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samedi 14 juillet 2007

Le Maroc et l'homosexualité




Société : Portrait. Homosexuel Envers en contre tous: Abdellah Taïa le premier Marocain qui a eu le courage d’assumer publiquement sa différence.
Posté par unique le 17/6/2007 21:01:23 (493 lectures) Articles du même auteur
L’histoire poignante du premier Marocain qui a eu le courage d’assumer publiquement sa différence.


“Il a accepté de donner son c… pour se faire connaître”, “Il est publié et on parle de lui parce qu'il est homo”, “Il se prostitue pour plaire à l'Occident”, “C'est son postérieur qui parle, pas lui”, “Il nuit à l'image du Maroc et de l'islam”, “Si nous étions réellement en terre d'islam, on le lapiderait”. Le nom de Abdellah Taïa, pour ceux qui le connaissent, ne laisse guère indifférent. Il délie les langues et déclenche, dans les discussions de café comme sur les forums Internet, des échanges au
contenu très peu amène. Un internaute a écrit ceci : “En ce temps de malheur, pour être publié dans le monde occidental, il faut écrire des romans sur la sexualité .....


La plupart de ces récits sont des autobiographies où des homos racontent avec fierté leurs exploits. Abdellah Taïa en est un. Il raconte sa vie de pédé depuis son jeune âge quand il vivait à Salé. Il a été l'invité de 2M cinq fois, un privilège dont ne bénéficie pas par exemple Mehdi El Menjra (ndlr : écrivain et “futurologue” marocain). Taïa, lui, a été reçu par toutes les maisons d'édition en France et son roman sera traduit”. L'homosexualité déclarée du jeune écrivain traumatise jusque dans les cercles de lettrés, pourtant réputés pour leur tolérance et leur ouverture d'esprit. Quand Taïa a publié conjointement dans les colonnes de TelQuel et celles du quotidien Le Monde, un texte personnel en réaction aux attentats kamikazes survenus au Maroc en mars 2007, un lecteur averti a trouvé le moyen de s'indigner en ces termes : “Taïa ne peut pas se mettre à la place d'un kamikaze parce que lui, c'est son c… qu'il se fait exploser. Alors si vous pouviez nous épargner les tribunes de votre pédale vedette…”. Quelques semaines auparavant, un chercheur dont on taira le nom a trouvé d'autres mots, un autre ton, pour exprimer sa colère : “Honte sur vous qui donnez de la
visibilité à un zamel !”.

==>Demain le scandale:
Abdellah Taïa n'a évidemment pas que des détracteurs. Il a aussi des amis, des supporters… qui se taisent. Ceux qui ne l'aiment pas, en revanche, l'expriment violemment, méchamment, l'assimilant sans problème à une honte nationale. Un “zamel”, c'est-à-dire un homosexuel, une pédale, une insulte. Le phénomène n'en est sans doute qu'à ses débuts, puisque l'auteur, dont les publications sont diffusées aujourd'hui à une moyenne de 10 000 exemplaires (mais vendus autant au Maroc qu'en France !) est appelé à grandir. Il vient d'être traduit en espagnol, bientôt en néerlandais. Son potentiel commercial et sa marge de progression en France sont énormes puisque, contrairement à ce que pensent ses nombreux adversaires, l'écrivain ne fait pas le tour des plateaux de télévision. Pas encore, du moins. Et au Maroc, il n'a jamais capitalisé sur son homosexualité à la télévision. Son coming out, selon l'expression consacrée, n'a été opéré que via ses propres écrits, en plus de l’entretien accordé à TelQuel, en février 2006.

Que se passera-t-il demain lorsque Taïa, par la force de son talent d'écrivain et sa singularité d'homme, deviendra une authentique star (inter)nationale ?

Al Massae, le quotidien le plus diffusé au Maroc, a déjà tranché la question : Taïa, il faudra le brûler ! Dans l'une de ses chroniques quotidiennes, le directeur de la publication, Rachid Nini, a pratiquement appelé au lynchage du jeune écrivain, accusant au passage l'Etat de “complicité” et traitant plus généralement les homosexuels d'êtres anormaux, qu'il ne faudrait surtout pas “exhiber” en public. “Comment accepter qu'un tel individu passe sur la deuxième chaîne de télévision nationale, qui est financée par l'argent du contribuable marocain ?”, écrit notamment Nini. Nous avons tenté de comprendre le point de vue pour le moins extrémiste du directeur d'Al Massae. Joint par téléphone, il a commencé par accepter l'idée avant de se désister sans aucune forme d'explication… Attajdid, le quotidien officieux des islamistes du PJD, a été à peine moins extrême qu'Al Massae : “Pourquoi Taïa bénéficie-t-il de tous ces passages à la télévision (marocaine) et pas les autres ?”. Un dirigeant du parti nous a fait, en off, le commentaire suivant : “Nous, on n'aime pas les homos !”. On aurait pourtant tort de prendre la formule pour une simple boutade. Le PJD est parfaitement capable de poser, demain, une question orale au Parlement, pour demander le jugement ou l'interdiction de l'écrivain. L'offensive menée, sur un autre plan, par le parti de Saâd-Eddine El Othmani, contre le film Marock risque de se reproduire, cette fois contre une personne : Abdellah Taïa. Ce qui sauve (pour le moment) le jeune écrivain peut se résumer, comme nous a expliqué ce dirigeant du parti islamiste, de la manière suivante : “Taïa ne représente pas grand-chose, il ne vend pas - encore - assez de livres”. Demain, donc, tout peut changer et tout changera, puisque Taïa vendra fatalement plus de livres, fera plus d'apparitions à la télévision, parlera davantage de son homosexualité, etc.


==>Un extra-terrestre à Paris:


En allant à la rencontre de Abdellah Taïa dans sa nouvelle vie, à Paris, on a du mal à croire que cet homme frêle, timide, pudique, tellement humble, corresponde au monstre décrit dans les délires de ses adversaires. “Je ne fais pas de littérature, je ne cherche à reproduire les plans d'aucun écrivain, je ne représente personne, je ne suis qu'un étranger qui vit seul dans un studio de vingt mètres carrés”. L'histoire de Taïa est celle d'un malentendu : fils de pauvre, il a appris à manier la langue française alors que beaucoup parmi ses copains du derb n'ont jamais mis les pieds à l'école. Il a fait des études en littérature, mais il a toujours rêvé d'écrire pour le cinéma. Et il ne s'est pas exilé en Europe pour découvrir les mondanités parisiennes ou le chocolat suisse, mais “pour suivre l'homme de sa vie”. Ce serait beau dans la bouche d'une femme, c'est impardonnable pour un homme marocain.

Dans son minuscule studio du 19ème arrondissement, quartier plutôt “pop” de la capitale française, le jeune homme n'a aucune photo de lui accrochée au mur. Il fait vite le tour du propriétaire sans quitter sa place, en bougeant son seul index : “Ici, sur ce matelas, je dors, j'écris, je fais tout. Là, ce sont les livres que j'aime, et puis là c'est une vieille photo de Mohammed V pour laquelle j'ai une grande tendresse, des disques, des films”. L'écrivain marocain le plus décrié du moment a un quotidien de Monsieur tout le monde à Paris, un homme très seul qui pense à ses fins de mois : “J'ai longtemps tenu le coup grâce aux petits boulots habituels. Aujourd'hui, je vends des livres mais pas assez pour être à l'abri du besoin, alors je donne des cours (d'arabe), je traduis les écrits des autres, j'écris occasionnellement pour des journaux”. Le grand dénuement dans lequel vit cet homme de 34 ans traduit l'intensité de sa vie intérieure. Abdellah Taïa vit avec des images et des mots du Maroc, des morceaux de vie de ce Hay Salam à Salé où il a grandi, dixième enfant d'une fratrie de onze. Une vie de pauvre où les corps, poussés par l'exiguïté, vivent pratiquement les uns sur les autres, créant au final une communauté charnelle, voire sentimentale : “Le sujet de ce que j'écris est et ne peut être que moi-même, mais je ne raconte rien en continu, plutôt des fragments de ce que je vis, ce que je suis”. Ce qu'il est ? “Un Marocain révolté, qui croit à l'individu, qui refuse l'idée selon laquelle notre histoire, personnelle ou collective, ne nous appartient pas, qu'on n'a pas le droit de se la réapproprier”. Taïa est une mosaïque humaine au centre de laquelle le mot homosexualité est évidemment inscrit en lettres d'or, inévitable, incontournable. “J'ai toujours été homosexuel et je ne m'en suis jamais caché. L'homosexualité se vit et ne s'explique pas. Ce n'est pas un trip, c'est ma vie. Je ne peux pas le cacher, je l'écris, je le raconte au milieu d'autres choses”.
Contrairement à un Rachid O., premier écrivain marocain à déclarer son homosexualité (dès 1994 avec L'enfant ébloui, puis Plusieurs vies, parus chez Gallimard), mais sans décliner son identité complète, Abdellah Taïa a décidé, dès le départ, de signer de son vrai nom, sans se cacher derrière un diminutif ou un pseudonyme. “Au Maroc, tout passe, mais dans le silence. Il y a eu un moment pour moi où ce silence n'était plus suffisant. Il fallait que je brise le tabou, que je parle. De moi”. Jusqu'en 2005, l'écrivain fait allusion à son homosexualité sur le mode du “Alfahem yfhem”, pour les initiés seulement, avant de la révéler ouvertement, sans détour, dans Le Rouge du tarbouche. En février 2006, il franchit un palier supplémentaire dans les colonnes de TelQuel : “J'ai eu un nœud à l'estomac au moment de l'entretien. L'heure de mon coming out avait sonné. Vous pouvez dire ce que vous voulez dans les livres, mais à partir du moment où vous le dites dans les journaux, cela devient l'affaire de tous, vous avez franchi le point de non-retour”. D'autres journaux francophones (Le Journal, le défunt Maroc-Soir, Maroc Hebdo, etc) relaient le coming out de l'écrivain. “Ma famille, mes anciens amis ont préféré ignorer, pour eux j'étais toujours dans mon hmaq de jeunesse, un truc réparable avec le temps et dans tous les cas camouflable dans l'immédiat. On ne me prenait pas au sérieux, même si les voisins venaient dire à ma mère : on a vu ton fils à la télévision. Une fois, mon grand frère m'a même appelé pour me dire, tout fier : je t'ai vu à la télévision, c'est très bien, mais dis-moi, quand est-ce que tu vas passer à la fiction ? Il voulait bien sûr dire : oui, on sait de quoi tu es fait, maintenant il faut arrêter ces déballages pour penser à devenir - enfin - écrivain !”, explique Taïa. Un autre de ses frères va se plaindre directement chez la mère : “Dis à ton fils d'arrêter de raconter son tkharbiq (charabia) et de revenir à la raison !”. La rupture avec le “maskhout Al walidine”, celui qui a osé briser la loi du silence, guette.


==>Coming out et déchirement familial


Le coming out de Taïa a pris une autre dimension, beaucoup plus dramatique, lorsque l'écrivain a expliqué son homosexualité dans des journaux arabophones (AlAyyam et Al Jarida Al Oukhra). “Cela a tout changé, puisqu'on est passé de la langue des riches (le français) à la langue de tout le monde (l'arabe). Un peu comme si on était dans la pure théorie, et que là, d'un coup, on atterrissait dans le réel”, se souvient l'écrivain. Cette fois, c'est sûr, le jeune homme est devenu “l'autre”, l'extra-terrestre, le clochard montré du doigt par les gosses de Hay Salam, le héros monstrueux des contes transmis par les grand-mères à leurs petits-enfants. La vie de Taïa bascule.

A Salé, les nouvelles vont très vite et les Taïa, au grand complet, sont obligés de tenir un conseil de famille : “Tel neveu n'arrivait plus à mettre le pied dehors, de peur d'être la risée des gamins du quartier, telle sœur avait des problèmes au bureau parce que son frère était zamel (et il n'avait aucune gêne à l'écrire et à le dire)”, se rappelle Abdellah Taïa. Catastrophe. C'est finalement la mère de l'écrivain, 74 ans, chef de famille depuis le décès du père, qui prend les devants pour appeler son fils en France. Elle pleure, son fils aussi. Ses mots à elle : “Ach derti lina, ach derna lik, wach nta khrej lik la'akel, wach hadak klam kaytgal (As-tu perdu la tête pour nous faire ça ? Pour dire toutes ces choses qu'on ne dit pas) ?”. Abdellah a les larmes aux yeux à l'évocation de ce douloureux souvenir : “Pour moi, je souffrais d'avoir involontairement causé du mal aux miens, d'être un peu lâche puisque loin de Salé, je souffrais surtout de voir que personne, dans ces moments de détresse, n'a pensé à moi, à tout ce que j'avais longtemps endossé en étant réduit au silence, à tout ce que j'avais à endurer pour poursuivre mon cheminement naturel”.
La mère ignore le contenu des livres les plus explicites (Le rouge du tarbouche et L'armée du salut), elle ne s'arrête que sur le contenu de l'interview accordée par son écrivain de fils à l'hebdomadaire Al Jarida Al Oukhra. “Elle était effondrée devant l'annonce de mon homosexualité et, plus encore, devant mon rejet définitif du concept de mariage”. “Ne me dis pas que mon fils ne va jamais se marier, qu'il n'ira jamais au Haj, que je ne pourrais jamais prendre ses enfants dans mes bras. Moi, je ne veux que ton bien”, pleure la vieille femme. Taïa, de son côté, essaie d'argumenter, il cherche des mots “qui rassurent (un peu)” entre deux sanglots : “C'est quelque chose qui me dépasse, mais il ne s'agit pas seulement de moi, je m'inscris dans un mouvement qui est plus grand que moi, et qui traverse tout le Maroc”, répond-il à sa mère. L'écrivain s'accroche à son rêve d'être lui-même et sa mère s'accroche au rêve de voir son fils être celui qu'elle souhaite. Qu'il referme la parenthèse homosexuelle pour revenir à la “normalité”.
Aucun autre membre de la petite famille Taïa ne contacte l'écrivain dans l'immédiat. La mère canalise à elle seule tous les mécontentements, chaque jour plus nombreux, plus difficiles à contenir, plus difficiles à vivre. Et Abdellah Taïa, dans son minuscule studio parisien, vit dans le noir le plus absolu, coupé du monde, réfléchissant sur la nouvelle tournure que prend son existence. Jusqu'au jour où l'une de ses sœurs, analphabète, lui envoie un SMS, qui arrive à point nommé comme une bouée de sauvetage : “Ma sœur ne m'avait jamais appelé, ni écrit. Elle a fait appel à sa fille pour m'écrire dans un arabe rédigé en français : son message ne disait rien de particulier mais il traduisait, quelque part, avec ses idées et sa manière à elle, un soutien extraordinaire de sa part”. Le SMS disait : “Khouya Abdellah, Wach nta labass ? Wach mazal D'aïf oula s'hahiti chouiya ? Rah koulna kansallmou alik”. Traduction : “Mon frère Abdellah, est-ce que tu vas bien ? Tu es toujours aussi maigrichon ou bien as-tu grossi un peu ? On te salue tous”.

==>Comment tourner la page ?

Abdellah Taïa n'est pas encore passé au chapitre suivant. Les siens non plus. Depuis le dernier épisode de ce coming out qui n'en finit pas, couronné par l'interview accordée à Al Jarida Al Oukhra en mai 2006, l'écrivain n'a plus jamais remis les pieds chez sa mère, sa famille, à Salé. “Je n'ose pas, parce que c'est trop tôt, trop chaud. Je ne sais pas quelle sera mon attitude, ni la leur, je n'ai pas envie de rouvrir toutes nos blessures, je ne veux pas plonger dans de nouvelles béances, pas encore. Je veux que l'on se donne, eux et moi, le temps de digérer tout ça”. Ses derniers séjours au Maroc, Taïa les a passés à Casablanca, Tanger ou Rabat, dans des chambres d'hôtel ou chez des couples d'amis. Des refuges anonymes et des cocons protecteurs. Le seul lien véritable qui le rattache à son pays est resté le même : une conversation téléphonique échangée toutes les deux à trois semaines avec sa mère. “Je n'en veux à personne, car ma démarche est d'aller au bout : de l'exil, de l'écriture, de l'homosexualité, de moi-même. J'ai choisi la voie de la liberté, je dois la mener jusqu'au bout”. Et le scandale ? “Mais quel scandale ? Ce n'est que dans l'individualité que l'on peut faire avancer les choses et être soi-même, pas en demandant la bénédiction de qui que ce soit. Parce que dès que tu demandes à quelqu'un son opinion, tu sais que c'est perdu d'avance : il évoquera la pensée moyenne, consensuelle, qui n'est pas la sienne mais qu'il te servira uniquement pour te briser”.

L'écrivain, aussi humble que percutant, en a encore dans le ventre. Il a longtemps été nourri au spectacle des humbles et des anonymes, les voisins de quartier ou les hommes et femmes de passage, aux parcours personnels si lisses… en apparence. “Je pourrais écrire des livres entiers sur les scandales de mœurs des uns et des autres, même parmi les plus conservateurs dans mon entourage. La transgression se pratique au quotidien et à une très large échelle. Elle est seulement tue pour mieux sauver les apparences. Moi, si j'arrive à briser le cliché du Zamel efféminé, prostitué, dépravé, ce serait déjà bien”.

En dehors de Rachid O, l'autre écrivain homosexuel avec lequel il est en contact, Abdellah Taïa ne fréquente aucun cercle littéraire. Pas plus marocain que français. Il est seul dans son coin. Quelques contacts (Frédéric Mitterrand, le cinéaste Faouzi Bensaïdi), des discussions avec une poignée d'anciens camarades de promotion, le tour des relations mondaines et sociales est vite fait. “Mais quand je suffoque, j'ouvre mon petit balcon qui donne sur les toits de Paris”, souffle l'écrivain, jamais à court d'idées pour éviter de tomber dans le pathétique ou se lamenter sur son sort.

L'attitude qui résume le présent de l'enfant de Hay Salam est celle qu'il adoptait, un jour, sur le plateau d'une émission littéraire sur 2M : la tête basse, un côté gauche, l'air plus simple, plus timide que la moyenne des écrivains à l'ego hypertrophié. Il était fidèle à lui-même, sans artifice intellectuel, refusant de théoriser ou de s'ériger en pourfendeur des tabous. Un peu dans la posture qu'avait, parfois, les soirs de mauvaise humeur, son idole de toujours : l'auteur du mémorable Pain nu, l'écrivain Mohamed Choukri (“Lui, c'était quelqu'un, il nous a fait comprendre, à nous les misérables, que tout était possible, que tout le monde pouvait faire ou être n'importe quoi. Parce qu'il a été le premier à raconter la réalité, la sienne, celle de tous les jours, y compris dans sa dimension sexuelle”). Clin d'œil du destin : la traduction hollandaise de L'armée du salut, attendue en septembre prochain, devra paraître chez l'éditeur hollandais… de Mohamed Choukri.

Source: Telquel

dimanche 8 juillet 2007

Le cinéma GAY !




Les films de la semaine: homosexualité à Tel Aviv et paparazzi à New York
PARIS (AFP) - 02/07/2007 16h56



Le réalisateur israélien Eytan Fox, le 25 juin 2007 à Paris



Le dernier film d'Eytan Fox sur le quotidien de la jeunesse de Tel-Aviv, le retour de Tom Di Cillo avec "Delirious", une fable sur les paparazzi, et la naissance de la CIA racontée par Robert de Niro dans "Raisons d'Etat" sont sur les écrans de cinéma cette semaine.



- "The Bubble" d'Eytan Fox (Israël, 1H57) avec Ohad Knoller, Yousef Sweid, Daniela Wircer, Alon Friedman. Ils sont jeunes, beaux, et liés par l'amitié: Noam, disquaire, Yali, gérant d'un café à la mode et Lulu, qui travaille dans une boutique de produits de beauté, partagent un appartement dans un quartier branché de Tel-Aviv. Entre rendez-vous d'un soir, rêves d'avenir et raves dans le désert, tous trois s'efforcent de mener une existence ordinaire, en dépit du conflit israélo-palestinien qui déchire la région et bouche leur horizon. Mais Noam, réserviste, tombe amoureux d'Ashraf, un jeune Palestinien. Lorsque celui-ci vient vivre à Tel-Aviv parmi ses amis juifs, il bascule dans la clandestinité, faute de permis de travail, tout en cachant son homosexualité à sa famille. Une situation intenable qui met le trio à l'épreuve. Un sujet tabou filmé par l'auteur de "Tu marcheras sur l'eau", l'Israélien Eytan Fox, un film remarqué au dernier festival de Berlin où il a remporté deux prix, dont celui du public.




Le réalisateur américain Tom Di Cillo, le 22 juin 2007 à Lyon
- "Delirious" de Tom Di Cillo avec Steve Buscemi, Michael Pitt, Alison Lohman. Les Galantine est un paparazzi new-yorkais qui vivote de ses clichés médiocres, accablé de mépris par les stars, les attachées de presse et même ses propres parents. Il rencontre un jeune SDF qui lui propose de devenir son assistant et d'apprendre les ficelles de son "art", en échange d'un lit improvisé dans un placard de l'appartement miteux du photographe. Par un concours de circonstances invraisemblables, Toby croise la route de Kharma (Alison Lohman), avatar de chanteuse pop américaine à succès, et ils tombent amoureux. Une fable drôle, à la fois cruelle et optimiste, qui a remporté deux prix au dernier Festival de San Sebastian en Espagne, celui du scénario et du meilleur réalisateur.



- "Die Hard 4: retour en enfer" de Len Wiseman (Etats-Unis, 2H20), avec Bruce Willis, Justin Long. John McClane, employé par la police de New York, est chargé de "rendre service" à ses collègues du renseignement, le FBI, en allant arrêter chez lui un ado "hacker", qui pirate des logiciels sensibles sur internet. La corvée se mue soudain en mission commando, lorsque des tueurs lourdement armés font irruption chez le jeune homme et que McClane, n'écoutant que sa conscience, le protège d'un délirant déluge de feu. Débute alors une course-poursuite effrénée, où McClane et l'ado vont tenter de déjouer les plans d'une nébuleuse terroriste décidée à saper les fondements de la société américaine en sabotant ses réseaux de communication et ses centres d'approvisionnement énergétique. Des effets spéciaux et des cascades ultra spectaculaires, mais aussi une idéologie ouvertement conservatrice voire réactionnaire, au fil d'un scénario qui stigmatise les jeunes, les femmes et les non-Américains.



- "Raisons d'Etat" de Robert de Niro (Etats-Unis, 2H47, titre original "The good shepherd") avec Matt Damon, Angelina Jolie, Robert de Niro. Brillant étudiant à l'université de Yale, Edward Wilson alias Matt Damon est recruté pendant la Seconde Guerre mondiale par l'ancêtre du renseignement américain, l'Office des services stratégiques. Il se marie alors avec une fille de sénateur, Margaret Russell et prend la direction des opérations à l'étranger de la CIA. Là, Wilson se "salit les mains", mène de violents interrogatoires, combat les régimes procommunistes sur tout le continent et orchestre le désastreux débarquement de la Baie des cochons à Cuba en 1961. Les fautes commises par la CIA dès sa création, vues par l'acteur fétiche de Martin Scorsese, dans son deuxième film en tant que réalisateur, treize ans après "Il était une fois le Bronx". Produit par Francis Ford Coppola, le film a été couronné de l'Ours d'argent de la "performance artistique exceptionnelle", décerné à ses acteurs à Berlin.



- "Je déteste les enfants des autres" d'Anne Fassio (France, 1H26), avec Elodie Bouchez, Valérie Benguigui, Lionel Abelanski. Des parents font face à des enfants à qui ils n'ont pas su inculquer le sens des limites.



- "New Délire, les aventures d'un Indien dans le show-biz" d'Eric Le Roch (France, 1H20). Un détournement de la comédie indienne Saajan Chale Sasural, réalisé en 1996 par David Dhawan. Eric Le Roch et Pascal Légitimus ont remonté le film, réécrit une histoire, supprimé le son original et réenregistré des dialogues pour donner une seconde vie à un film bollywoodien.



- "Tenacious D in The Pick of Destiny" de Liam Lynch (Etats-Unis, 1H45), avec Jack Black, Kyle Gass, Tim Robbins, Ben Stiller. Pas de chance pour le jeune JB. Il est passionné de rock'n'roll dans une famille ultra religieuse qui voit dans cette musique l'oeuvre du diable. JB part pour Hollywood chercher le secret du rock'n roll.



- "La traversée du temps" film d'animation de Mamoru Hosoda (Japon, 1H38, titre original "Toki wo kakeru shôjo"). Makoto est une jeune lycéenne comme les autres, un peu garçon manqué, peu intéressée par l'école et absolument pas concernée par le temps qui passe. Jusqu'au jour où elle reçoit un don particulier: celui de pouvoir traverser le temps. Mais influer sur le cours des choses est un don parfois bien dangereux.



* Rééditions :



- "Punishment Park" de Peter Watkins (Etats-Unis, 1h28), avec des acteurs non professionnels, pacifistes, Black Panthers, policiers. Sorti en 1970, ce film imagine l'utilisation abusive, sous la présidence de Richard Nixon en 1970, du "McCarran act", une législation d'exception autorisant le gouvernement à emprisonner toute personne "susceptible de mettre en péril la sécurité intérieure". De jeunes pacifistes et activistes de gauche, opposés à la guerre au Vietnam, sont jugés par des tribunaux spéciaux qui les condamnent soit à de lourdes peines de prison, soit à un bref séjour à "Punishment Park". Tous choisissent la seconde option, sans se douter de ce qui les attend: trois jours de course dans le désert de Californie par plus de 40 degrés, sans eau, pour atteindre un drapeau américain planté dans les montagnes à 85 km. Pour corser l'épreuve, des policiers armés et motorisées sont lancés à leurs trousses. Le Britannique Peter Watkins instruit le procès d'une Amérique paranoïaque en pleine guerre du Vietnam.



- "Mickey and Nicky" de Elaine May (Etats-Unis, 1h59), John Cassavetes, Peter Falk. Nicky apprend que la mafia a mis sa tête à prix. Il appelle Mickey qui comme toujours vient le tirer d’affaires. Mickey l’aide à surmonter sa paranoïa et propose un plan pour s’enfuir. Mais un tueur est bientôt à leurs trousses.

mardi 24 avril 2007

La biographie d'Alfred DOUGLAS



Une réhabilitation de l’amant d’Oscar Wilde ?
Lord Alfred Douglas (1870-1945) est un poète d’origine irlandaise qui est entré dans l’histoire de la littérature moins en raison de ses qualités littéraires, pourtant indéniables, que comme le sulfureux amant d’Oscar Wilde. De nombreux écrits, à commencer par « De Profundis » de Wilde, se sont acharnés à lui donner une réputation détestable, celle d’un égocentriste colérique et dépensier qui a conduit Wilde à la fin tragique que l’on sait.

L’auteur de cette biographie récente (2000) tente néanmoins de nuancer ce portrait en analysant les très nombreux échanges de correspondance, les articles de presse et bon nombre de témoignages à la lumière de la société victorienne de l’époque. Il s’attarde également sur la personnalité de Wilde dont il pointe la part de responsabilité dans sa condamnation et sa ruine : son choix d’intenter un procès contre le père d’Alfred Douglas en allant jusqu’à cacher la vérité à son avocat, puis son refus de quitter l’Angleterre avant son arrestation définitive alors que même les autorités ont délibérément attendu le départ du dernier train pour agir afin de lui permettre de s’exiler. Murray va jusqu’à interpréter les lettres de Wilde à son ami Robbie Ross dans lesquelles il se plait de l’addiction au jeu de son jeune amant, comme une façon de lui soutirer de l’argent. Alors que l’idée répandue était que Douglas a abandonné Wilde pendant qu’il purgeait sa peine de travaux forcés, l’auteur rappelle que Douglas s’est vu lui aussi contraint de s’exiler pendant quelques années en France comme de nombreux homosexuels anglais craignant une avalanche de procès suite à la condamnation de Wilde. Depuis ce pays, Douglas a d’ailleurs fortement milité pour la cause homosexuelle et la réhabilitation de son amant, notamment par des articles dans la presse française qui auront des conséquences fâcheuses pour lui encore bien des années plus tard. Enfin, Douglas a été une des rares personnes à renouer contact avec Wilde à la fin de sa vie et a d'ailleurs assuré l'organisation et le payement de son enterrement.

Même si sa relation avec l’écrivain n’aura duré que ses quelques années de jeune adulte, elle marquera profondément l’existence de Douglas, au point que sa vie se calquera en tout point sur celle de Wilde : il se marie à 32 ans se présentant ainsi hétérosexuel à l’âge où Wilde découvre son homosexualité, sera également condamné à une peine de travaux forcés pour un procès de trop, fera lui aussi une banqueroute et décédera dans la solitude et la pauvreté.

Bien que Murray s’attache à redorer quelque peu l’image de Douglas, il ne reste pas moins que certains de ses traits de caractère le rendent peu sympathique : sa conversion au catholicisme qui va le pousser à défendre pendant une partie de sa vie une morale sexuelle ultra-conservatrice et fustiger l’homosexualité et certaines avancées féministes comme le contrôle des naissances, ou encore son antisémitisme pleinement revendiqué durant la période délicate de l’entre deux guerres.

Mais ce livre n’est pas qu’une simple biographie. L’auteur rappelle aussi qu’Alfred Douglas était avant tout un poète. Il reproduit bon nombre de ses textes, dont « Two loves » cité comme pièce à conviction pendant le procès de Wilde, décortique son style, analyse l’évolution de son écriture, replace ses poèmes dans le contexte de sa vie, ce qui rend cette biographie particulièrement riche et intéressante.

Je n’ai malheureusement pas trouvé de version française de ce livre, mais vu la finesse de l’écriture, la qualité des sources, la précision des références et la multitude de reproduction de textes originaux qu’il contient, il n’est pas exclu qu’il soit un jour traduit.

samedi 17 février 2007

Le cinéma GAY ....



Le cinéma gay et lesbien est peu à peu sorti de la confidentialité pour s'imposer auprès du public. André Schäfer retrace cette évolution à l'aide d'interviews (Gus van Sant, Stephen Frears, Jean-Marc Barr...) et de nombreux extraits de films.



Dans un documentaire de 90 minutes qu'on a pu découvrir sur Arte dès 22h15 : "T'as de beaux yeux, chéri".




"Longtemps, il a semblé impossible de montrer au cinéma des gays ou des lesbiennes heureux, et encore moins de donner aux films un "happy end". Un grand nombre de films traitant de l'homosexualité ont été tournés dans les années 1980, au moment où le sida mobilisait l'attention dans les sociétés occidentales.

La vie d'un homosexuel était nécessairement vide, malheureuse, solitaire et ne pouvait que mal finir. Si le cliché n'a pas entièrement disparu des écrans, il existe pourtant un cinéma qui présente les choses différemment et a réussi à sortir de la semi-clandestinité de ses débuts, il y a une quarantaine d'années.

André Schäfer est allé en Europe, en Asie et en Amérique à la rencontre de réalisateurs et d'acteurs qui ont contribué à ce que les films gays et lesbiens soient vus par le grand public et jugés selon les mêmes critères que les autres.

Parmi les réalisateurs qui témoignent ici : l'Américain Gus van Sant (My own private Idaho), le Britannique Stephen Frears (My beautiful laundrette), les Allemands Rosa von Praunheim (Ce n'est pas l'homosexuel qui est pervers, mais le contexte dans lequel il vit) et Angelina Maccarone (Fremde Haut/Unveiled), les Français Jacques Martineau et Olivier Ducastel (Crustacés et coquillages) et l'Indien Onir (My brother Nikhil). Sans oublier des comédiens tels que Jean-Marc Barr, Ingrid Caven et Tilda Swinton. "

vendredi 2 février 2007

Lecture....



Portraits

Philippe Pignarre, 54 ans, éditeur, créateur des Empêcheurs de penser en rond. Sa maison veut miner les dogmes de la médecine par une subversion soft.
Taupe santé
Par Emmanuel PONCET
QUOTIDIEN : vendredi 2 février 2007

Dans l'édition, où beaucoup se la racontent, il fait figure de sage marginal et discret. Presque terne. Habitant de Barbès, Paris XVIIIe , il fait plus volontiers ses courses au Super U du coin qu'à Saint-Germain-des-Prés. Lecteur de Charles Péguy et d'Alexandre Dumas, il ne la ramène pas avec des théories bruyantes et flamboyantes. Hormis le restaurant, seule concession au luxe, il ignore tranquillement la vie intello-mondaine de son biotope. Le qualificatif de «passe-muraille» lui convient bien, et marche au propre comme au figuré. Débonnaire en apparence. Subversif à la longue. Falot a priori. Lancinant à l'usage. Le grand public le connaît peu. Mine de rien, il a édité 350 livres aux Empêcheurs de penser en rond, «sa» maison adossée au Seuil, «sans en regretter aucun». Toujours autour des sciences, de la santé, sa passion historique.

La famille Pignarre, dont le père conduit des locomotives et milite à la CGT, croit aux études. Chez les Pignarre, on fut longtemps journaliers, pauvres parmi les pauvres, chez Fernand Braudel. Le jeune Philippe réussit bien, comme sa soeur, aujourd'hui réalisatrice de films sous le nom d'Anais Prosaic. Produit typique de la génération 68, sans les reflets lyriques, renégats ou narcissiques du cliché, il fait pion dans un lycée d'Orléans pour payer ses études, loue un appartement avec des amis, «les étudiants n'avaient pas les mêmes problèmes d'argent qu'aujourd'hui», et milite à la Ligue communiste révolutionnaire. Plus tard, il remplace Edwy Plenel à la rubrique Ecole du journal Rouge. Le futur directeur du Monde lui donne des conseils : «Quand tu fais un article, évite de terminer par des mots d'ordre !» A ses copains de la Ligue, il ne cache pas son homosexualité, pas plus qu'il ne la porte en étendard. Ce «douloureux problème» , selon la formule consacrée à l'époque, reste susceptible de poursuites pénales. Etre pédé chez les maos est fortement déconseillé. Les trotskistes semblent plus tolérants. «Tout le monde le savait. Tout le monde s'en foutait.» Plus tard, ce discret admirateur de l'énergie d'Act Up (mais non adhérent) écrit des nouvelles érotiques pour Gai Pied (pseudo : Philippe Guerizec) et aussi des chroniques de livres d'histoire pour le Matin de Paris (pseudo : Philippe Melegent).

L'intello considère l'homosexualité comme une expérience politique singulière. Et l'éditeur s'apprête à publier une étude d'un jeune sociologue sur le sujet (Pierre Verdrager, l'Homosexualité dans tous ses états ). «L'expérience homo produit de la souffrance ET une façon de la gérer. Très vite, vers 12 ou 13 ans, on apprend à contrôler le rapport à l'espace public, ce qu'on dit ou pas.» Moins radical que les tenants du queer, théorie qui déconstruit les genres masculin et féminin, la visibilité ne constitue pas pour lui une garantie absolue d'efficacité. Plus largement, son ami sociologue Bruno Latour lui a aussi appris à «se méfier de la dénonciation» en général. Même si l'injustice semble insupportable, se hâter lentement. Prendre son temps de toute urgence. «In & out» décidément, cet historien de formation entretient un rapport prudent avec les sciences. Toutes. Foucault lui a appris pour toujours que la psychanalyse «a puisé ce qu'il y avait de pire dans le familialisme du XIXe siècle». Lui-même n'a jamais consulté. «A 55 ans, de toute façon, c'est trop tard», s'amuse-t-il.

Poliment rétif à toute emprise, même celle de l'entreprise, il considère le capitalisme comme un système sorcier. «Le risque réside moins dans le patron lui-même que dans le machin qui vous reformate, progressivement, à votre insu.» On s'étonne d'autant plus qu'il ait survécu au sein de l'industrie pharmaceutique, aux labos Delagrange vendus ensuite à Synthelabo, filiale de L'Oréal. Comme éditeur et peut-être encore plus comme directeur de la communication. Mais pour lui, être «dans l'institution» ne présente pas de problème de principe : «Foucault était bien au Collège de France.» Au début des années 80, il cesse d'être permanent de la LCR, cherche du boulot, entre comme manutentionnaire-intérimaire dans les labos pharmaceutiques Delagrange. Ses qualités de rédacteur médical sont vite repérées, son ascension fulgurante se termine au «top management» comme dir com à 15 000 euros mensuels (cinq fois moins aujourd'hui). Un patron particulièrement éclairé, Hervé Guérin, «amoureux des livres», lui permet de créer une maison d'édition indépendante au sein du groupe.

Mais, lorsque Sanofi rachète Synthelabo en 1998, l'«agent double», intello undercover dans l'industrie, se retrouve au pied du mur. «J'ai tenu un an. On m'a dit : "Soit vous faites une collection marketing, soit vous partez."» Il part après qu'un article du Canard enchaîné a relevé une phrase suspecte à caractère pédophile de l'écrivain Havelock Ellis. Elle figurait en exergue d'un ouvrage édité par les Empêcheurs. Belle occasion. Le labo trouve la collection trop dangereuse. Elle est vendue au Seuil. Et Pignarre profite de l'exfiltration pour synthétiser Synthelabo dans le Grand Secret de l'industrie pharmaceutique. Dans ce livre, comme dans les suivants, il connecte les progrès de la médecine, la production de médicaments et les symptômes qu'ils sont censés traiter. Question faussement naïve : pourquoi les dépressifs se comptent-ils soudain par millions ? Peut-être parce que le diagnostic et la prescription de Prozac ou de Zoloft sont souvent systématiques... Grosso modo, Michel Foucault expliqué aux clients de la pharmacie de quartier. Ni spécialement contre les médecins, ni farouchement contre les labos, Pignarre refuse juste la médicalisation à outrance. S'il fallait choisir un camp, ce serait celui des associations de patients et de leur expertise empirique. Là encore, l'expérience homo-intello n'est pas pour rien. «Un cas extraordinaire de démédicalisation progressive. Autrefois, on psychiatrisait les gays. Aujourd'hui, plus personne ne veut médicaliser l'homosexualité...»

Désormais, cet admirateur du théâtre d'avant-garde observe la guerre des psys. Il veut se poser en arbitre pragmatique de la guerre atomique opposant les analystes hardcore et les partisans des neuro-sciences. On le voyait comme une taupe, creusant patiemment sous les fondations en surgissant régulièrement dans le débat public. A la façon de Daniel Bensaïd, autre LCR historique. «Moins marxiste» que ce dernier, Pignarre nuance la métaphore spéléo. Il se voit comme un «jeteur de sondes», aux côtés de sa grande amie et mentor Isabelle Stengers, philosophe des sciences. «Nous n'avons pas en main la carte du territoire. Nous pouvons seulement dire avec d'autres : là, ça passe, là, ça ne passe pas, là, on peut se fracasser, là, il y a des tourbillons, là, on va s'ensabler, etc.»
Celui qui vote à gauche, PS, PCF ou LCR «selon les circonstances», cite Gilles Deleuze à l'appui : «La gauche a besoin que les gens pensent.»

photo FRED KIHN

Philippe Pignarre en 7 dates : 2 mai 1952 Naissance à Angoulême. Mai 1971 Entre à la Ligue communiste révolutionnaire. 1973 Suit les cours de Michel Foucault au Collège de France. Janvier 1983 Manutentionnaire aux laboratoires Delagrange. Mai 1990 Directeur de la communication de Synthelabo. Création des Empêcheurs de penser en rond. Septembre 2000 Rejoint le Seuil avec sa maison d'édition. Octobre 2006 Publie les Malheurs des psys (la Découverte).

mercredi 24 janvier 2007

Une bande dessinée originale....



Une vie à travers la littérature

L'autobiographie éblouissante d'une lesbienne américaine figure parmi les 50 livres sélectionnés pour le palmarès du Festival de la bande dessinée d'Angoulême.

Titre: Fun Home. Une tragicomédie familiale
Auteurs: Alison Bechdel, Corinne Julve, Lili Sztajn
Editeur: Denoël Graphic
Autres informations: 236 p. en bichromie


Ariel Herbez, Samedi 20 janvier 2007

La bande dessinée, on le sait depuis Rodolphe Töpffer, est une expression littéraire singularisée et magnifiée par le mariage du texte et de l'image. Mais il est rare qu'on se laisse emporter par la qualité incandescente d'un texte sans que le dessin soit relégué à un rôle mineur de faire-valoir, que ce soit du fait du lecteur absorbé par le verbe, ou de l'auteur dont le talent de dessinateur ne serait pas la préoccupation première.

Fun Home, autobiographie minutieuse et saisissante de l'Américaine Alison Bechdel, 47 ans, publiée en français par Denoël Graphic, fait partie de ces réussites harmonieuses, avec un texte - bulles, récitatifs, inserts - brillant et un dessin minutieux, qui refuse l'épate mais joue un rôle capital de témoignage pour la compréhension du cadre et des personnages. Le livre est à juste titre sélectionné parmi les cinquante œuvres qui entrent en lice pour le palmarès du Festival de la bande dessinée d'Angoulême, qui se tient la semaine prochaine, du 25 au 28 janvier. Et son auteure fera le voyage, pour un débat des Rencontres internationales samedi.

Publié en feuilleton l'an dernier dans Libération, le livre d'Alison Bechdel a soulevé l'enthousiasme aux Etats-Unis. Malgré son humour apparemment détaché (une forme d'autodéfense à coup sûr), il n'est pourtant pas de la pâte habituelle du best-seller. Il est tout entier traversé par la mort, celle de son père, fauché par un camion, certainement un suicide camouflé (à 44 ans, à trois jours près au même âge que l'écrivain Scott Fitzgerald, on verra l'importance de ce rapprochement, et après avoir ostensiblement laissé traîner La Mort heureuse d'Albert Camus dans la maison). Le récit entrecroise, dans une relation troublée, la révélation pour l'auteure de sa propre homosexualité (par la lecture et l'esprit plus que par la chair, note-t-elle) déjà subodorée depuis l'enfance, et la découverte tardive de l'homosexualité de son père, secrète mais sous-jacente dès le début.

De plus, Alison Bechdel, à partir des notes plus ou moins assidues de son journal, réfléchit, s'interroge, triture, pour les comprendre, sa vie et celle de sa famille (moins une famille qu'une «colonie d'artistes» autistes, décrit-elle, «nous n'avions que nos moi»). Elle ne se contente pas d'ahaner un récit en se cantonnant à l'ennui existentiel et aux broutilles du quotidien, comme c'est le cas de trop d'autobiographies dessinées, ni à une linéarité chronologique fastidieuse.

Ce travail sur elle-même lui a pris sept ans, cloîtrée, perdant tout intérêt pour autre chose, distendant ou perdant relations et amitiés: «Je l'ai fait parce que j'avais à le faire», disait-elle au Washington Post en juillet dernier. Sa famille en revanche, sa mère pas ravie et ses deux frères, n'a pas fait obstacle à l'écriture du livre ni à sa publication; elle le souligne et leur rend hommage avec cette dédicace à la fois affectueuse et un brin cynique adressée à maman, Christian et John: «On s'est bien amusés malgré tout.»

Bruce Bechdel enseigne la littérature anglaise à des élèves apathiques dans une petite ville de Pennsylvanie, mais il est aussi thanatopracteur, ayant hérité de l'entreprise funéraire familiale. C'est la Fun Home du titre, pour Funeral Home, mais aussi pour le fun, baptisée ainsi par les enfants de la famille qui y trouvent une source inépuisable de jeux et d'amusement, dans la proximité familière de la mort. Le père entretient et restaure la maison et le jardin avec une maniaquerie obsessionnelle, qui le pousse à une tyrannie domestique soft, mais pas moins insupportable. Il se préoccupe plus du bon goût et du juste ton décoratif d'une volute tarabiscotée, d'un meuble retapé ou d'un habillement que de ses enfants. Une autre façon de cacher la réalité des choses, en relation avec son refoulement, note Alison, qui découvre l'intérêt de son père pour elle ne s'éveiller qu'à l'âge où ils peuvent trouver une complicité sporadique dans leur passion commune pour la littérature.

D'ailleurs, et c'est l'aspect passionnant du livre, toute la vie de la famille est lue à l'aune de la littérature, dans des allers et retours vertigineux et des transpositions étonnantes avec les œuvres de Fitzgerald, Proust, Camus, Joyce, Wilde (et son procès pour homosexualité). «C'est en termes de fiction que mes parents m'apparaissaient les plus réels», écrit Alison Bechdel, qui fait cette confession étonnante, lorsque son père lui annonce qu'il doit aller consulter un psychiatre: «Le rapprochement soudain de ma vie terne et provinciale avec un cartoon du New Yorker [un patient sur un divan] était enivrant.»

dimanche 21 janvier 2007

Rubrique cinéma...



LES FILLES DU BOTANISTE
Dans le jardin des interdits

Valérie Lesage


Dans un pays qui a quasiment consacré le mariage gai, on oublie parfois qu’ailleurs dans le monde, l’homosexualité est non seulement taboue, mais interdite. Les Filles du botaniste, dont l’histoire se situe dans la Chine des années 80, vient nous rappeler le sort cruel réservé aux couples de même sexe à une époque encore récente.

Li Min (Mylène Jampanoï), une jeune orpheline, part étudier chez un botaniste réputé. Intimidée par cet homme froid et autoritaire, elle trouve néanmoins la douceur et le réconfort chez la fille du professeur. Obligée de partager la vie solitaire de son père, au cœur d’un jardin insulaire isolé, An se réjouit de l’arrivée de la stagiaire.

Petit à petit, les deux jeunes femmes voient leur amitié se transformer en histoire d’amour passionnée. Et elles imaginent une dangereuse solution pour ne plus se séparer.

Le scénariste et réalisateur Dai Sijie (Balzac et la petite tailleuse chinoise) s’applique à montrer la naissance de l’amour à force de petits détails, surtout à travers le regard de l’orpheline. Il le fait dans une savoureuse lenteur et en résulte une délicate sensualité, magnifiée par des images d’une grande beauté, tournées dans la campagne viêtnamienne. (Évidemment, la Chine n’aurait pas autorisé le tournage d’un film qui se trouve à dénoncer son manque d’ouverture à l’égard de l’homosexualité.)

Toutefois, le parti pris du réalisateur pour un esthétisme très soigné semble parfois devenir un piège. Comme si, en voulant faire beau, il oubliait parfois de faire vrai. Comme si l’émotion parvenait mal à traverser le vernis des images.

Ici et là, on se dira que ça frôle la mièvrerie. Par contre, il faut bien se rappeler que cette histoire, c’est le premier amour de deux jeunes filles qui ont tout à découvrir et qui n’ont jamais eu sur elles de regards aussi caressants.

On se dira aussi que les personnages du botaniste et de son fils sont montrés sous des dehors un peu simplistes et qu’il aurait mieux valu leur donner un peu plus de profondeur.

Cela dit, Les Filles du botaniste parvient à vraiment toucher dans ses derniers instants. Et en dépit de certaines maladresses, le film est quand même intéressant.

mardi 2 janvier 2007

Inédits sur l'homosexualité....

Cette rubrique propose des documents inédits sur l'homosexualité maghrébine.Elle sera enrichie de nouveaux textes régulierement.
Kelma

L'érotique du beur, de Gide à Kelma
L'érotique du beur, de l'Arabe, du musulman, du Sarrazin musclé, a de tout temps titillé le cortex de l'occidental judéo-chrétien. André Gide ou Henri de Montherlant sont à cet égard, deux figures emblématiques de cette fascination homo? érotique pour les corps .


L'Islam est-il Homophobe ? : D'abord, il y a eu l'affaire du Queen Boat et la condamnation à grand spectacle de 23 homosexuels égyptiens. Puis vint la mort par décapitation de trois homos en Arabie Saoudite. De quoi alimenter les pires préjugés sur l'Islam. Mais la troisième grande religion monothéiste est-elle vraiment homophobe ?

Les corps ouverts
Le récit d'un jeune beur de banlieue, errant de rencontres en lieux de dragues...
Tout sur le 1er film de Sebastien Lifshitz: interview avec Kelma, critiques du film et propos du comédien Yasmine Belmadi.

Rachid O :"Chocolat Chaud", c'est l'initiation d'un jeune marocain qui grandit avec la tête pleine de rêves et d'images de la France.
C'est aussi le troisième roman de Rachid O., ensoleillé de joie de vivre, de doutes, de simplicité et d'une langue qui caresse le plus beau sens du mot naïf.

Homophobie et Hip Hop : Dans le monde hypermasculin et souvent homophobe du hip hop, les gais qui en font partie, vivent un dilemme, déchirés qu'ils sont entre l'expression de leur sexualité au grand jour et le style de vie qui va avec la musique qu'ils aiment.

Karim Nasseri: Chronique d'un enfant du hammam Karim Nasser Chassé du hammam des femmes, je me suis pas rué au hammam des hommes. Dans chaque regard, je ne pouvais m'empêcher de déceler une menace. De penser à mon père. Ou au fquih. Je ne voulais pas qu'ils anéantissent ce qui restait de mon enfance. Je n'arriverai jamais à me libérer de cette violence. Elle hante mes jours et mes nuits. C'est comme ça. Il faut vivre avec, jusq'au dernier souffle

Abdelhank Sehran : L'amour au maroc
Kelma vous propose la transcription de l'interview d'Abdelhak Serhane, réalisée par la réalisatrice Yamina Benguigui pour son documentaine "Le jardin parfumé"

Vous avez été nombreux à nous écrire pour témoigner votre émotion à la lecture du roman d'Eyet Djaziri
Un poisson sur la balançoire.Avec l'accord de l'auteur, voici de nouveaux chapitres de ce merveilleux roman autobiographique, l'histoire de Sofiene, un adolescent de Tunis à la découverte de la sensualité et de l'amour.

Une promesse de douleur et de sang.
La suite d'Un poisson sur la balançoire.

Le journal de Sofiene :
le roman d'Eyet-Chekib Djaziri, "Un poisson sur la balançoire" a été élaboré à partir du journal intime qu'il tenait pendant son adolescence.

Autres documents

Interview de malek
Anthropologue et spécialiste de l'Islam, Malek Chebel a consacré plusieurs ouvrages au corps, à la sexualité et à l'homosexualité dans l'Islam. Il est, depuis des années, un des plus actifs partisans d'une interprétation du Coran qui tienne compte de l'évolution du monde.

Interview sur Kelma-BBB dans la presse gay de Province.
Chaude ambiance aux Folies Pigalle lors des nombreuses soirées Black Blanc Beur. Métissage et rencontres insolites, entre ceux qui aujourd'hui encore ne peuvent vivre leurs désirs au grand jour, dans la froideur violente et rigide des tours de leurs quartiers. Rencontre aussi avec Fouad Zeraoui, le président de Kelma, l'association parisienne des beurs gays pour se comprendre davantage, supprimer quelques blocages et briser la glace.

Interview : Karim Malki, responsable de Kelmaghreb
sponsable de Kelmaghreb, le site du premier magazine gay maghrébin on line, Karim parle de la situation des homos dans les pays du Maghreb.

Interview : Brian Brennan porno homo latino
Brian Brennan, la cinquantaine, est l'inconnu illustre qui bouleverse le petit monde du porno gay américain depuis plus de dix ans. Tout chez lui est atypique: son amour des hétérosexuels, sa passion des Latins, le réalisme foncier de ses productions et la bonne humeur manifeste de ses films. Aux antipodes du très conventionnel milieu du X américain, le travail de Brian Brennan est foncièrement cru, naturel et métisse.

Interview :Enrique Cruz
Enrique Cruz était l’invité d’un BBB Spécial Latino Boyz 2. Il est venu avec ses modèles qui ont accompli un show hip hop very hot. .

Interview : Fouad, responsable de Kelma
Depuis sa création en janvier 97, Kelma a pour tâche essentielle d'essayer de rompre l'isolement des beurs gays et d'œuvrer pour davantage de visibilité, tout d'abord dans le milieu homo où règne un certain sectarisme (le coming-out étant impossible au-delà, en raison de l'attachement important des beurs à leurs familles et à leur culture d'origine.)

Interview : Malek Boutih: L'homophobie en banlieue
Président de sos racisme.


Interview : Jean Noel René Clair
Kelma a rencontré le réalisateur de films gays JNRC. STUDIO BEUR, sa livraison récente est déjà
un best seller vendu à plus de mille exemplaires en moins de trois mois. Nous l’avons interrogé
sur la place des beurs dans la production gay et sur la difficulté de leur représentation à l’image.


Interview : Les gays en turquie
"les homosexuels représentent une minorité à part entière en Turquie"


Interview : Rachide O
RACHID O : Rencontre avec Rachid O à la Librairie " les Mots à la Bouche "
Rachid O présente son troisième ouvrage, "Chocolat chaud".C'est la première fois qu'il rencontre ses lecteurs.
Découvrez l'intégralité de cet l'interview .

Interview : Yousry Nasrallah
Kelma a rencontré la veille de son retour au Caire le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah.
La quarantaine, ancien assistant de Youssef Chahine (Adieu Bonaparte, Alexandrie encore et toujours),
réalisateur de deux films très remarqués et audacieux (Vols d’été, Mercédès), il vient de
terminer à Paris son nouveau film avec comme personnage principal Bassem (acteur chez
Chahine), beau jeune homme touchant de simplicité, son compagnon dans la vie.


Tiger tyson

Jonelle est né à Brooklyn d’un père portoricain et d’une mère black. Sa carrière a démarré il y a 3 ans. Depuis il est devenu la star du x Tiger Tyson. Dans "Tiger’s Brooklyn Tails" il tient le role d’un jeune de banlieue qui passe sa vie dans la rue et rencontre d’autres racailles avec lesquels il s’envoie en l’air. Une découverte Kelma