courant de ma bisexualité, en public, je me conformais à ce que la société attendait de moi”. Lorsqu’il rencontre Clarel Broudou, le metteur en scène et directeur de la troupe Artistes en Liberté, ce dernier est le seul à lui faire confiance. “Alors que les autres me critiquaient ouvertement, lui, m’a encouragé et m’a fait confiance. Il a suffi de cela pour que j’aie confiance en moi”. A travers Clarel Broudou, qui est devenu son meilleur ami, il rencontre l’homme qui partage aujourd’hui sa vie à mi-temps. “Pas en raison du qu’en-dira-t-on mais pour des raisons pratiques”. Laurent déclare n’avoir eu aucune difficulté à vivre son homosexualité. Pas même à la firme où il est travaille. “Au bureau, je me sens un peu à l’écart car certains hommes ont du mal à accepter l’idée générale de l’homosexualité. Mais une fois qu’ils me connaissent, ça va. D’autres m’évitent, de peur d’être catalogués d’homosexuels. Mais je ne prends pas cela comme de l’homophobie car c’est un choix personnel. Tant que l’on me dit bonjour, ça va. Avec mes collègues filles, ça se passe super bien”. Il ajoute ensuite qu’en groupe, les gens ont tendance à se prononcer contre l’homosexualité. “Lorsque tu les interroges individuellement, cela ne les dérange pas. Comme quoi, la pression du groupe est plus forte. Beaucoup de personnes acceptent les travestis et pas les homosexuels car dans leur tête, un homosexuel est génétiquement mal constitué et doit forcément vouloir changer de sexe pour devenir femme. Ce n’est pas vrai”. Il n’est pas du genre à s’afficher. Bien que lui et son copain soient très tactiles, ils ne se promèneront pas bras-dessus, bras-dessous, ni ne se bécoteront en public. “ La société dans laquelle on vit n’a pas encore évolué et n’accepte pas l’homosexualité. Tout comme ce n’est pas bien vu de marcher en bikini à Port-Louis. Que tu sois homosexuel ou hétéro, tu dois respecter les autres. C’est une question de pudeur et de respect”. Laurent aurait pu mener sa petite vie tranquille, sans se soucier d’autrui. “J’ai toujours pensé qu’il me fallait aller vers les autres. Je refuse que ma vie ne se résume qu’au travail et qu’à ma relation amoureuse”. Lorsqu’il apprend que le mouvement qui va devenir le Collectif Arc-en-Ciel est en gestation, il s’y intéresse et assiste aux réunions. Il est agréablement surpris par la composition du premier comité de direction. “J’ai été agréablement surpris de voir que chaque groupe était représenté et qu’il y avait une réelle volonté de faire changer les mentalités”. La première année de la constitution du collectif, Laurent se porte volontaire comme trésorier. La deuxième, il agit comme porte-parole. Cette année, il a été élu président. Le message du collectif reste inchangé. Il veut que l’homosexuel ait une reconnaissance légale. “Nous attendons avec impatience l’Equal Opportunity Bill qui devrait aplanir toutes les difficultés pour nous”. Tout comme il réclame la dépénalisation de la sodomie. Pour mieux faire connaître le collectif, Laurent veut aussi le faire enregistrer auprès du Mauritius Council for Social Service. Et pour venir à bout de l’homophobie, il pense à des campagnes d’explications auprès des familles qui s’interrogent sur l’orientation sexuelle de leur enfant, de même qu’auprès des jeunes. “Il faut expliquer ce qu’est l’homosexualité, montrer que ce n’est pas une perversion, ni une déviation sexuelle. Que cela n’a rien à voir avec le sexe mais que c’est une histoire d’amour entre deux personnes de sexe identique. Il faut expliquer ce qu’est chaque composante de la communauté des LGBT pour éviter les amalgames”. Laurent porte un regard surprenant sur l’homophobie. Le plus grand homophobe, selon lui, est l’homosexuel lui-même. “Il ne s’accepte pas car il est mal dans sa peau. Comment ne pas l’être quand la société l’a conditionné à être pendant longtemps ce qu’il n’est pas ? C’est ça, aller contre sa nature. Mais il est si mal dans sa peau qu’il n’accepte généralement pas les autres travestis, lesbiennes, bisexuels. Comment voulez-vous qu’on l’accepte s’il ne supporte pas les gens qui sont pratiquement comme lui ?”. Laurent ajoute que le collectif a aussi été créé pour une plus grande solidarité entre les différents groupes le constituant . “Le changement doit aussi s’opérer à l’intérieur de la communauté des LGBT”, dit Laurent.
-->Marie-Annick SAVRIPÈNE
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