mardi 24 avril 2007

La biographie d'Alfred DOUGLAS



Une réhabilitation de l’amant d’Oscar Wilde ?
Lord Alfred Douglas (1870-1945) est un poète d’origine irlandaise qui est entré dans l’histoire de la littérature moins en raison de ses qualités littéraires, pourtant indéniables, que comme le sulfureux amant d’Oscar Wilde. De nombreux écrits, à commencer par « De Profundis » de Wilde, se sont acharnés à lui donner une réputation détestable, celle d’un égocentriste colérique et dépensier qui a conduit Wilde à la fin tragique que l’on sait.

L’auteur de cette biographie récente (2000) tente néanmoins de nuancer ce portrait en analysant les très nombreux échanges de correspondance, les articles de presse et bon nombre de témoignages à la lumière de la société victorienne de l’époque. Il s’attarde également sur la personnalité de Wilde dont il pointe la part de responsabilité dans sa condamnation et sa ruine : son choix d’intenter un procès contre le père d’Alfred Douglas en allant jusqu’à cacher la vérité à son avocat, puis son refus de quitter l’Angleterre avant son arrestation définitive alors que même les autorités ont délibérément attendu le départ du dernier train pour agir afin de lui permettre de s’exiler. Murray va jusqu’à interpréter les lettres de Wilde à son ami Robbie Ross dans lesquelles il se plait de l’addiction au jeu de son jeune amant, comme une façon de lui soutirer de l’argent. Alors que l’idée répandue était que Douglas a abandonné Wilde pendant qu’il purgeait sa peine de travaux forcés, l’auteur rappelle que Douglas s’est vu lui aussi contraint de s’exiler pendant quelques années en France comme de nombreux homosexuels anglais craignant une avalanche de procès suite à la condamnation de Wilde. Depuis ce pays, Douglas a d’ailleurs fortement milité pour la cause homosexuelle et la réhabilitation de son amant, notamment par des articles dans la presse française qui auront des conséquences fâcheuses pour lui encore bien des années plus tard. Enfin, Douglas a été une des rares personnes à renouer contact avec Wilde à la fin de sa vie et a d'ailleurs assuré l'organisation et le payement de son enterrement.

Même si sa relation avec l’écrivain n’aura duré que ses quelques années de jeune adulte, elle marquera profondément l’existence de Douglas, au point que sa vie se calquera en tout point sur celle de Wilde : il se marie à 32 ans se présentant ainsi hétérosexuel à l’âge où Wilde découvre son homosexualité, sera également condamné à une peine de travaux forcés pour un procès de trop, fera lui aussi une banqueroute et décédera dans la solitude et la pauvreté.

Bien que Murray s’attache à redorer quelque peu l’image de Douglas, il ne reste pas moins que certains de ses traits de caractère le rendent peu sympathique : sa conversion au catholicisme qui va le pousser à défendre pendant une partie de sa vie une morale sexuelle ultra-conservatrice et fustiger l’homosexualité et certaines avancées féministes comme le contrôle des naissances, ou encore son antisémitisme pleinement revendiqué durant la période délicate de l’entre deux guerres.

Mais ce livre n’est pas qu’une simple biographie. L’auteur rappelle aussi qu’Alfred Douglas était avant tout un poète. Il reproduit bon nombre de ses textes, dont « Two loves » cité comme pièce à conviction pendant le procès de Wilde, décortique son style, analyse l’évolution de son écriture, replace ses poèmes dans le contexte de sa vie, ce qui rend cette biographie particulièrement riche et intéressante.

Je n’ai malheureusement pas trouvé de version française de ce livre, mais vu la finesse de l’écriture, la qualité des sources, la précision des références et la multitude de reproduction de textes originaux qu’il contient, il n’est pas exclu qu’il soit un jour traduit.

mercredi 4 avril 2007

La haine d'un chanteur....




PdB : Capleton ou comment brûler les Pédés et les Gouines sur un air de Reggae
par Tourterelle des bois


« Capleton », tête d’affiche de la Soirée Reggae Samedi 20 Avril au « Printemps de Bourges », vous connaissez ? Sur le beau tempo du Reggae, Capleton diffuse des idées simples dans un anglais matiné des îles jamaïcaines : « Brûlons les Pédés et les Gouines !!! ». Choquant ? Oui...mais noyé sous la basse omniprésente et diffusé en anglais dans un brouillard de fumée de marijuana, ça passe mieux. Et puis, le Reggae, selon la pensée dominante, est une musique engagée pour la Liberté des peuples tout en dénonçant les opprimés du Sud, victimes des salauds de capitalistes.
Seulement voilà : du temps à passé depuis les révoltes légitimes des premiers Reggaemen tout comme les premiers rappeurs et slameurs du Bronx... Les Labels surpuissants du spectacle (Universal, etc...) ont récupéré ces musiques... rabaissées au statut de biens de consommation ô combien rassurants. Là se loge le pire visage du système lamentable du spectacle dont le PDB est l’un des plus symboles de la France : on chante ensemble : « Sarkosy, salaud ! », « Liberté pour les peuples d’Afrique ! »... On conchie tous les systèmes (« Vive l’Anarchie ») avec la plupart des artistes qui, non seulement, engraissent le système qu’ils dénoncent mais en plus, permettent à ce système de perdurer. Procédure simple : après avoir bien fumé des joints, bien chanté en coeur, bien gueulé, après avoir versé une petite larme pour l’Afrique qui meurt...le spectateur repart revigoré mais aussi bien calmé pour retourner dès le lendemain à son train-train quotidien. Cela s’appelle communément la « Récupération » et cela assure la Cohésion et la Stabilité du système libéral. Seulement là, avec « Capleton », c’est plus vraiment la même chose. C’est le web du journal « L’Humanité » qui a le premier révélé cette lamentable « affaire » (Laurent Mouloud : http://www.humanite.fr/) sous le titre explicite : « Homophobie Capleton, le reggaeman qui veut « brûler les pédés ».

Pour le PDB : Tout va bien du moment qu’on fait des affaires...Ainsi donc, tout va bien pour les affaires : "Capleton" interdit de séjour de tous les festivals de France pour grave homophobie....est maintenu pour la programmation du "Printemps de Bourges" lors de la soirée Reggae du vendredi 20 avril prochain. On l’a suffisamment démontré : Tout est bon pour faire du pognon et le PDB n’hésite devant rien...mais le plus étonnant, c’est que l’association la plus en pointe sur la lutte contre l’homophobie (rappelons son festival homo à Maison de la Culture de Bourges) demeure muette sur ce sujet et continue même a rester associer à ce festival... Mais plutôt que de se lamenter sur cette nouvelle preuve de la surpuissance écrasante du PDB sur notre ville, examinons calmement les faits, histoire d’essayer de réveiller les consciences de notre bonne vielle ville.
Comme le souligne Laurent Mouloud de « L’Humanité », un paquet d’associations gays ont dénoncé les programmations de ce chanteur homophobe : « Reims, Lille, Toulouse, Clermont-Ferrand, Saint-Brieuc, Reignier... La Haute autorité de lutte contre les discriminations (HALDE), les ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’époque avaient été sensibilisés à ce scandale qui consiste à manipuler les jeunes spectateurs : « La plupart des personnes qui l’ont déjà vu en France viennent pour la musique mais ne comprennent pas les paroles. Ils ne savent pas ce qu’il cautionne... », explique Hussein Bourgi, membre du Collectif contre l’homophobie de Montpellier. Bref, les unes après les autres, les salles de concerts renoncèrent à accueillir Capleton » et en 2004, ces mêmes assos avaient inondé de mails toutes les structures programmatrices de musique ! On a donc du mal à imaginer que la Direction de programmation du PDB n’ait pas été mise au courant !!!!! Pire, après tous ces efforts, on était en droit de penser que c’en était fini de souiller le sublime Reggae par des paroles appelant à « brûler les Pédés et les Gouines »...Mais on n’avait pas compté sur l’appétit de pognon toujours supérieur aux idées, quand il s’agit de concocter une soirée juteuse du PDB...

« Tous les pédés et les sodomites doivent être tués »Comment cette forme de musique née à la Jamaïque et issue de la révolte contre la colonisation et le néo-colonialisme a-t-elle pu accoucher de tels chanteurs ? Mouloud livre un excellent historique de ce retournement absurde de situation : « Clifton George Bailey, alias Capleton, âgé de trente-huit ans, a toujours fait preuve d’une certaine constance dans sa haine des homosexuels. « Brûlez les pédés, saignez les pédés », « Tous les pédés et les sodomites doivent être tués », « Enchaînez-les et pendez-les vivants ». Les paroles, scandées en patois, sont sans équivoques et s’inscrivent dans cette mouvance de chanteurs jamaïcains qui prônent, depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, le retour à l’idéologie la plus radicale du « Rastafarisme », la religion des reggaemen jamaïcains dont beaucoup considèrent l’homosexualité comme une déviance. Dans un contexte où l’État jamaïcain a élevé l’homosexualité au rang de délit, des chanteurs comme Capleton, mais aussi Sizzla ou Elephant Man ont fait de l’incitation au meurtre des gays leur fonds de commerce. » Et de conclure en nous livrant les témoignages terrifiants d’Hussein Bouji et d’Alain Piriou, président de l’Inter-LGBT (Interassociative lesbienne, gay, bi et trans) : « Depuis environ quatre ans, le discours homophobe n’est plus, là-bas, seulement ornemental mais vraiment constitutif d’une certaine identité. » et en outre : « En juin 2004, un homosexuel jamaïcain a été littéralement lynché à la sortie d’un de ces concerts de reggae intégriste. « Ses assassins ont juste mis en pratique ce qu’ils avaient entendu quelques minutes auparavant ». Ces simples témoignages doivent absolument mobiliser les berruyers pour éviter la venue de Capleton au Printemps de Bourges !!

Piètre attitude de la Société du Spectacle : Comme d’habitude, en matière de dérapages, la société de spectacle, toujours avide de profits, s’emploie à minimiser ce genre d’affaires. Sans revenir sur la triste histoire de la promotion à Bourges d’un écrivain anti-sémite dénoncé par Didier Daeninckx (la programmation de cet écrivain à la Maison de la Culture fut malgré tout maintenue par les alternatifs de Bourges...), il n’est pas inutile de rappeler tous les soutiens de Capleton qui usent de toutes les ruses pour minimiser des propos homophobes (et dans le cas de Capleton, y’a du boulot !). Comme le signale encore Mouloud : La FNAC continua de vendre les billets de Capleton, mais promit de ne plus faire de publicité.... Et malgré une lettre de protestation de Bertrand Delanoë, le célèbre Maire de Paris concerné au premier chef, le patron du Zénith de Paris fit de la résistance en refusant dans un premier temps d’annuler le concert...avant de finalement faire plaisir à son ami le maire de Paris en supprimant purement et simplement Capleton de l’affiche.

Si l’on considère que le Patron du Printemps de Bourges est aussi le Patron du Zénith de Paris, une question se pose : fort de son ancienne expérience avec Capleton, annulera-t-il une nouvelle fois ce lamentable concert prévu le samedi 20 Avril prochain ? On peut l’espérer...mais le Maire de Bourges n’est pas le Maire de Paris qui, on le sait, se sent extrêmement concerné par les propos homophobes (jusqu’à preuve du contraire, il n’a jamais fait mystère de son homosexualité et ce, jusque dans les médias). De lamentables rumeurs sur le maire de Bourges ressortant de la même thématique ont empoisonné la ville durant de nombreux mois. On peut donc penser que ces bruits de chiotte (diffusés largement par son ancienne mouvance politique) l’inciteront à avoir la même détermination que son glorieux homologue de la Capitale de France !

mercredi 21 mars 2007

Un texte à méditer....



Votre vie est pleine de combats et d'effort.
Chaque jour, même si vous ne vous en rendez pas compte, vous
vous rapprochez de vos objectifs.

Mais attention! Vous pouvez avoir un ennemi capable de
détruire sans pitié TOUT ce que vous avez construit avec tant de
travail.

Je veux parler du ressentiment.
Le ressentiment, c'est comme boire soi-même un poison pour
essayer d'empoisonner l'autre.




Au moment où la douleur la plus vive s'estompe, la rancoeur
s'installe. Elle s'envenime, comme une plaie ouverte qui ne veut
pas guérir.

Le ressentiment est un monstre. Il peut avoir les proportions
que vous lui donnez: vous pouvez l'alimenter de vos pensées et
de votre auto-compassion. Plus il se développe, plus votre vie
en est affectée.

L'énergie que vous investissez dans ce fantôme de votre
esprit, est la même que celle que vous pourriez
utiliser pour réaliser vos rêves et vivre la vie pleine et
entière que vous méritez.

Celui qui ne pardonne pas s'isole de plus en plus, sa rancoeur
l'empêche de goûter pleinement les fruits de la vie.

Avec le rancoeur, tout devient négatif, comme embrumé par le
tourment de l'amertume.

Est-ce celui qui souffre de rancoeur qui mérite le plus notre
admiration? Ne serait-ce pas plutôt CELUI QUI PARDONNE?

Tout ce qu'obtient celui qui se venge, c'est de fixer à
jamais sa douleur dans son subconscient.

La meilleure vengeance, c'est de "laisser tomber", de
poursuivre sa route, de se débarrasser du poids de la rancune
et de continuer à se construire au lieu de se laisser détruire.

Le pardon est un cadeau que vous vous faites à vous-même.


C'est un cadeau de paix, un soulagement. C'est la décision de
regarder la lumière au lieu de l'obscurité, de vous diriger vers
cette lumière, vers le meilleur de vous et de votre vie.

Ne pardonnez pas pour que l'autre change. Acceptez le fait
qu'il ne sera jamais comme vous le souhaitez et cela ne dépend
pas de vous.



Vous avez donné à un autre le pouvoir de vous rendre
malheureux. REPRENEZ-LUI CE POUVOIR.

Pardonnez, et votre immense capacité de construire votre
propre tranquillité intérieure vous reviendra.

Et ça c'est bon pour toutes les religions

samedi 17 mars 2007

Le Forum mondial de Nairobi...



Coming out africain
Fin janvier, le Forum social mondial de Nairobi a pour la première fois réservé une place importante au combat des mouvements LGBT africains. Rencontre avec un militant congolais exilé au Kenya.
mars 2007

Destiné à offrir une plateforme de dialogue et de rencontre aux militants, mouvements sociaux et coalitions des cinq continents, le Forum social mondial s’est tenu, pour la première fois depuis sa création, en Afrique, à Nairobi (Kenya). Visant à remettre l’être humain au centre des préoccupations internationales et offrir une alternative concrète et durable aux dynamiques colonialistes, néo-libérales et capitalistes, le Forum s’articule autour de principes tels que justice sociale, solidarité internationale, égalité entre femmes et hommes, la paix et l’environnement.

Cela dit, ce 7e Forum a aussi été le premier coming-out de l’Afrique, où les minorités sexuelles sont souvent perçues comme perverses, dangereuses, amorales voire démoniaques. Parmi plus de 1300 conférences, ateliers et débats concernant une multitude de sujets génériques (éducation, pauvreté, religion, conflits armés, société civile ou encore droits humains), une cinquantaine ont abordé des questions spécifiquement LGBT (égalité, genre, prostitution, HIV, droit à la différence, aspects juridiques etc.) De surcroît, une tente d’accueil intitulée «Q-Spot» (pour «Queer Spot») servait d’espace de rencontre, d’échange et de dialogue pour les participants désirant s’informer ou découvrir l’univers LGBT. Ils y étaient accueillis par Luzau Basambambo, un journaliste de 37 ans, qui a dû fuir son pays, la République démocratique du Congo, à cause de ses activités politiques et de ses préférences sexuelles. D’abord vers l’Ouganda, où il est incarcéré et torturé à plusieurs reprises et perd son statut de réfugié sans possibilité de faire appel, puis il s’exile au Kenya en 2006, où il écrit et milite actuellement pour les droits LGBT.

Que représente pour toi ce premier Forum africain?

C’est avant tout la convergence de différents groupes LGBT permettant la reconnaissance et la revendication des droits des minorités sexuelles. C’est la première fois qu’il y a une telle visibilité au Kenya et en Afrique, c’est du jamais vu. Ca nous a permis de nous rencontrer et de montrer que l’on existe.

Comment vit-on son homosexualité lorsqu’on est africain?
L’homophobie est omniprésente en Afrique, de la police au gouvernement, en passant par nos voisins. De ce fait l’homosexualité est stigmatisée, les activistes sont ignorés et marginalisés, voire abusés. Les autorités nient l’existence des communautés LGBT et par conséquent les sévices auxquels elles sont soumises. Au sein de la population, la discrimination est ouvertement justifiée et encouragée au nom de la moralité, de la religion ou de l’idéologie.

Qu’en est-il de ton activisme?
Les droits humains doivent être universels et indivisibles. Par conséquent, on ne peut pas avoir une approche sélective, défendre des thèmes «sexy», tels que les enfants ou les femmes, et complètement laisser de côté les droits LGBT. Je me bats donc pour éviter l’exclusion et promouvoir nos prérogatives afin qu’un autre monde soit possible à l’avenir.

mercredi 14 mars 2007



Les quartiers gays aux États-Unis menacés de perdre leur identité?
Lisa Leff

Associated Press

San Francisco

Les quartiers gays aux États-Unis risquent-ils de disparaître? Ces enclaves, même branchées, semblent en tout cas menacées d'une crise identitaire alors que l'acceptation de l'homosexualité progresse dans la société américaine.

À San Francisco, le quartier Castro est connu depuis longtemps comme un bastion homosexuel. Mais pour Brian Basinger, une figure de cette communauté, il risque de se transformer en musée ou pire, un lieu où les gays pourraient un jour ne plus se sentir chez eux.

Pendant plus de 30 ans, la plupart des grandes villes aux États-Unis ont eu des lieux réputés fréquentés par les homosexuels, comme West Village et Chelsea à New York, Dupont Circle à Washington et South End à Boston.

Mais alors que les homosexuels ont gagné des droits et, globalement, une plus grande acceptation sociale, les militants de la cause gay estiment que ces quartiers risquent de perdre leur identité. «Certains disent: «nous n'avons plus besoin de Castro car San Francisco est devenu notre Castro'«, explique Don Romesburg, du Club démocratique des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels.



Don Reuter, un écrivain de New York qui mène des recherches sur l'essor et le déclin de quartiers gays dans le pays, observe la même tendance à La Nouvelle-Orléans, Philadelphie et Seattle. Il évoque un processus de «Disneylandisation» avec l'installation de grandes enseignes commerciales dans des lieux désormais «débarrassés de toute référence au sexe».

«Qu'est-ce qui rend ces quartiers gays? Pas grand-chose», souligne M. Reuter, qui prédit qu'en dehors de New York, San Francisco et quelques autres grandes villes, les quartiers gays vont disparaître.

Au début des années 70, une autre atmosphère régnait dans les «ghettos gays». Des hommes qui avaient caché leur homosexualité à leur entourage pouvaient y mener une vie ouvertement gay pour la première fois. Le climat a été assombri par l'arrivée du SIDÀ dans les années 80.

Aujourd'hui, la peur du SIDÀ a reculé et les quartiers gays sont devenus des lieux attractifs pour les promoteurs immobiliers cherchant à convaincre les familles de revenir dans les centre-villes. Signes d'un changement à Castro, un hôtel a installé des grilles de sécurité l'an dernier pour éviter que son terrain ne devienne un lieu de rencontre gay et deux petits commerces locaux installés de longue date ont été remplacés par des succursales de grandes enseignes commerciales.

Plusieurs organisations à but non lucratif ont également déménagé à cause de la hausse des loyers tandis que 500 nouveaux appartements sont prévus dans la zone, dont la moitié à vocation familiale. Mais Castro n'est pas encore envahi par les hétérosexuels.

Après la station balnéaire de Provincetown (Massachusetts), ce quartier compte la plus forte concentration de couples du même sexe aux États-Unis, selon des estimations de 2005 du bureau du recensement. Et San Francisco arrive en tête des grandes villes américaines avec un taux de résidants homosexuels qui atteint 15% de sa population.

Certains militants soulignent que les quartiers homosexuels risquent de perdre de leur spécificité à l'avenir, comme c'est déjà le cas dans certaines localités. Dans le quartier Midtown d'Atlanta, les discothèques gays ont ainsi récemment laissé la place à des appartements.

Autre tendance, entre 2000 et 2005, les dix États qui ont enregistré la plus forte progression en pourcentage des couples gays sont tous dans le Midwest, souligne Gary Gates, un démographe. «Il y a trente ans, si je vivais dans le Midwest et que j'étais gay, j'aurais pensé aller à San Francisco ou New York», dit-il. «Aujourd'hui, une personne peut aller à Kansas City et trouver une communauté gay relativement active et ouverte.»

samedi 24 février 2007

Vieillir et voir la vie en rose !




Vieillir et voir la vie en rosePar : Denis-Daniel Boullé [20-02-2007]


Vieillir et voir la vie en rose


La vieillesse serait-elle un tabou dans nos communautés ? Et pourtant, à l'image de nos sociétés qui ne parlent que de jeunesse, de beauté et de santé, les gais vieillissent et ne souhaitent pas forcément redevenir invisibles, absents, ou retourner dans le placard. Peu d'études à ce jour ont tracé le portrait de nos aînés. Pas d'enquêtes fouillées pour savoir quelles sont leurs aspirations et leurs inquiétudes face au défi de l'âge avançant. Et cela ne se limite pas seulement au fait de ne plus «pogner» dans les bars, ou encore de multiplier les artifices pour cacher les marques du temps. Comme le soulignait un de nos répondants, «notre vieillesse sera à l'image de ce que nous avons été», entendre que notre caractère, nos expériences heureuses et malheureuses, auront eu une incidence sur la façon dont nous aborderons la vieillesse.

En cela, nous ne sommes pas si différents des hétéros. Sauf que nous devons composer, tout comme eux, avec une perception générale du vieillissement dans nos sociétés qui tend à nous effacer : on peut prendre pour exemple le combat de Janette Bertrand pour que les aîné(e)s soient plus présents dans les médias et surtout à la télévision, auquel s'ajoute pour les gais la peur de se retrouver seuls et confrontés à des institutions qui ne tiendraient pas compte de leur chemin de vie. Après avoir lutté pendant des années pour occuper l'espace public, sommes-nous condamnés à redevenir invisibles?

Une inquiétude partagée par la Fondation Émergence et son président, Laurent McCutcheon, qui en novembre 2005 organisait une première rencontre intitulée Les rendez-vous du futur, dont le thème était une réflexion sur la condition homosexuelle et le vieillissement. Beaucoup de questions et de thématiques à explorer ici. «Nous arrivons avec une nouvelle génération de gais âgés qui ont passé la plus grande partie de leur vie en dehors du placard et qui ne sont pas prêts à y retourner en raison de leur âge. Ils se posent donc des questions sur leur fin de vie et se demandent si les services seront adaptés à leur réalité, rappelle Laurent McCutcheon. Si l'on regarde du côté du Ministère de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, par le biais du Conseil des aînés et du Secrétariat des Aînés ou encore du côté de l'Alliance des associations de retraités et d'aînés du Québec, nous sommes complètement absents, invisibles.»

Encore faut-il connaître les spécificités qui distinguent le vieillissement gai du vieillissement hétéro. Une première recherche dirigée par Shari Brotman et Bill Ryan de l'École de service social de l'université McGill à brosser à gros traits les préoccupations d'aînés gais à travers le Canada. Dans ce paysage, les intervenants sociaux ont été mis à contribution et, même si l'étude mériterait d'être affinée, le constat est simple : l'homosexualité n'existe plus dès qu'on atteint le 3e âge. Les médecins, ni les intervenants auprès des personnes à domiciles ou dans des institutions, ni le personnel en général qui œuvre auprès des personnes âgées ne considèrent pas l'homosexualité comme une de leurs préoccupations. À la limite, ils ne savent même pas qu'ils ont affaire à une lesbienne ou à un gai. Mais, comme le souligne Bill Ryan, «nous avons choisi pour les entrevues des gais et des lesbiennes de plus de 65 ans, rencontré des hommes et des femmes dont la grande majorité n'étaient généralement jamais sortis du placard. Certains n'utilisaient pas les mots «gai» ou «homosexuel». Ils préféraient utiliser des expressions comme : «quand on est comme cela». Ils n'avaient pas vécu la libération des dernières décennies, donc, naturellement, ils avaient tendance à effacer cette partie d'eux-mêmes quand ils demandaient ou recevaient des services.» On peut comprendre alors que la question homosexuelle ne se soit jamais posée pour ceux et celles qui travaillent auprès des aînés, puisque les gais eux-mêmes se rendent invisibles.

«Quand, à partir de cette recherche, nous faisons des séances d'information et de formation sur ces réalités auprès des professionnels, c'est généralement une surprise. Il y parfois un déni, comme si l'homosexualité n'existait plus une fois qu'on avait dépassé 70 ans. Les intervenants découvrent alors la vulnérabilité plus grande que peuvent vivre des gais et des lesbiennes âgés.»

Ne pas oser dire que l'on est gai, se retrouver seul parmi d'autres personnes âgées hétéros avec qui on ne peut partager les mêmes expériences et le même vécu, assumer devant les autres l’absence d’une famille, ou encore que la visite ne soit constituée que d'amis et d'amies : autant de petites contraintes qui peuvent au quotidien affecter la qualité de vie des aînés gais.

«Je ne pense pas qu'il y ait une seule solution pour tout monde», constate Laurent McCutcheon. «Il faut tenir compte du parcours de vie de chacun : des gais ont été mariés et ont eu des enfants; la situation matérielle et financière a son incidence sur la façon d'organiser sa retraite ; le degré d'assumation sera aussi un facteur important quant aux choix futurs de ce qu'on est prêt à accepter ou pas.» De plus, il faut aussi tenir compte de l'évolution de la société, qui, selon le président de la Fondation Émergence, est beaucoup plus ouverte. Il faut donc adapter la réflexion aux gais qui auront vécu leur homosexualité sur des modes différents mais aussi au contexte social plus accueillant à l'égard de ces réalités.

«De plus en plus, le réseau des services sociaux et des services de santé veut s'adapter», constate Bill Ryan lorsqu'il rencontre les intervenants. «Curieusement, c'est en région où l'on semble le plus ouvert à cette problématique, alors qu'à Montréal, il semble que l'on soit moins intéressé.» Mais le constat est tout de même optimiste. On serait prêt aujourd'hui à lever le tabou sur le vieillir gai et à apporter des pistes de solutions. Que ce soit pour Laurent McCutcheon ou pour Bill Ryan, le momentum est bon. «Nous devons aujourd'hui porter le même intérêt aux aînés gais que nous l'avons fait, il y a quelques années, avec les jeunes gais. Ce sont les deux extrémités d'un même continuum qui méritent toute notre attention», conclut Bill Ryan. «C'est la génération des baby-boomers qui fait face aujourd'hui au vieillissement, et donc il y a une grande proportion de gais et de lesbiennes qui ne sont pas prêts à renoncer à toutes les avancées qu'ils et elles ont vécu individuellement et collectivement», de rappeler Laurent McCutcheon.

Entre les plus vieux qui vivent leur vieillesse en faisant le deuil de leur orientation sexuelle et les générations suivantes peu enclines à taire cette partie d'eux-mêmes, il y a un monde, une transition à faire.

Et c'est peut-être auprès de ceux qui ne sont pas loin de l'âge de la retraite que l'on peut mieux cerner les enjeux, les inquiétudes mais aussi les espoirs du vieillissement gai. Gérald Julien est responsable à Séro Zéro d'un atelier qui s'adresse aux hommes de 45 ans et plus. Mon nouvel âge, le nom de cet atelier, est un groupe de discussions de 8 à 9 personnes pour des sessions hebdomadaires de six semaines. «Les raisons qui poussent des hommes à venir à cet atelier sont très variées. Certains souffrent de solitude sociale parce qu'ils ne se reconnaissent plus dans le Village, d'autres sont des gais qui viennent juste de sortir du placard ou sont de nouveaux divorcés, et tous les sujets sont abordés, aussi bien la vie sociale que la vie sexuelle», explique Gérald Julien. Les inquiétudes concernant le vieillissement tournent autour de l'isolement. Qui va prendre soin de moi ? Est-ce que je vais vieillir tout seul ? Est-ce que, lorsque j'aurai besoin de services, je trouverai des personnes respectueuses de ce que je suis ? L'approche du vieillissement semble marquée du sceau de la solitude à venir. «D'autant que, pour beaucoup d'entre eux, la communauté gaie ne semble pas inclusive et participerait sans le vouloir à l’exclusion des anciens et au jeunisme», ajoute Gérald Julien. «Ils regrettent le fossé générationnel, même s'ils sont conscients que la compagnie de plus jeunes a aussi des limites. Ils ne partagent pas les mêmes intérêts, n'ont pas les mêmes goûts, ce qui contribue à ce sentiment de rejet ou, en tout cas, à cette impression de ne plus se reconnaître dans la communauté ou le Village.»

Certaines peurs de vieillir ne seraient pas essentiellement liées à l'accueil que nous réserveraient les hétéros mais aussi à la séparation d'avec ceux qui ont constitué notre entourage pendant des années. «C'est un des défi», reconnaît Laurent McCutcheon. «Est-ce qu'il y a la même solidarité dans la communauté pour nos aînés qu'il y en a pour les plus jeunes ? Je ne le pense pas. Nous devons développer un réseau d'entraide et de solidarité, nous doter d'organismes dont c'est la vocation et qui permettraient que les liens dans la communauté ne soient pas définitivement rompus.» Même son de cloche du côté de Bill Ryan. «À ma connaissance, beaucoup de gais âgés souhaiteraient d'autres occasions de rencontres que celles des bars qui misent trop d'ailleurs sur les jeunes, par leur choix musicaux. À Vancouver, il y a une expérience très intéressante au Centre communautaire qui permet à plusieurs aînés de faire du bénévolat et de croiser de ce fait d'autres gais plus jeunes, puisque la vocation du centre est avant tout la santé gaie. Ce type d'initiatives peut aider à briser l'isolement et à conserver des relations avec sa propre communauté.»

Est-ce la raison pour laquelle, comme le fait remarquer Gérald Julien, certains gais sont intéressés par le développement de maisons pour gais retraités où, d'une part, ils seront sûrs de ne pas être victimes d'homophobie et, d'autre part, d'être avec leurs semblables pour pouvoir partager leur vie, leurs expériences et garder ainsi un pied dans la communauté?

À moins que ces établissements réservés aux gais ne soient que la simple illustration du fait que les services publics et privés offrant des services aux aînés aient tout simplement oublié les gais. Un avis que partagent Laurent McCutcheon et Bill Ryan. « Si l'on recherche des services particuliers, c'est que le réseau public n'est pas adapté, ou encore qu'il ne montre pas qu'il est exempt de préjugés», soutient Laurent McCutcheon. Plus important pour Bill Ryan, le fait que ces maisons de retraite peuvent renforcer le sentiment de ghettoïsation. L'état des lieux n'est pas catastrophique mais préoccupant. Si l'accent est mis sur une meilleure adaptation du réseau public de santé et de services sociaux devant cette nouvelle réalité, il faut aussi que la communauté soit partie prenante des nouveaux défis et ne laissent pas tomber les anciens, pour que chacun puisse y trouver son compte, à l'intérieur comme à l'extérieur de la communauté. Des associations commencent à voir le jour, des chercheurs se penchent sur le phénomène, les maisons pour hommes seulement se bâtissent, le virage est donc en train de se prendre, d'autant que les premiers concernés n'ont pas l'intention de vieillir en se taisant et en se cachant.

samedi 17 février 2007

Le cinéma GAY ....



Le cinéma gay et lesbien est peu à peu sorti de la confidentialité pour s'imposer auprès du public. André Schäfer retrace cette évolution à l'aide d'interviews (Gus van Sant, Stephen Frears, Jean-Marc Barr...) et de nombreux extraits de films.



Dans un documentaire de 90 minutes qu'on a pu découvrir sur Arte dès 22h15 : "T'as de beaux yeux, chéri".




"Longtemps, il a semblé impossible de montrer au cinéma des gays ou des lesbiennes heureux, et encore moins de donner aux films un "happy end". Un grand nombre de films traitant de l'homosexualité ont été tournés dans les années 1980, au moment où le sida mobilisait l'attention dans les sociétés occidentales.

La vie d'un homosexuel était nécessairement vide, malheureuse, solitaire et ne pouvait que mal finir. Si le cliché n'a pas entièrement disparu des écrans, il existe pourtant un cinéma qui présente les choses différemment et a réussi à sortir de la semi-clandestinité de ses débuts, il y a une quarantaine d'années.

André Schäfer est allé en Europe, en Asie et en Amérique à la rencontre de réalisateurs et d'acteurs qui ont contribué à ce que les films gays et lesbiens soient vus par le grand public et jugés selon les mêmes critères que les autres.

Parmi les réalisateurs qui témoignent ici : l'Américain Gus van Sant (My own private Idaho), le Britannique Stephen Frears (My beautiful laundrette), les Allemands Rosa von Praunheim (Ce n'est pas l'homosexuel qui est pervers, mais le contexte dans lequel il vit) et Angelina Maccarone (Fremde Haut/Unveiled), les Français Jacques Martineau et Olivier Ducastel (Crustacés et coquillages) et l'Indien Onir (My brother Nikhil). Sans oublier des comédiens tels que Jean-Marc Barr, Ingrid Caven et Tilda Swinton. "